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Billet de blog 25 nov. 2013

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A Varsovie, « tout ce qu'on a eu, ce sont des cacahuètes ».

« Un accord de dernière minute sauve la conférence de Varsovie » ont titré les médias à la fin de la conférence climat de l'ONU, ce samedi 23 novembre. Ce dénouement tragi-comique, désormais coutumier, ne peut masquer les régressions et impasses actuelles.

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« Un accord de dernière minute sauve la conférence de Varsovie » ont titré les médias à la fin de la conférence climat de l'ONU, ce samedi 23 novembre. Ce dénouement tragi-comique, désormais coutumier, ne peut masquer les régressions et impasses actuelles.

Qu'a-t-il été décidé à Varsovie ? Que les négociations se poursuivent. Ce qui fait dire à Pascal Canfin que « l'essentiel a été sauvé ». C'est peu. Suffisant pour que le ministre français annonce vouloir « construire le premier accord climatique universel jamais adopté » et restaurer la « confiance » dans le processus de négociations. Comme l'ont affirmé les mouvements et ONG qui ont quitté les négociations ce jeudi 21 novembre, « assez c'est assez, assez de mots, des actes ». A Varsovie, les actes positifs sont réduits à portion congrue1 tandis que les actes négatifs sont légions.

Varsovie devait une conférence de transition permettant d'avancer sur les « financements climat ». Les 100 milliards de dollars annoncés pour 2020 ne sont toujours pas là et le Fonds Vert pour le Climat reste une coquille vide. Aucun objectif chiffré n'a été donnée pour 2015 et 2017, n'établissant donc aucune feuille de route qui engage les pays. Le texte final laisse la porte ouverte à ce que ces fonds soient principalement des fonds privés. Du côté du fonds 'adaptation', qui doit permettre aux pays de prendre des mesures pour s'adapter aux dérèglements climatiques actuels, à peine 100 millions d'euros ont été récoltés. Soit moins que ce qu'il faudrait pour fournir un parapluie à chacun des habitants des pays vulnérables concernés. On pourrait en sourire si le typhon Haiyan ne nous rappelait pas le sérieux de l'affaire. « Tout ce qu'on a, ce sont des cacahuètes » a lâché le négociateur du Bangladesh.

Les dérèglements climatiques s'intensifiant, les catastrophes frappant plus intensément et plus souvent les populations les plus démunies de la planète, les pays vulnérables réclament la mise en œuvre d'un mécanisme de « pertes et dommages ». Ce mécanisme vise à s'assurer qu'il y aura bien des pays pour payer les conséquences de ces catastrophes et s'assurer qu'il sera possible de reconstruire ou du moins d'offrir les moyens de survivre aux populations touchées. Un tel mécanisme devrait devenir le troisième pilier des politiques climatiques lorsque la réduction des émissions et l'adaptation aux dérèglements climatiques ne sont plus suffisants. Les Etats-Unis n'en veulent pas et ont bataillé pour en réduire la portée. Au final, sous la pression publique, les Etats-Unis ont du concédé à établir un mécanisme dont les contours et financements ne sont néanmoins pas clairement établis et identifiés. Une année de perdue.

Aussi ubuesque que cela puisse paraître, les discussions sur les engagements de réduction d'émissions ont disparu des écrans radar. Alors que le dernier rapport du GIEC indique qu'il faut des réductions d'émissions conséquentes dès avant 2020, les pays repoussent à 2014 tout annonce d'engagement pour l'après 2020. Et d'ici 2020 ? Nada. Que dalle. Pire, certains pays revoient leurs maigres objectifs, comme le Canada, l'Australie et le Japon. Et l'Union européenne ne veut pas entendre parler d'objectifs de réduction supplémentaire. Une absence d'engagements d'ici 2020 qui sape l'ensemble du processus. Là où l'UE et les Etats-Unis pointent les blocages, bien réels, de la Chine et d'autres pays émergents pour s'engager sur des actions contraignantes en matière de climat, ce sont bien leur absence conjointe d'ambition d'ici 2020 qui bloque toute réelle avancée.

Pire, les négociations vont se poursuivre sur des principes en régression. On ne parlera plus « d'engagement » mais de « contribution ». Etats-Unis, Chine, Union européenne, tout le monde s'en contentera. En restant extrêmement vague, notamment sur les principes de justice et de partage des responsabilités, l'accord de Varsovie légitime encore un peu plus une approche bottom-up, celle défendue par les Etats-Unis, consistant à laisser chaque pays définir lui-même son niveau de réductions d'émissions. Quitte à ce que la somme de ces contributions soient largement inférieures et contradictoires aux exigences pour rester en deçà des 2°C de réchauffement maximal. L'Union européenne, qui s'est ralliée à cette stratégie, y contribue pleinement en n'augmentant pas ses engagements prè-2020 et en ne proposant pas d'objectifs ambitieux pour l'après 2020. Ainsi, est-on sûr de n'obtenir aucun accord juste, contraignant et à la hauteur des enjeux en 2015.

Le gouvernement français se félicite que les négociations se poursuivent en incluant à la fois les Etats-Unis et la Chine. Sachant qu'aucun des deux ne veut aboutir à un « accord ambitieux et contraignant », pour reprendre les termes du gouvernement français, difficile de comprendre la stratégie de ce dernier et de l'Union européenne. Sauf à assumer la phrase d'un des négociateurs : « les négociations climat sont un processus où chaque pays dispose d'une voix mais à la fin, ce sont les Etats-Unis qui gagnent ».

Nous répondrons donc à Pascal Canfin que « l'essentiel reste à faire ». Si le gouvernement français veut tirer les leçons de Varsovie, il doit agir sans attendre. Voici quelques pistes.

Sur le plan international, Attac France et 70 organisations alliées ont proposé d'exclure des négociations climat les lobbies des énergies fossiles et des entreprises fortement émettrices. Sur le plan européen, le gouvernement français ne doit pas accepter les propositions de la Commission européenne sur le point d'abandonner tout objectif contraignant de développement d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique pour 2030 pour ne maintenir qu'un objectif très insuffisant de réduction d'émissions de gaz à effets de serre (GES) – on parle de - 40 % par rapport à 1990. Sur le plan national, Attac France a également soumis une série de préconisations d'urgence : abandonner définitivement l'aéroport de Notre-Dame des Landes, annuler tous les permis concernant les hydrocarbures de schiste, obtenir la fin du financement des énergies fossiles, soutenir les alternatives concrètes se développant sur le terrain.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

1Les velléités d'extension des marchés carbone ont pour l'instant été repoussés. Ce n'est que partie remise et sera remis sur la table prochainement.

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