Négociations climatiques : les trois scénarios sur la table

C'est sur la base d'un nouveau texte que les négociations de l'ONU sur le réchauffement climatique reprennent ce lundi à Bonn, pour une dernière session intermédiaire avant la conférence de Paris-Le Bourget. Ce texte, déséquilibré et inacceptable, pourrait-être rejeté par certains pays. Tour d'horizon des différents scénarios possibles.

C'est sur la base d'un nouveau texte que les négociations de l'ONU sur le réchauffement climatique reprennent ce lundi à Bonn, pour une dernière session intermédiaire avant la conférence de Paris-Le Bourget. Ce texte, déséquilibré et inacceptable, pourrait-être rejeté par certains pays. Tour d'horizon des différents scénarios possibles.

Les deux présidents et facilitateurs de la négociation, Ahmed Djoghlaf et Dan Reifsnyder, ont rendu public un nouveau texte lundi 5 octobre (voir ici notre analyse détaillée). Ce texte, plus court, va-t-il devenir la nouvelle base de négociations pour Paris ? C'est la question qui est posée ce lundi aux négociateurs des 196 parties (195 pays plus l'Union européenne) des Nations-Unies. Trois options sont possibles :

Le texte est accepté tel quel comme base de négociations

C'est sans doute l'option la moins probable tant il y a de pays et de négociateurs qui ne trouvent pas que ce texte soit suffisamment équilibré. Ce dimanche, les négociateurs d'un groupe de plus de 130 pays, le G77+Chine, ont fait comprendre qu'il n'était pas question pour eux de l'accepter tel quel. Ils considèrent que le mandat confié aux deux co-présidents facilitateurs, consistant à aboutir à un texte qui respecte les positions et propositions de l'ensemble des pays, n'a pas été respecté. Il faut noter que les motifs d'insatisfaction sont très largement répandus puisque même le commissaire européen au Climat et à l'Energie, Miguel Arias Canete a exprimé des réserves quant au contenu du texte. Ce lundi matin, à l'ouverture des négociations, ils sont nombreux, y compris la négociatrice française Laurence Tubiana, à pointer le manque d'ambition du texte.

Le texte est rejeté

Il est peu probable que des négociateurs arrivent ce lundi matin, à l'ouverture des négociations, avec le mandat de rejeter le texte en bloc et de revenir au précédent texte de 80 pages qui avait été accepté comme première base de négociation. Bien que bon nombre d'Etats ne se retrouvent pas dans le texte proposé, la pression exercée par les Etats les plus puissants est forte pour ne pas revenir au précédent texte qui, s'il comportait l'ensemble des propositions des Etats, avait été jugé illisible et inopérant. Rejeter le texte en bloc n'est d'ailleurs pas l'option privilégiée à ce stade par le G77+Chine. Néanmoins, si la frustration engendrée par le nouveau texte reste forte, voire empire si des Etats – notamment occidentaux – venaient à défendre l'équilibre actuel du texte, il reste possible d'imaginer que ce texte puisse ne pas être accepté comme base de négociation d'ici à la fin de la semaine.

Le texte est modifié

C'est l'option la plus probable, bien qu'elle fasse naître de grandes zones d'incertitude sur le résultat possible d'une modification, plus ou moins profonde, du texte. C'est l'option privilégiée par le G77+ Chine. Sur la demande des pays africains, ce groupe de pays va demander ce lundi matin à ce que les deux co-facilitateurs acceptent, avant toute négociation, de réinsérer leurs propositions dans le texte. Il semble en effet assez logique, dans une négociation multi-partite, que des pays dont les propositions ne se retrouvent pas dans un texte qui doit servir de base aux discussions, puissent réintégrer leurs propositions. Après une réunion de crise ce dimanche avec les chefs de délégation des pays concernés, les deux co-facilitateurs ont déjà consenti à cette requête, acceptant que des modifications « chirurgicales » ('surgical inclusions' en anglais).

Plusieurs options sont alors possibles, qui se situent entre les deux options extrêmes suivantes : 1) quelques ajouts permettent à l'ensemble des pays d'accepter ce texte comme base de négociation assez rapidement dans la semaine ; 2) la possibilité de réintroduire certaines options est prise au vol par d'autres pays pour faire valoir tel ou tel point, ouvrant grandes les portes des modifications « chirurgicales », au point que le texte pourrait être charcuté pendant plusieurs jours, avec la possibilité que le texte ne soit pas accepté in fine.

Que dit la société civile ?

Les critiques, que nous avons de notre côté exprimées dans ce texte d'analyse, se font de plus en plus fortes à mesure que les ONG, associations et syndicats prennent connaissance du contenu intégral du texte (sa technicité nécessite de nombreuses réunions et discussions pour saisir la portée de chacune des propositions qu'il contient). Néanmoins, même si le texte devait être complété par les négociateurs, il nous paraît impossible que l'équilibre général soit modifié de telle façon qu'il puisse être rendu acceptable, tant il est éloigné de ce qui devrait être fait, et tant les propositions des Etats sont faibles au regard de ce qui serait nécessaire (hormis sur la question des financements où il est peut-être envisageable que les lignes bougent dans le bon sens).

Ce lundi à 12h30, les ONG, associations et syndicats vont d'ailleurs rendre public leur analyse des contributions volontaires des Etats, ie leurs engagements de réduction d'émission d'ici à 2025 / 2030 ainsi que leurs propositions en terme de financement, transfert de technologie, etc. A suivre sur ce site. Anabella Rosemberg, de la Confédération syndicale internationale a déjà annoncé « une évaluation explosive » tant les propositions des Etats sont éloignées de ce qui est recommandé par les scientifiques, les ONG, les associations et syndicats ! Affaire à suivre

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Il publie Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène et il a co-coordonné Crime Climatique Stop ! L'appel de la société civile, Seuil, Anthropocène.

@MaximCombes sur twitter

 

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