Hollande pollue la COP21 et le climat des négociations

En confiant une partie du financement de la conférence de l'ONU sur le changement climatique à des champions de la pollution, François Hollande et Laurent Fabius polluent les préparatifs de la COP21 et sabotent sa crédibilité. Une décision absurde pour qui annonce vouloir une conférence « historique » !

En confiant une partie du financement de la conférence de l'ONU sur le changement climatique à des champions de la pollution, François Hollande et Laurent Fabius polluent les préparatifs de la COP21 et sabotent sa crédibilité. Une décision absurde pour qui annonce vouloir une conférence « historique » !

Tapis rouge pour les champions de la pollution

Au lendemain du festival de Cannes, François Hollande et le gouvernement ont déroulé un tapis rouge pour les champions de la pollution que sont les énergéticiens Engie (ex- GDF Suez) et EDF, le constructeur automobile Renault-Nissan et l'avionneur Air France, ou encore pour la banque d'un monde qui pollue davantage BNP-Paribas, le faux-nez du lobby français favorable aux gaz des schiste Suez Environnement, le fabriquant de pneus Michelin, la filiale de Veolia qu'est le Syndicat des eaux d'Ile-de-France, etc. Une décision vivement contestée par Attac France, les Amis de la Terre, Corporate Europe Observatory, 350.org, le WECF dans ce communiqué.

 

En proposant à des champions de la pollution de financer la conférence de l'ONU sur le changement climatique, le gouvernement offre sur un plateau, et à très bon prix, la possibilité à ces multinationales climaticides d'opérer de véritables opérations de greenwashing : aucune entreprise ne débloque des financements sans obtenir un retour sur investissement, notamment en termes d'image. Contre quelques euros, et avec l'onction de François Hollande et du gouvernement, voilà quelques champions de la pollution en mesure de faire croire qu'ils agissent pour le climat alors que tout montre le contraire. Pourtant, cela ne viendrait à l'idée de personne de sensé de faire financer une conférence internationale sur le tabagisme à des cigarettiers, pas plus que de confier le respect du code de la route à des chauffard.

Pas besoin de fonds privés !

Le gouvernement justifie ce choix en affirmant qu'il fallait « réduire le plus possible l’addition pour le contribuable ». Les données montrent le contraire : l'organisation de la COP21 doit coûter 170 millions d'euros. Le gouvernement veut que 20 % de ce budget, soit 34 millions d'euros proviennent d'entreprises privées. A titre de comparaison, le budget du prochain Euro2016 de football en France est de 1,7 milliard d'euros, dont environ 700 millions d'euros – 40 % du budget – proviennent de fonds publics. Pour l'Euro2016, le contribuable paiera donc 4 fois le budget de la COP21, et près de 20 fois le montant que le gouvernement voudrait récupérer pour la COP21 via les champions de la pollution.

Avoir décidé de confier 20% du financement de la COP21 à des multinationales privées est donc un choix politique, fondamentalement idéologique, qui ne répond aucunement au besoin de réduire les dépenses publiques. Si François Hollande et le gouvernement français voulaient réellement organiser une COP21 « historique » à Paris, ils auraient pu aisément trouver les 34 millions d'euros manquant dans le budget public dédié à l'Euro2016 ou, mieux encore, en luttant efficacement contre l'évasion fiscale mise en œuvre par les grands groupes désormais sponsors de la COP21 (IKEA, LVMH, BNP Paribas notamment).

Un gouvernement inconséquent pour des décisions absurdes

Autre argument avancé par le gouvernement : ces financements privés permettent d'impliquer des multinationales dans la préparation de la COP21 et de les conduire à modifier leurs systèmes de production de façon à ce qu'ils émettent moins de gaz à effet de serre. Ainsi, pour le secrétaire général de la COP21, Pierre-Henri Guignard, la question n'est pas de savoir combien d'entreprises polluantes financent la COP21, mais combien d'entre elles auront réduit leurs émissions après la COP21 (cité par France Info – Mercredi 27 mai - 15h15).

Autrement dit, le gouvernement offre une campagne de greenwashing aux champions de la pollution et espère que ces derniers réduiront d'eux-mêmes leurs propres émissions. Sans exiger aucun engagement ferme de leur part. L'Etat, pourtant actionnaire majoritaire d'EDF et très significatif d'Engie, aurait pu exiger de ces entreprises qu'elles s'engagent, a minima, et avant de financer la COP21, à se retirer de tous les projets de centrales à charbon dans lesquelles elles sont impliqués aux quatre coins de la planète. Il n'en est rien : le gouvernement fait donc sponsoriser la COP21 par des entreprises dont il cautionne la construction de centrales à charbon, les plus polluantes de la planète. C'est absurde et révélateur des inepties inconséquentes du gouvernement en matière de climat.

