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Le Club de Mediapart mer. 31 août 2016 31/8/2016 Dernière édition

Climat : Davos fait partie du problème pas de la solution

Ce vendredi, François Hollande est à Davos, au Forum économique mondial, pour appeler à une réponse « globale » sur le climat. Comme si la lutte contre les dérèglements climatiques pouvait être menée efficacement par celles et ceux qui en portent la responsabilité.

Ce vendredi, François Hollande est à Davos, au Forum économique mondial, pour appeler à une réponse « globale » sur le climat. Comme si la lutte contre les dérèglements climatiques pouvait être menée efficacement par celles et ceux qui en portent la responsabilité.

Il est aisé de brocarder le Forum économique mondial de Davos pour le décalage abyssal existant entre sa démesure anti-écologique et les engagements affichés. Ce sont plus de 1700 avions privés et des dizaines d'hélicoptères qui vont déplacer la majorité des 40 chefs d'Etat et des 2500 « décideurs politiques et économiques » attendus dans la station de ski suisse. Le faste des réceptions, dîners et soirées – cf cette soirée d'oligarques russes au caviar – organisées pour les riches et puissants de la planète, très majoritairement des hommes (83 %), sont peu en phase avec les exigences de sobriété, de mesure et de partage que suggère l'utilisation soutenable des ressources de la planète. Qu'importe, les « leaders » de la planète vont vivre quelques jours isolés du monde, dans un camp retranché que l'armée et la police suisses protègent du reste de la population, pour débattre de climat, d'inégalités, des risques planétaires etc.

 

Le storytelling, cet art de vous vendre une histoire sans fondements sérieux, fonctionne à plein tube. Les leaders de ce monde auraient enfin décidé de se préoccuper de climat et il faudrait les encourager dans la perspective de la conférence de l'ONU sur le climat qui se tiendra à Paris-Le Bourget en décembre 2015. C'est oublier qu'il en était déjà question lors des précédents Forums de =davos, notamment en 2013. C'est oublier qu'à l'occasion du G8 à Gleneagles en 2005, le gouvernement du Royaume-Uni avait demandé au Forum Economique mondial de formuler des propositions pour que le monde des affaires réduise les émissions de gaz à effet de serre (GES). Avec grand succès si l'on considère qu'un nouveau record d'émissions de GES à la hausse est battu chaque année.

On pourra rétorquer que le tonitruant discours d'Al Gore de ce mercredi 21 janvier et l'annonce d'un immense concert planétaire « Live Earth » décentralisé (en Chine, Australie, Brésil, Le Cap, New York, Paris...) touchant deux milliards de personnes (via les TV, radio et Internet) le 18 juin prochain, est bien la preuve que quelque chose est en train de changer. Il est bien-entendu utile de disposer d'initiatives ayant la capacité de sensibiliser l'opinion publique mondiale. Encore faudrait-il se rappeler que la dernière initiative analogue, le Live 8 regroupant huit concerts dans les huit pays du G8 en 2005 pour « faire de la pauvreté de l'histoire ancienne » (Make poverty history), n'a jamais eu les résultats escomptés. Dix ans plus tard, avec 2,2 milliards de personnes de pauvres ou susceptibles de le devenir, la pauvreté est loin d'avoir disparu. Saurons-nous en tirer les leçons ?

Plus important encore : Al Gore a annoncé que ce concert planétaire sera suivi d'une pétition en ligne avec l'objectif de récolter « un milliard de voix » pour demander « d'agir pour le climat maintenant ». Pharell Williams, qui sera le directeur musical de ce show, a rajouté que « l'humanité entière (sera) en harmonie » lors de ce 18 juin. Alors que les négociations climat se poursuivent depuis deux décennies sans résultats tangibles autres que l'augmentation continue des émissions de GES, il faudrait donc continuer à « appeler les décideurs à passer à l'action ». Il faudrait faire comme si il existait une communauté d’intérêt et de destin qui abolirait les catégories de responsables et de victimes. Mais de quelle « harmonie » s'agit-il lorsque 90 entreprises sont, à elles seules, responsables de 60 % des émissions de GES depuis qu'elles sont comptabilisées ? De quelle harmonie s'agit-il lorsque 20 % de la population mondiale consomme 80 % de l'énergie produite sur la planète ? De quelle harmonie s'agit-il lorsque les 3,5 milliards de personnes qui ne disposent pas plus que les 80 milliardaires les plus riches – dont nombre d'entre eux sont à Davos – seront les plus touchées par les conséquences des dérèglements climatiques ?

Dans une tribune sur Médiapart écrite avec Nicolas Haeringer et publiée en septembre dernier, nous expliquions pourquoi il fallait « accepter de sortir de l'idée que nous aurions besoin de « tout le monde » pour résoudre la crise climatique ». Diluer les responsabilités, décontextualiser et déshistoriciser la crise climatique, invoquer d'abstraits et confus passages « à l'action », laisser entendre que n'importe quelle action vaut mieux que l'inaction, n'est pas de nature à résoudre les défis climatiques, sociaux, politiques auxquels nous sommes confrontés. Ce n'est pas de nature à mobiliser les populations. Parce que tout le monde n'a pas intérêt à ce que tout change, « nous avons de fait autant besoin de l'implication de certains que d'empêcher d'autres acteurs de nuire ».

