Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
Abonné·e de Mediapart

204 Billets

5 Éditions

Billet de blog 23 mai 2013

Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
Abonné·e de Mediapart

Sommet de l'Energie: l'UE dit bye-bye au climat et salue les lobbys industriels

Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'UE viennent de balayer d'un revers de la main toute véritable politique climatique pour adouber les recommandations des lobbies industriels en matière énergétique. Un tournant. Sidérant.

Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'UE viennent de balayer d'un revers de la main toute véritable politique climatique pour adouber les recommandations des lobbies industriels en matière énergétique. Un tournant. Sidérant.

Comme nous le craignions, les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays de l'UE réunis ce 22 mai se sont accordés sur une déclaration finale profondément régressive, tournant le dos à tous les engagements publics sur la lutte contre le changement climatique ou sur les promesses de transition énergétique. Dorénavant, pour l'UE et ses pays membres, les défis énergétiques se limitent aux prix trop élevés de l'énergie, à la compétitivité industrielle, à l'achèvement du marché intérieur, aux infrastructures d'interconnexion des circuits de distribution et à la nécessité d'encourager le secteur privé pour financer et investir. Le climat, les économies d'énergie, les énergies renouvelables, sans parler de la sobriété énergétique, de la résilience des territoires ou du contrôle citoyen sur l'énergie, sont au mieux marginalisés, au pire ignorés et méprisés.

Ainsi, la déclaration finale ne fait référence qu'une seule fois aux politiques climatiques de l'Union européenne. C'est pour saluer le livre vert de la commission européenne sur les objectifs de 2030 qui est pourtant loin d'être satisfaisant (voir notre post à ce sujet). Le terme « climat » est prononcé à une autre occasion. Dans le cadre du paragraphe portant sur les « investissements ». Il est alors mentionné que les « financements doivent principalement provenir des marchés » et qu'il faut pour cela disposer « d'un marché du carbone fonctionnel et d'un cadre prévisible sur les politiques climat et énergie post-2020, propice à la mobilisation des capitaux privés et permettant de faire baisser les coûts des investissements énergétiques ». Ayez confiance, le secteur privé et les marchés s'occupent de tout. Avec un marché carbone défaillant, inefficace et dangereux.

Tout le reste de la déclaration est à l'avenant. Priment les exigences économiques et financières à travers l'amélioration de la compétitivité coût de l'industrie européenne et ce, à n'importe quel prix. Si certaines formules ont été lissées par rapport au brouillon de déclaration révélé par la presse, l'orientation générale reste la même. Holger Krahmer, eurodéputé libéral allemand (ADLE) a clairement indiqué la façon de lire cette déclaration : « Pour la première fois, l'augmentation des coûts de l'énergie et la baisse de compétitivité de l'économie européenne seront plus importantes que les ambitions bien évidemment inexécutables sur le changement climatique mondial ». Il a salué « la fin de l'hystérie sur le climat ».

Cette déclaration, qui engage l'exécutif français, évoque en bonne place « un recours plus systématique aux sources locales offshore et onshore d'énergie », ce qui renvoie explicitement aux perspectives d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures non conventionnels, y compris de schiste, en Europe. Pour adoucir la chose, il y est adossé une référence au « respect des choix de mix énergétique des Etats-membres ». Mais du point de vue de l'UE, point de salut sans gaz de schiste.

Sur ce sujet, comme sur d'autres, les exigences portées par le lobby industriel Business Europe ont pesé. L'ordre du jour et le contenu de ce sommet aurait largement été influencé par une lettre du président de Business Europe envoyée au premier ministre irlandais, qui occupe actuellement la présidence tournante du Conseil de l'UE. Focalisée sur l'avantage en termes de coût de l'énergie dont disposerait l'industrie américaine à travers l'exploitation des gaz de schiste, cette lettre pointe les dangers que font courir les politiques climatiques etldes programmes de soutien aux énergies renouvelables sur la compétitivité industrielle. Il semblerait que Business Europe ait été entendu.

Avec cette déclaration, le Conseil européen tourne clairement le dos à toute véritable politique de luttes contre les dérèglements climatiques. François Hollande, représentant de l'exécutif français au Conseil européen porte sa part de responsabilité. Affligeant, abject, exaspérant, consternant, les qualificatifs ne manquent pas.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

Twitter : @MaximCombes

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Le ministre Éric Dupond-Moretti est renvoyé devant la Cour de justice
Éric Dupond-Moretti devient le tout premier ministre de la justice en exercice à être renvoyé devant la Cour de justice de la République pour des faits commis dans l’exercice de ses fonctions. Le garde des Sceaux est accusé de « prise illégale d’intérêts » après avoir fait pression sur plusieurs magistrats anticorruption.
par Michel Deléan
Journal
Au moins 25 % des chômeurs ne réclament pas leur allocation
Entre 390 000 et 690 000 personnes ne demandent pas d’allocation chômage alors qu’elles y ont droit, soit de 25 % à 42 % de taux de non-recours, essentiellement chez les plus précaires. Des chiffres communiqués au Parlement par le gouvernement.
par Cécile Hautefeuille
Journal — France
« Ruissellement » : la leçon de Londres à Emmanuel Macron
Le gouvernement britannique a dû renoncer ce lundi à une baisse d’impôts sur les plus riches sous la pression des marchés. Une preuve de la vacuité du ruissellement auquel s’accroche pourtant le président français.
par Romaric Godin
Journal — France
Sélection à l’université : « Quand réfléchit-on au droit à la réussite ? »
Des écarts scolaires qui se creusent avant le bac, un financement inégalitaire dans le supérieur et un régime de plus en plus sélectif symbolisé par Parcoursup : la « démocratisation des savoirs » prend l’eau, s’inquiètent les sociologues Cédric Hugrée et Tristan Poullaouec, dans leur livre « L’université qui vient ».
par Mathilde Goanec

La sélection du Club

Billet de blog
Artistes, écrivains et journalistes iraniens arrêtés
Une traduction de la chanson « Barayé » (Pour...) du chanteur Shervin Hajipour, arrêté le 29 septembre.
par Mathilde Weibel
Billet de blog
Voix d'Iran - « Poussez ! »
À ce stade, même s'il ne reste plus aucun manifestant en vie d'ici demain soir, même si personne ne lève le poing le lendemain, notre vérité prévaudra, car ce moment est arrivé, où il faut faire le choix, de « prendre ou non les armes contre une mer de tourments ».
par sirine.alkonost
Billet de blog
Appelons un chat un chat !
La révolte qui secoue l'Iran est multi-facettes et englobante. Bourrée de jeunesse et multiethnique, féminine et féministe, libertaire et anti-cléricale. En un mot moderne ! Alors évitons de la réduire à l'une de ces facettes. Soyons aux côtés des iranien.nes. Participons à la marche solidaire, dimanche 2 octobre à 15h - Place de la République.
par moineau persan
Billet de blog
Iran - Pour tous les « pour »
Les messages s'empilent, les mots se chevauchent, les arrestations et les morts s'accumulent, je ne traduis pas assez vite les messages qui me parviennent. En voici un... Lisez, partagez s'il vous plaît, c'est maintenant que tout se joue.
par sirine.alkonost