Maxime Combes
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Billet de blog 24 oct. 2012

Ayraultport de Notre Dame des Landes, scorie d'un imaginaire du siècle passé

Expropriations. Délogements et destructions de maisons. Occupation policière et militaire. Gazages et arrestations. Le tout pour que la multinationale Vinci construise un aéroport inutile et absurde tout droit sorti d'un imaginaire issu du siècle passé. No pasaran. 

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Expropriations. Délogements et destructions de maisons. Occupation policière et militaire. Gazages et arrestations. Le tout pour que la multinationale Vinci construise un aéroport inutile et absurde tout droit sorti d'un imaginaire issu du siècle passé. No pasaran. 

C'est avec un acharnement policier et militaire digne d'un régime de droite autoritaire que le gouvernement de François Hollande tente d'imposer un projet d'aéroport dont l'absurdité et l'inutilité ne sont plus à démontrer. Plus de 1 000 gendarmes et CRS ont été déployés pour expulser violemment quelques dizaines de personnes, détruire quelques maisons occupées, saccageant bocage et zones humides. Faire place nette pour que les bulldozers et pelleteuses en charge des premiers travaux puissent entrer en action. Un gouvernement de gauche où, faut-il le rappeler, siègent des ministres écologistes, vient de prouver qu'il n'hésitait pas à exproprier, déloger, détruire, gazer et arrêter tout ce qui bloque les intérêts économiques et financiers d'une multinationale privée. Financer, au nom de l'intérêt général, une opération quasi militaire – les images parlent d'elle-même – aurait été condamné publiquement avec force et fermeté si Nicolas Sarkozy et ses ministres en avaient été les initiateurs. Une fois au gouvernement, la gauche socialiste et écologiste organise la répression aveugle, la soutient et la cautionne ou, au mieux, se mure dans le silence.

François Mitterrand avait mis fin à l'extension du camp militaire du Larzac. François Hollande occupe militairement Notre Dame des Landes. Du temps du Larzac, la droite en appelait à l'intérêt majeur de la France et de son armée. Du temps de François Hollande, ce sont des forces armées qui sont mobilisées pour le compte d'une multinationale privée. François Hollande avait promis la concertation et le dialogue. Ce sont les lacrymos et les tirs de flash-ball qui pleuvent sur les opposants à l'aéroport. Vinci n'a pas besoin de milices privées, les forces de police de l'Etat assurent la défense de ses intérêts. En toute impunité. C'est au nom des intérêts de ces multinationales et de leurs projets dévastateurs que les luttes de résistance, (dis)qualifiées de violentes et illégales par une subtile inversion rhétorique, sont réprimées. C'est le stade ultime de la capture des pouvoirs publics par le secteur privé. Les multinationales n'ont même plus besoin de violer les droits des populations, corrompre et acheter les récalcitrants, commettre des exactions et crimes en tout genre, détruire les écosystèmes et la nature, etc. Les pouvoirs publics s'en chargent. En respectant les lois (du plus fort). Au nom de l'intérêt général.

En juillet 2011, nous avions écrit que ce projet d'aéroport allait devenir « un conflit politique national que nul ne pourrait plus ignorer, un de ces conflits emblématiques qui polarise l'espace politique ». Nous y sommes. Ce projet d'aéroport conçu du temps du Concorde cristallise l'opposition radicale (et irréconciliable ?) entre un imaginaire du siècle passé et une imagination tournée vers l'avenir. D'un côté, il y a ceux qui « aménagent les territoires » à coup de « grands travaux » décidés dans les couloirs des ministères et au profit du secteur privé ; ceux qui tracent des autoroutes, des lignes à grande vitesse et des aéroports sur des cartes IGN ; ceux qui veulent « redresser » l'industrie du pays en « réduisant le coût du travail et de l'énergie » ; ceux pour qui le nucléaire, les gaz et pétrole de schiste, les mines constituent l'avenir de la France. La nature ? A quelques ajustements institutionnels près, ce n'est qu'un capital naturel qu'il s'agit de gérer et faire fructifier le plus efficacement possible. François Hollande n'avait-il pas dit que « sans croissance, pas de perspective écologique, parce que c'est la condition, l'écologie, pour avoir davantage de croissance ». N'ayez crainte, la relance de l'activité par les grands projets apportera bonheur et épanouissement individuels. D'ici là, battez-vous sur le marché de l'emploi, soyez compétitifs et vous serez heureux. Un jour.

Face à cette indécrottable idéologie productiviste et croissantiste, face à cet imaginaire tout droit venu du siècle passé et incapable de penser le caractère fini de la planète, préférant toujours la compétition à la coopération, des gens inventent, expérimentent, proposent, innovent. C'est le cas des participant de la ZAD à Notre-Dame des Landes, installés pour construire autre chose qu'un monde de compétition et de prédation. De là où ils sont. C'est le cas de toutes celles et ceux qui se mobilisent contre ce projet d'aéroport imbécile. A travers leur mobilisation, leur travail, leurs engagements associatifs, leur temps libre, leurs choix de vie, ils expérimentent des voies alternatives, pour vivre bien, vivre dignement, vivre autrement. Agroécologie, AMAP, circuits courts, relocalisation d'activités économiques et sociales, monnaies locales, expérimentations et transitions énergétiques, habitats groupés et écologiques, préservation des semences paysannes, les innovations collectives fleurissent un peu partout. Partout les mêmes justifications. Expérimenter pour inventer le monde de demain. Contribuer à résoudre les crises écologiques et sociales actuelles. Reprendre des marges d'autonomie sur le système actuel. S'émanciper et construire ensemble. Etc.

Encourager ces processus d'innovation sociale, décupler la force transformatrice de cette imagination collective, délivrer les moyens matériels et humains nécessaires à cette expérimentation citoyenne, ce devrait être le fil à plomb d'un gouvernement désireux d'opérer une véritable transition écologique et sociale. François Hollande, cautionné et encouragé par tous ceux qui se taisent, a préféré la matraque et le bétonnage à l'ancienne. C'est une déclaration de guerre. Personne ne l'oubliera. A nous de faire en sorte que Notre-Dame des Landes devienne le tombeau d'un projet et d'un imaginaire tout droit venus du siècle passé, et le terreau de l'alternative.

Maxime Combes, membre de l'Aitec et d'Attac, engagé dans le cadre du projet Echo des Alternatives(www.alter-echos.org)

Twitter : MaximeCo

Fresque humaine "Vinci dégage" ! © André Bocquel

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