Hulot signe la prolongation d'un permis d'hydrocarbures en Guyane pour Total

Nicolas Hulot a pris la décision de prolonger le permis de recherche d'hydrocarbures dit de "Guyane-Maritime" au profit de Total. Alors que le ministre d'Etat affirme vouloir "mettre fin aux énergies fossiles" à travers un projet de loi qui est en cours d'examen par l'Assemblée nationale, cette décision illustre le manque de détermination du gouvernement et les limites de ce projet de loi.

Quelques jours après la présentation en Conseil des ministres d'un projet de loi visant à "mettre fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures conventionnels et non conventionnels", Nicolas Hulot signait le 14 septembre un arrêté ministériel prolongeant de manière exceptionnelle le permis dit de "Guyane-Maritime". Publié ce jeudi 21 septembre au Journal Officiel, cet arrêté fait de Total la seule entreprise titulaire de ce permis de recherche qui est prolongé jusqu'au 1er juin 2019 sur une surface inchangée.

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A quelques jours de l'examen du projet de loi Hulot qui a été présenté comme devant « servir d’exemple pour les autres nations », cette décision ne cesse d'étonner : comme l'expriment Attac France, Les Amis de la Terre, 350.org et les collectifs "non au pétrole de schiste" dans un communiqué de presse, une telle décision "ne peut que polluer le signal que le gouvernement et Nicolas Hulot souhaitent envoyer au monde entier". Accompagné de Shell et d'une filiale de Tullow Oil, Total avait obtenu en 2011 ce permis d'exploration qui a pris fin en juin 2016. Par sa décision, le gouvernement prolonge donc un permis qui était arrivé à échéance.

Se dirige-t-on vers la fin des énergies fossiles en France ? Pas vraiment donc, et pas suffisamment vite. En Guyane, Total pourrait ainsi obtenir, grâce au droit de suite qui n'est pas remis en cause par le projet de loi - lire notre décryptage de toutes les failles de ce projet de loi -une concession minimale de 25 ans, conduisant à de l'exploitation pétrolière sur le territoire français jusqu'en 2044, a minima. La prolongation de ce permis intervient d'ailleurs au moment où le CETA, cet accord UE-Canada qui va encourager l'importation, et donc la production, d'hydrocarbures au Canada, maintenant la dépendance de notre système énergétique aux énergies fossiles, entre en vigueur.

"Mettre fin aux énergies fossiles", #MakeThePlanetGreatAgain ne sont-ils que des slogans, que de la communication ?

Puisque la production de pétrole et de gaz ne concerne qu'1% de la consommation française, ce projet de loi est largement symbolique : pour servir d'exemple à l'échelle internationale, ce projet de loi ne peut supporter les bien trop nombreuses failles qu'il concentre. Les ONG, associations et collectifs citoyens appellent d'ailleurs les députés à "combler les failles" du projet de loi lors de l'examen du texte à l'Assemblée nationale : soutenez-les en écrivant aux 137 député.e.s des commissions "affaires économiques" et "développement durable" de l'Assemblée nationale !

Ecrivons aux 137 député.e.s membres des commissions Affaires économiques et Développement durable de l’Assemblée ! https://350.org/fr/pasdepermis/ Ecrivons aux 137 député.e.s membres des commissions Affaires économiques et Développement durable de l’Assemblée ! https://350.org/fr/pasdepermis/

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac, auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, Anthopocène, 2015)

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