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Le Club de Mediapart mer. 28 sept. 2016 28/9/2016 Édition de la mi-journée

Sommet de l'Energie: l'UE dit bye-bye au climat et salue les lobbys industriels

Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'UE viennent de balayer d'un revers de la main toute véritable politique climatique pour adouber les recommandations des lobbies industriels en matière énergétique. Un tournant. Sidérant.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'UE viennent de balayer d'un revers de la main toute véritable politique climatique pour adouber les recommandations des lobbies industriels en matière énergétique. Un tournant. Sidérant.

Comme nous le craignions, les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays de l'UE réunis ce 22 mai se sont accordés sur une déclaration finale profondément régressive, tournant le dos à tous les engagements publics sur la lutte contre le changement climatique ou sur les promesses de transition énergétique. Dorénavant, pour l'UE et ses pays membres, les défis énergétiques se limitent aux prix trop élevés de l'énergie, à la compétitivité industrielle, à l'achèvement du marché intérieur, aux infrastructures d'interconnexion des circuits de distribution et à la nécessité d'encourager le secteur privé pour financer et investir. Le climat, les économies d'énergie, les énergies renouvelables, sans parler de la sobriété énergétique, de la résilience des territoires ou du contrôle citoyen sur l'énergie, sont au mieux marginalisés, au pire ignorés et méprisés.

Ainsi, la déclaration finale ne fait référence qu'une seule fois aux politiques climatiques de l'Union européenne. C'est pour saluer le livre vert de la commission européenne sur les objectifs de 2030 qui est pourtant loin d'être satisfaisant (voir notre post à ce sujet). Le terme « climat » est prononcé à une autre occasion. Dans le cadre du paragraphe portant sur les « investissements ». Il est alors mentionné que les « financements doivent principalement provenir des marchés » et qu'il faut pour cela disposer « d'un marché du carbone fonctionnel et d'un cadre prévisible sur les politiques climat et énergie post-2020, propice à la mobilisation des capitaux privés et permettant de faire baisser les coûts des investissements énergétiques ». Ayez confiance, le secteur privé et les marchés s'occupent de tout. Avec un marché carbone défaillant, inefficace et dangereux.

Tout le reste de la déclaration est à l'avenant. Priment les exigences économiques et financières à travers l'amélioration de la compétitivité coût de l'industrie européenne et ce, à n'importe quel prix. Si certaines formules ont été lissées par rapport au brouillon de déclaration révélé par la presse, l'orientation générale reste la même. Holger Krahmer, eurodéputé libéral allemand (ADLE) a clairement indiqué la façon de lire cette déclaration : « Pour la première fois, l'augmentation des coûts de l'énergie et la baisse de compétitivité de l'économie européenne seront plus importantes que les ambitions bien évidemment inexécutables sur le changement climatique mondial ». Il a salué « la fin de l'hystérie sur le climat ».

Cette déclaration, qui engage l'exécutif français, évoque en bonne place « un recours plus systématique aux sources locales offshore et onshore d'énergie », ce qui renvoie explicitement aux perspectives d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures non conventionnels, y compris de schiste, en Europe. Pour adoucir la chose, il y est adossé une référence au « respect des choix de mix énergétique des Etats-membres ». Mais du point de vue de l'UE, point de salut sans gaz de schiste.

Sur ce sujet, comme sur d'autres, les exigences portées par le lobby industriel Business Europe ont pesé. L'ordre du jour et le contenu de ce sommet aurait largement été influencé par une lettre du président de Business Europe envoyée au premier ministre irlandais, qui occupe actuellement la présidence tournante du Conseil de l'UE. Focalisée sur l'avantage en termes de coût de l'énergie dont disposerait l'industrie américaine à travers l'exploitation des gaz de schiste, cette lettre pointe les dangers que font courir les politiques climatiques etldes programmes de soutien aux énergies renouvelables sur la compétitivité industrielle. Il semblerait que Business Europe ait été entendu.

Avec cette déclaration, le Conseil européen tourne clairement le dos à toute véritable politique de luttes contre les dérèglements climatiques. François Hollande, représentant de l'exécutif français au Conseil européen porte sa part de responsabilité. Affligeant, abject, exaspérant, consternant, les qualificatifs ne manquent pas.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

Twitter : @MaximCombes

 

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L'auteur

Maxime Combes

Economiste et militant pour la justice climatique !
Ailleurs que Paris ! - France

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Les entrailles de la Terre contiennent suffisamment de pétrole, de gaz et de charbon pour déclencher le chaos climatique. Prendre au sérieux le réchauffement climatique implique de laisser dans le sol la majorité des réserves d’énergies fossiles connues. Pour survivre, nous sommes donc condamnés à apprendre à vivre sans brûler des énergies fossiles dangereusement surabondantes. Ceux qui tergiversent, ceux qui s’y refusent, ceux qui étendent la logique extractiviste en forant toujours plus loin et toujours plus sale, ceux qui professent que les marchés, la finance ou les technosciences vont sauver le climat nous détournent de l’essentiel. Ils gaspillent le temps et les ressources dont nous avons besoin pour enclencher la transition. Nous ne nous résignons pas au naufrage planétaire. Contre l’extractivisme, les hydrocarbures de schiste, les grands projets inutiles et la marchandisation de l’énergie et du climat, nous inventons aujourd’hui les contours d’un monde décarboné, soutenable et convivial de demain. Il est temps de sortir de l’âge des fossiles. La transition, c’est maintenant !
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