Regardons-y de plus près. François Hollande, comme il l'a fait en d'autres occasions, va évoquer les opportunités de croissance que le changement climatique représente pour les entreprises : de nouveaux produits et de nouvelles sources de revenus. Sans préciser qu'un point de croissance génère en moyenne 0,7 point de croissance d'émissions de GES. Sans énoncer clairement, comme vient de le faire magistralement une étude scientifique parue dans Nature, qu'il faudra laisser une grande majorité des énergies fossiles dans le sol pour conserver une chance raisonnable de rester en deçà des 2°C de réchauffement climatique global. Peut-être faudrait-il également noter que le rapport publié par le Forum économique mondial n'exclut pas fermement l'exploitation des sources de pétrole et de gaz non conventionnels comme les sables bitumineux et les hydrocarbures de schiste – tandis que que François Hollande en avait encouragé l'exploitation le 2 novembre dernier à l'occasion de la parution du rapport du GIEC. C'est le schisme de réalité dans lequel sont plongés les puissants de ce monde et que nous devons éviter.

Enfin, lorsqu'on regarde attentivement comment le Forum économique de Davos traite des défis climatiques, on se rend compte que c'est essentiellement sous le registre du « risque » que les dérèglements climatiques font courir aux entreprises mondiales, aux secteurs économiques et industriels. Du côté des solutions, le rapport Global Risks se limite à mettre en avant quelques « bonnes pratiques ». Il n'est pas question des transformations systémiques, des transformations extrêmement profondes des modes de production et des consommation que les défis climatiques posent clairement sur la table. Au contraire, il sera préconisé de développer de nouveaux dispositifs d'assurance et des mécanismes financiers innovants pour faire face aux risques climatiques auxquels l'économie mondiale fait face. Plus de finance donc. François Hollande lui-même, loin de son discours du Bourget de 2012, fait de la finance le secteur par lequel il faudrait abonder le Fonds Vert pour le climat, au détriment des fonds publics. Autant de propositions pour préserver le business as usual et autant d'impasses dans la lutte contre les dérèglements climatiques.

Attendre que les plus riches et les plus puissants de la planète, ces fameux 1% dont la majorité a combattu les propositions des Indignés, d'Occupy et du mouvement altermondialiste, soient ceux qui résolvent les défis climatiques est une impasse. Ne les appelons plus à passer à l'action, une action indéterminée qui leur permet d'imposer leurs fausses solutions. Les alternatives, les véritables solutions aux dérèglements climatiques, c'est à nous de les imposer. Ce sont celles que portent les processus Alternatiba et Blockadia. C'est moins glamour que les concerts d'Al Gore ou de Geldof, mais ce sera terriblement plus efficace.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

@MaximCombes sur Twitter

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Tous les commentaires
Une relation travaillant dans une très grande banque française me racontait scandalisée, que tout le personnel des "junk bonds" sablait le champagne .... Et hurlait de joie ! L'or a gagné 25 % en même temps.... cela est très inquiétant ! La bulle spéculative est au bord de l'explosion ... Nous, les 99 % des pauvres du Monde, allons trinquer d'ici quelques mois ... ou un ou deux ans ... Voyez, la marée se retirée, regardez les jolis poissons que l'on peut attraper à la main ... Pendant ce temps, ceux qui voient les sismographes hi-tech, se réfugient dans les tours solides, car ils savent que LA HORRIFIQUE VAGUE va noyer les "pauvres 99 %"... Rassurez-vous pour eux, ils ont leur armées privées avec armes et munitions, en cas d'émeutes ... Reste pour eux le problème de la nourriture. Ils ne vont tout de même pas cultiver de leur gras, blancs et roses, petits doigts potelés !!? Donc, ils leur faudra des esclaves ...

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L'auteur

Maxime Combes

Economiste et militant pour la justice climatique !
Ailleurs que Paris ! - France

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Sortons de l'âge des fossiles !

À propos du blog
Les entrailles de la Terre contiennent suffisamment de pétrole, de gaz et de charbon pour déclencher le chaos climatique. Prendre au sérieux le réchauffement climatique implique de laisser dans le sol la majorité des réserves d’énergies fossiles connues. Pour survivre, nous sommes donc condamnés à apprendre à vivre sans brûler des énergies fossiles dangereusement surabondantes. Ceux qui tergiversent, ceux qui s’y refusent, ceux qui étendent la logique extractiviste en forant toujours plus loin et toujours plus sale, ceux qui professent que les marchés, la finance ou les technosciences vont sauver le climat nous détournent de l’essentiel. Ils gaspillent le temps et les ressources dont nous avons besoin pour enclencher la transition. Nous ne nous résignons pas au naufrage planétaire. Contre l’extractivisme, les hydrocarbures de schiste, les grands projets inutiles et la marchandisation de l’énergie et du climat, nous inventons aujourd’hui les contours d’un monde décarboné, soutenable et convivial de demain. Il est temps de sortir de l’âge des fossiles. La transition, c’est maintenant !