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Billet de blog 21 janv. 2019

ChooseFrance à Versailles: Macron déroule le tapis rouge aux as de l'évasion fiscale

En plein mouvement social exigeant plus de justice fiscale et sociale, Emmanuel Macron déroule le tapis rouge à Versailles pour 150 patrons de grandes entreprises, dont bon nombre sont impliquées dans des scandales d'évasion fiscale, suppriment des emplois ou ont des pratiques nocives pour le climat et la planète : #ChooseFrance ou comment tout sacrifier au nom du Business as usual ?

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« France is back » claironnait Emmanuel Macron en janvier 2018 lors du Forum économique de Davos dont il fut la vedette. Un an plus tard, le Président de la République, affaibli comme jamais au plan national et ayant perdu une partie de son aura au niveau international, s'est résigné à ne pas aller à Davos. Profitant néanmoins de la venue en Europe du gratin des patrons des grandes entreprises multinationales, Emmanuel Macron les accueille en grande pompe à Versailles pour leur vanter l'attractivité française et faire le service après-vente d'une politique décriée.

Alors qu'Emmanuel Macron et son gouvernement sont incapables de désamorcer la colère sociale qui s'exprime à travers le mouvement des gilets jaunes, ce ne sont pas moins de quinze ministres qui vont être mobilisés à Versailles – plutôt que sur les ronds-points – pour « faire de la pédagogie » auprès des dirigeants étrangers. Des entretiens en tête à tête sont même prévus et le Premier ministre doit offrir le déjeuner tandis que le Président de la République offrira le dîner.

Parmi les PDG d'entreprises invités, il y a de nombreuses multinationales dont les pratiques fiscales, sociales et écologiques sont régulièrement mises à l'index :

  • Microsoft, connue pour ses pratiques d'évasion fiscale, récemment notifiée d'un redressement fiscal d'un montant de 600 millions d'euros par Bercy ;

  • JPMorgan, régulièrement soupçonnée de pratiques encourageant l'évasion fiscale, présente dans plusieurs paradis fiscaux et réglementaires ;

  • HSBC, machine à fraude fiscale, impliquée dans de nombreux cas d'évasion fiscale ;

  • Engie : multinationale de l'énergie qui a déplacé sa holding à Luxembourg pour échapper à l'impôt, pratique l'optimisation fiscale à grande échelle et refuse de fermer purement et simplement ses centrales à charbon ;

  • Samsung : multinationale dont les PDG successifs sont régulièrement accusés d'évasion fiscale ;

  • Arcelor Mittal : multinationale de l'acier dont le siège social est au Luxembourg, qui pratique l'évasion fiscale à grande échelle et qui profite allègrement du marché carbone européen tout en continuant à polluer et détruire des emplois ;

  • General Electric : multinationale des Etats-Unis qui supprime des emplois partout dans le monde, y compris en France après le rachat de la branche énergie d'Alstom ;

  • etc.

Dessin de @rodho (initialement publié par le média Bastamag : https://www.bastamag.net/A-Davos-Francois-Hollande-l-ennemi)

Emmanuel Macron préfère donc dérouler le tapis rouge à ces PDG de multinationales qui grèvent les finances publiques, aggravent la crise écologique et détruisent des emplois plutôt que prendre des mesures coercitives et contraignantes imposant à ces entreprises multinationales de payer leurs impôts, réduire leur empreinte écologique et investir massivement dans les activités productives plutôt que déverser des dividendes improductifs.

Avec un résultat très discutable : selon un sondage Ipsos, seules 16 % des groupes étrangers envisagent d’investir dans les prochains mois en France. Si le nombre d'investissements étrangers dans le pays est en augmentation sensible (1019 projets en 2017 contre 779), on constate que la dynamique est antérieure à l'arrivée d'Emmanuel Macron. Plus important, le ration « emploi par projet » est très faible, à peine de 25 emplois par projet, comparé aux ratios d'autres pays européens (58 en Espagne, etc). La même initiative à Versailles menée en 2018 n'avait d'ailleurs conduit qu'à 3 milliards de promesses d'investissements étrangers.... étalés sur les 5 années à venir. Presque rien.

A la veille du sommet de Davos, Emmanuel Macron et son gouvernement vont donc à nouveau se transformer en de simples VRP démarchant des multinationales qui peuvent tranquillement poursuivre leurs activités nocives en toute impunité. « Vous ne pouvez pas faire de l’optimisation fiscale comme vous le faites aujourd’hui » leur avait-il lancé à Davos en janvier 2018, les priant de payer l’impôt et de « financer les biens communs ». Un voeu pieux, de la communication sans effet, s’il n’est pas accompagné de régulations fortes et contraignantes.

Les multinationales profitent en effet de (dé)régulations qui leur sont aujourd'hui extrêmement favorables pour étendre leur sphère d'influence et solidifier les pouvoirs acquis au cours des décennies passées. Un an plus tard, loin de s’intéresser aux « biens communs », hormis dans leurs opérations de communication, les multinationales et le secteur financier poursuivent toujours leurs propres intérêts de court-terme, le plus souvent antinomiques avec la résolution de la crise climatique et avec la réduction des inégalités.

En 2018, Macron vantait la mondialisation vertueuse et une France conquérante.

En 2019, ses cadeaux fiscaux aux plus riches et sa politique antisociale lui ont explosé à la figure avec la mobilisation imprévue des gilets jaunes.

Il serait temps de substituer aux dérégulations et mal-régulations favorables aux intérêts des multinationales des régulations favorables aux intérêts des populations.

Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, Anthropocène, 2015.

Pour aller plus loin :

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