Climat (Doha) : commencer par abandonner le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes.

Loin des prétentions affichées, les politiques menées par l'Union Européenne et la France en matière de lutte contre les dérèglements climatiques ne sont pas à la hauteur des enjeux. Au contraire, elles contribuent à détériorer la situation, et à bloquer toute possibilité de véritable transition écologique. L'aéroport de Notre-Dame des Landes n'est qu'un exemple parmi d'autres. 

Loin des prétentions affichées, les politiques menées par l'Union Européenne et la France en matière de lutte contre les dérèglements climatiques ne sont pas à la hauteur des enjeux. Au contraire, elles contribuent à détériorer la situation, et à bloquer toute possibilité de véritable transition écologique. L'aéroport de Notre-Dame des Landes n'est qu'un exemple parmi d'autres. 

L'Europe ne sera pas épargnée par les conséquences des dérèglements climatiques à venir. C'est le panorama aussi lucide que terrifiant dressé par l'Agence Européenne de l'Environnement dans un récent rapport. Par exemple, les pays et régions de la zone Méditerranée, dont les économies et sociétés sont fortement ébranlées par les politiques d'austérité, pourraient connaître une augmentation moyenne des températures supérieure à la moyenne de l'Union Européenne, rendant les étés totalement caniculaires et proprement insupportables. Les taux de mortalité pourraient s'accroître très sensiblement en raison de la multiplication des vagues de chaleur et de l'arrivée de nouvelles maladies. Par ailleurs la montée des eaux pourrait submerger la plupart des côtes méditerranéennes, tandis que l'approvisionnement en eau, la production agricole et l'activité touristique pourraient s'effondrer.

 

Effets des dérèglements climatiques en Europe © Agence Européenne de l'environnement Effets des dérèglements climatiques en Europe © Agence Européenne de l'environnement


Vers 4°C de réchauffement et le chaos climatique ?

Bien que disposant de plus de ressources financières et technologiques que les pays pauvres du Sud pour faire face aux conséquences dramatiques du réchauffement climatique global, les pays de l'Union Européenne, ainsi que leurs populations et leurs économies, ne sortiraient pas indemnes du rythme soutenu avec lequel se poursuivent les émissions de gaz à effets de serre. Alors qu'elles avaient déjà augmenté de 6 % en 2010, puis de 3,2 % en 2011, les émissions atteindraient un nouveau record de 35 milliards de tonnes en 2012 selon le dernier rapport de la Banque Mondiale rédigé par le Potsdam Institute for Climate Impact Research. Les 4°C de réchauffement, soit deux fois plus que l'objectif de 2°C que s'étaient assignés les Etats de la planète, pourraient être atteints bien avant la fin du siècle.


Pour faire preuve de son engagement, l'Union Européenne se félicite des 2,5 % de réduction de ses émissions en 2011, oubliant de mentionner que ce résultat est le fruit d'un hiver doux et de la crise économique, et qu'elle fait suite à une augmentation des émissions de 2,5 % en 2010. Par ailleurs, cette comptabilité ne tient pas compte des émissions liées aux produits importés qui réduisent à 4 % la baisse des émissions de l'UE entre 1990 et 2012, au lieu des 17,5 % affichés. Enfin, les entreprises européennes profitent à plein des largesses que leur procurent le marché du carbone européen (EU ETS) et les mécanismes internationaux de compensation carbone. Selon un nouveau rapport, près du double (+ 85 %) de certificats de réductions d'émissions liés à des opérations de compensation ont été introduits sur le marché carbone européen par rapport à 2010, représentant aujourd'hui 13 % des émissions domestiques du secteur industriel concerné par le marché carbone.


L'Union Européenne n'est pas le leader climatique qu'elle prétend être

Alors que s'ouvre ce lundi 26 novembre une nouvelle conférence internationale de l'ONU à Doha (Qatar), force est de constater que les propositions de l'Union Européenne pour les années à venir ne sont pas à la hauteur des enjeux. A ce jour, l'UE refuse catégoriquement de s'engager sur des objectifs de réductions d'émissions de 40 %, voire seulement de 30 %, d'ici 2020. L'UE reste bloquée sur 20%. Ramenées à des réductions annuelles, ces réductions d'émissions seraient légèrement inférieures pour la deuxième période d'engagements du protocole de Kyoto (1,5 % par an) que pour la première période (1,6% par an). Un comble et de quoi vider de toute sa substance cette seconde période d'engagements dans le cadre du protocole de Kyoto.

On ne compte d'ailleurs plus les politiques et décisions européennes qui minent toute possible transition écologique en Europe. Ainsi en est-il du récent refus du Parlement Européen de se prononcer en faveur d'un moratoire sur l'exploration et l'exploitation des gaz et pétrole de schiste, ou de la récente communication de la Commission Européenne qui s'entête à vouloir préserver un marché du carbone inefficace, injuste et bloquant toute possibilité de résolution durable de la crise climatique. Plus largement, les scénarios énergétiques privilégiés par l'Union Européenne d'ici 2050 ne respectent nullement les préconisations de l'Agence Internationale de l'Energie qui a déclaré dans son dernier rapport qu'il ne fallait pas consommer plus d'un tiers des réserves prouvées d'énergies fossiles d'ici 2050 pour avoir une chance sur deux de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement global d'ici la fin du siècle.


Incohérences françaises à Notre-Dame des Landes

La France ne fait pas mieux. En septembre dernier, lors de la Conférence Environnementale, François Hollande avant pourtant annoncé vouloir être exemplaire en matière de lutte contre le réchauffement climatique et avait proposé que la France accueille la Conférence de l'ONU sur le climat de 2015. Seulement deux mois plus tard, les actes sont très éloignés des discours. Alors que François Hollande et le gouvernement français devraient satisfaire aux engagements consignés dans la loi consistant à diviser les émissions de gaz à effets de serre par quatre ou cinq d'ici 2050, ils n'ont toujours pas définitivement écarté les gaz et pétrole de schiste, ils s'entêtent à construire un nouvel aéroport totalement inutile, et ils sont incapables de réunir les conditions pour entamer une véritable transition énergétique vers une société et une économie post-fossiles, faite de sobriété et d'efficacité énergétique.

Le cas de Notre-Dame des Landes est en ce sens emblématique. Une récente étude démontre que la construction de cet aéroport et les perspectives de croissance du secteur aérien telles qu'envisagées pour le justifier sont totalement contradictoires avec les exigences de réduction d'émissions de gaz à effets de serre qui doivent être satisfaits d'ici 2050. A moins d'être climato-sceptique ou totalement insensé, le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes devrait donc être abandonné pour ne pas entraver toute possibilité de transition écologique dans la région Pays de la Loire, et plus largement en France. Consacrer les montants financiers qui devaient lui être alloués au financement de politiques de sobriété et d'efficacité énergétiques définies et mises en oeuvre avec et par les populations serait bien plus raisonnable, progressiste et cohérent.

Avant de se rendre à Doha en fin de semaine prochaine, les ministres Delphine Batho, Laurent Fabius et Pascal Canfin devraient donc entre autres s'engager publiquement et au nom du gouvernement à abandonner le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes.

Maxime Combes, membre de l'Aitec et d'Attac France, engagé dans le cadre du projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

Twitter : MaximCombes

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