Sommet de l'Energie: l'UE et F. Hollande vont-ils enterrer toute transition?

Transition énergétique : pendant que journalistes et ONG ont les yeux rivés sur le débat franco-français, le sommet de l'Energie européen du 22 mai pourrait avaliser les gaz de schiste et minorer la lutte contre les changements climatiques au profit de « la compétitivité-coût et de la sécurité d'approvisionnement ».

Transition énergétique : pendant que journalistes et ONG ont les yeux rivés sur le débat franco-français, le sommet de l'Energie européen du 22 mai pourrait avaliser les gaz de schiste et minorer la lutte contre les changements climatiques au profit de « la compétitivité-coût et de la sécurité d'approvisionnement ».

Décidé lors du dernier Sommet européen des 14 et 15 mars, le Sommet de l'Energie du 22 mai fait partir des rencontres thématiques que le Conseil européen va tenir dans les mois à venir pour agir en faveur de « la croissance économique et la compétitivité européennes ». Le brouillon de la déclaration finale préparé par les services du président du Conseil Herman Van Rompuy, et rendu public par la presse, précise clairement l'optique dans laquelle les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays de l'Union européenne sont supposés travailler : « les prix et les coûts élevés de l'énergie nuisent à la compétitivité européenne ».

A cet effet, les chefs d'Etat sont invités à se mettre d'accord sur quatre types de recommandations : achever la libéralisation du marché intérieur de l'énergie et réaliser l'interconnexion physique des marchés ; assurer un cadre stable et prévisible facilitant les investissements et permettant de construire les infrastructures énergétiques, en Europe et hors de ces frontières, nécessaires à ce marché intégré ; diversifier l'approvisionnement en faisant notamment appel aux ressources domestiques. Il est ainsi proposé en toute lettre d'avoir un « recours plus systématique aux sources d'énergie domestiques, à la fois conventionnelles et non conventionnelles ». Par sources non conventionnelles domestiques, il est clairement fait référence aux gaz et pétrole de schiste.

La Commission européenne est encore plus explicite. Dans la contribution qu'elle a rédigée pour ce Sommet de l'énergie, elle préconise « l'exploitation des sources d'énergie conventionnelles et non conventionnelles ». En s'appuyant sur l'exemple du « boom des gaz de schiste aux Etats-Unis » et sur un « scénario optimiste » d'une étude qu'elle a diligentée, elle affirme que l'exploitation des gaz de schiste en Europe pourrait permettre de maintenir à 60 % sa dépendance aux importations de gaz, au lieu des 85 à 90 % promis pour les prochaines années. Loin d'assurer l'indépendance en gaz souvent annoncée publiquement, l'exploitation des gaz de schiste, et plus largement des ressources non conventionnelles, apparaît aujourd'hui comme l'un des objectifs clefs des instances européennes. Le commissaire à l'Energie Günther Oettinger ne s'en est d'ailleurs pas caché. Profitant de la publication du Livre vert de la commission sur les objectifs climatiques de l'UE à l'horizon 2030, il s'était déclaré favorable à l'exploitation des gaz de schiste.

Au-delà de la question des gaz de schiste, le sommet de l'Energie du 22 mai pourrait marquer une inflexion encore plus nette, bien que moins visible, des politiques énergétiques menées par l'Union européenne. L'importance donnée à la compétitivité-coût et la sécurité de l'approvisionnement en énergie des entreprises européennes a pour conséquence de marginaliser assez sensiblement la place accordée aux politiques de lutte contre le changement climatique. Le brouillon de déclaration finale ne leur accorde qu'une place limitée, et toujours subordonnée aux enjeux économiques. Lors d'une conférence organisée par l'Association française des entreprises privées (AFEV), un conseiller du commissaire à l'énergie a été encore plus clair en se réjouissant que « la compétitivité et la sécurité de l’approvisionnement » reviennent « au centre des débats ».

Cette évolution du débat fait directement écho aux préconisations répétées de BusinessEurope, le puissant lobby des plus grandes entreprises d’Europe, qui invite les instances européennes à baser la politique énergétique de l’UE sur la compétitivité-coût et la sécurité d’approvisionnement en énergie plutôt que sur les exigences climatiques. Si le mix énergétique reste de la compétence souveraine des Etats, l'Union européenne a développé une importante panoplie de directives et politiques cadres en matière d'énergie, y compris sur la dimension extérieure de la politique énergétique des pays de l'UE. Fondées sur le maintien d'un accès abondant et aussi peu cher que possible en énergies fossiles et la construction d'un marché commun libéralisé et interconnecté, ces politiques entrent clairement en contradiction avec la lutte contre les dérèglements climatiques.

Une véritable politique climatique devrait engager l'Union européenne sur la décarbonisation quasi-complète de son économie d'ici 2050. Pour se passer quasi intégralement des énergies fossiles d'ici à peine 30 ans, il serait grand temps de mettre en œuvre des politiques de sobriété et d'efficacité énergétique, et de développement des énergies renouvelables, qui sont par ailleurs une formidable opportunité pour créer massivement des activités et des emplois non délocalisables ancrés sur les territoires. L'UE promeut au contraire le maintien et l'expansion d'un modèle basé sur l'extraction des énergies fossiles et la primauté donnée aux exigences de rentabilité économique et financière (voir également notre post antérieur). Le tout au détriment des objectifs de lutte contre le réchauffement climatique.

Ces renonciations, que ne masquent pas les gesticulations de la commissaire au climat Connie Hedegaard pour sauver l'inefficace et dangereux marché du carbone, sont sur le point d'être avalisées. Au moment où l'Union Européenne a ouvert une consultation publique sur ses politiques climatiques d'ici 2030, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne, à commencer par François Hollande, seraient bien avisés de ne pas enterrer toute possibilité de transition énergétique en Europe lors de ce sommet du 22 avril.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

Twitter : @MaximCombes

 

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