Un gouvernement qui ne tient pas ses propres engagements

Dès mars 2014, le RAC, le CRID et Attac France envoyaient une lettre ouverte au gouvernement l'invitant à tirer les leçons des conférences passées – notamment celle de Varsovie en 2013 où le sponsoring des entreprises privées avaient pollué la COP19 – et à « dépolluer les négociations climatiques ». Alertes inlassablement répétées à chacune des rencontres entre le gouvernement et les ONG. En réponse, le gouvernement et le secrétaire général de la COP21 avaient promis qu'ils se limiteraient à des entreprises « climato-compatibles » (voir ici).

Manifestement, nous n'avons pas la même définition de ce qui est compatible avec le climat. Outre les charbonniers Engie et EDF, le gouvernement a sollicité le sponsoring de Suez Environnement qui milite activement (tout comme Engie) pour l'exploitation des hydrocarbures de schiste en France via le Centre pour les hydrocarbures conventionnels créé il y a peu : si le gouvernement était intègre, tant en matière de comptabilité climatique que d'hydrocarbures de schiste, pourquoi n'a-t-il pas a minima exigé que Suez environnement quitte ce lobby pro-gaz de schiste qui promeut une énergie climaticide ?

Un gouvernement qui pollue les négociations sur le climat

Plus grave que le greenwashing des multinationales ou l'incohérence du gouvernement en matière de climat : par ses choix de sponsoring, François Hollande et Laurent Fabius viennent de prendre la décision de polluer les six mois de préparation qu'il reste avant la COP21. Et ce au détriment de la qualité et de la sérénité des débats et des négociations. Ennuyeux alors qu'ils annoncent partout qu'ils veulent faire de la COP21 une « conférence historique ».

Laurent Fabius, qui va présider la COP21, et François Hollande qui se présente comme le meilleur ambassadeur du climat (voir ici), vont porter ces décisions comme un boulet d'ici à la COP21. Plus un seul article, plus un seul commentaire ou analyse des négociations ne pourra omettre que la COP21 est financée par des entreprises qui ne sont pas nettes sur le plan du climat. Pour quelques millions d'euros, François Hollande et Laurent Fabius viennent donc de polluer l'intérêt général de la lutte contre les dérèglements climatiques par les intérêts privés et le greenwashing de quelques entreprises problématiques.

Des décisions qui sabotent la crédibilité de la COP21

C'est extrêmement grave. Au moment où les voix sont nombreuses à appeler à une mobilisation générale des forces citoyennes, sociales, économiques et politiques pour lutter efficacement contre le dérèglement climatique, les choix de sponsoring du gouvernement sabotent la crédibilité de la COP21 et l'adhésion du plus grand nombre : si des entreprises qui sont des pollueurs notoires peuvent se payer des opérations de greenwashing sur le dos de la COP21, quel message délivre le gouvernement envers des citoyens préoccupés par le chômage, la précarité et leur avenir ? Que cette conférence est une nouvelle mascarade dont il faut se désintéresser ? C'est le risque majeur que viennent de prendre François Hollande et Laurent Fabius. Ce n'est en tout cas pas ainsi qu'ils vont susciter l'adhésion du plus grand nombre.

Qu'aurait fait un gouvernement réticent à s'engager dans la lutte contre les dérèglements climatiques si ce n'est décrédibiliser la COP21 en la faisant financer par des entreprises dont les business plan les rendent incompatibles avce le climat ? Le gouvernement français vient de s'engoufrer dans la même voie que celle prise par le gouvernement polonais lors de la COP19, en 2013, de très sinistre mémoire. Une conférence qui avait vu les ONG, associations, mouvements sociaux et syndicats quitter les négociations avec fracas (voir ce texte) pour dénoncer la mainmise des intérêts privés et des lobbies sur la conférence. Bis repetita à Paris ?

Il est grand temps de dépolluer le climat ! Commençons ces 30 et 31 mai !

Face à l'inconsistance de François Hollande et du gouvernement, il n'y a pas beaucoup d'autres choix que d'opposer la détermination des mobilisations citoyennes. A l'appel de la Coalition climat 21, qui regroupe l'ensemble des ONG, associations, mouvements sociaux et écologistes, syndicats engagés dans la lutte contre les dérèglements climatiques, 1000 initiatives pour le climat vont être organisées le week-end des 30 et 31 mai. Occasion de dire avec fermeté qu'il est grand temps de dépolluer le climat et la lutte contre les dérèglements climatiques : bloquons les entreprises climaticides et les gouvernements qui leur offre des opérations de greenwashing à bon prix !

Maxime Combes, Economiste, membre d'Attac France et de l'Aitec,

@MaximCombes sur Twitter

 

 

 

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