Dans un monde soucieux de son avenir, les données publiées par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) ce mercredi 21 mars devraient replacer la lutte contre les dérèglements climatiques au coeur des priorités et du débat public. Compilant les résultats de plusieurs organismes de recherche, l'OMM confirme ce que tous les spécialistes redoutaient : l'année 2016 est bien l'année de tous les records. Des records qu'il ne faudrait pourtant plus chercher à battre tant ils transcrivent une profonde déstabilisation du systéme climatique mondial.

1. Température mondiale en hausse

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La température moyenne de la planète a été supérieure de 1,1 °C à la moyenne de l’époque préindustrielle. Le record de 2015 (1,04 °C) est déjà oublié. On ne compte plus les villes ou les régions d'Afrique ou d'Asie ayant relevé des températures supérieures à 50°C, tandis qu'en moyenne, on a pu mesurer des hausses de température supérieures à 3°C dans certaines régions du monde, jusqu'à + 6,5°C dans certaines régions arctiques.

2. Hausse du CO2 dans l'atmosphère

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La concentration de CO2 dans l'atmosphère ne cesse de s'accroître. Pour la première fois, la barre symbolique des 400 ppm en moyenne annuelle a été franchie. Principal vecteur de l'effet de serre à l'origine du réchauffement climatique, cette concentration ne devrait cesser de s'accroître à l'avenir puisque, selon les propres calculs de l'ONU basés sur les engagements pris par les Etats de la planète, un record d'émissions mondiales pourrait être battu chaque année d'ici à 2030 pour atteindre 55 gigatonnes d'équivalent C02 en 2025 et 56,2 Gt éq. CO2 en 2030 (voir ici par exemple).

3. Baisse de la superficie des banquises

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C'est sans doute le record qui surprend le plus les scientifiques : l'ampleur du recul des banquises. En novembre 2016, ce ne sont pas moins de 4 millions de km2 de banquises qui avaient disparu de la planète, une anomalie sans précédent. A plusieurs reprises cet hiver, de puissants afflux d'air chaud et humide, empêchant la formation des glaces, ont été observés en Arctique. Contrairement aux années passées, le niveau des glaces a également été moins important en Antarctique. Les scientifiques considèrent que ces faits sans précédent pourraient modifier profondément les flux océaniques et atmosphériques, affectant en retour les conditions météorologiques de nombreuses autres régions de la planète, notamment via des modifications du jet-stream.

4. Hausse du niveau des mers

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La fonte des glaces et la dilatation d'océans rendus plus chauds entrainent mécaniquement une hausse des niveaux des mers. Là aussi, l'OMM constate une accélération : entre novembre 2014 et février 2016, le niveau des mers aurait augmenté de 1,5 centimètres en moyenne, soit une hausse équivalent à ce qui était observé, ces dernières années, chaque cins ans. Si ces données sont confirmées - les moyennes pour la fin de l'année 2016 ne sont pas encore disponibles -  nul doute qu'il faudra en tenir compte pour les différents scenari d'adaptation pour les régions du monde qui seront touchées par la montée du niveau des mers, celles-là mêmes qui concentrent une grande part de la population mondiale.

5. Des impacts qui se conjuguent au présent

S'il est toujours difficile et malaisé de tirer un lien de causalité directe entre des observations sur l'évolution du climat qui, nécessairement, doivent s'établir en longue période, et des évènements météorologiques particuliers, qui sont, nécessairement là aussi, situés à un instant précis, l'OMM n'hésite pas à insister sur les vagues de chaleur incroyables obsevées en diverses régions du monde, ou sur les sécheresses sévères qui ont touché certaines régions africaines, établissant un lien avec les plus de 18 millions de personnes qui ont besoin de l'assistance alimentaire mondiale selon la FAO.

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6. Faut-il attendre que tout s'effondre pour réagir ?

Comment se fait-il que l'accumulation de travaux et de savoirs scientifiques robustes sur le changement climatique ne génère pas la mise en œuvre des décisions nécessaires pour conjurer la crise climatique, et ce alors que les prévisions se sont confirmées au cours du temps ? Celles et ceux qui répondront en disant que l'Accord de Paris sur le climat nous avait mis sur la bonne voix mais que l'élection de Trump chamboule la situation devrait s'interroger sur le fait que les investissements dans les énergies renouvelables ont diminué, EN FRANCE, à la fois en 2015 et 2016 malgré les effets de manche de François Hollande, Ségolène Royal et tant d'autres.

Si les savoirs scientifiques accumulés sur le changement climatique sont largement ignorés, ce n'est pas par manque de données et de preuves. C'est en raison de puissants éléments perturbateurs qui ont des implications fortes sur les motivations de l'action politique. Dans un petit ouvrage que chacun.e devrait lire, Naomi Oreskes et Erik conway appelle « complexe de la combustion carbone » (p. 57) ce réseau d'industries et de lobbies qui financent les marchands de doute et appuient un puissant système idéologique défendant le statu quo et le "fondamentalisme de marché". Cette « foi quasi-religieuse » (p. 58) en la capacité du marché de réguler l'économie et la société conduit à ce "qu'on ne planifie rien, on ne prend aucune précaution, et finalement on ne gère que le désastre"(p. 69).

Dans leur livre, Oreskes et Conway situent leur narrateur au XXIVe siècle, après « l'effondrement de la civilisation occidentale ». Après le désastre. Puissions-nous réagir avant. Ce n'est malheureusement pas le chemin qui est pris par les dirigeants politiques et économiques de la planète.

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène. Octobre 2015

@MaximCombes sur twitter

 

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