Le Medef et Laurence Parisot sont-ils climato-sceptiques?

La question mérite d'être posée tant le Medef et Laurence Parisot multiplient les actions de lobbying et interventions publiques pour bloquer toute avancée dans le débat sur la transition énergétique, tout en appuyant sans retenue l'exploitation des gaz et pétrole de schiste.

La question mérite d'être posée tant le Medef et Laurence Parisot multiplient les actions de lobbying et interventions publiques pour bloquer toute avancée dans le débat sur la transition énergétique, tout en appuyant sans retenue l'exploitation des gaz et pétrole de schiste.

Dans quelques jours, les capteurs atmosphériques de différentes stations d'observations devraient mesurer des concentrations de CO2 dans l'atmosphère supérieures à 400 ppm (parties par millions) dans une grande partie de l'hémisphère Nord. Hormis la période industrielle, la concentration de CO2 n'avait jamais dépassé les 300 ppm depuis 800 000 ans. Les climatologues considèrent qu'il faudrait revenir au plus vite en deçà des 350 ppm afin de conserver une chance raisonnable de ne pas dépasser les 2 °C de réchauffement global d'ici 2100. Conséquence de cet accroissement continu des concentrations de CO2 dans l'atmosphère, une température mensuelle mondiale inférieure à la moyenne du XXème siècle n'a plus été observée sur Terre depuis février 1985.

Le franchissement du taux symbolique de 400 ppm devrait donc servir de force de rappel pour s'engager sans hésiter dans des politiques permettant de réduire drastiquement et rapidement les émissions de gaz à effet de serre.

Pas pour le MEDEF et ses dirigeants. A croire qu'ils sont climato-sceptiques.

A propos du débat sur la transition énergétique actuellement en cours, Jean-Pierre Clamadieu, président de la multinationale de la chimie Solvay et de la Commission développement durable du Medef, n'a rien trouvé de mieux que d'affirmer que « la lutte contre le réchauffement climatique ne doit pas être l'objectif essentiel du débat ». On attend toujours qu'il nous explique pourquoi faudrait-il mettre de côté la lutte contre le réchauffement climatique. Ou pourquoi ce ne devrait pas être un objectif essentiel. Monsieur Clamadieu doute-t-il de l'urgence de la lutte contre le réchauffement climatique ? 

Cette déclaration est loin d'être isolée. Il est pourtant aujourd'hui clairement identifié, prouvé et admis qu'il ne peut y avoir de lutte efficace contre les dérèglements climatiques si les économies européennes persistent à consommer autant d'énergies fossiles. Le débat sur la transition énergétique vient d'en faire la preuve. Seuls les scénarios respectant l'exigence de la loi POPE de 2005 – division par 4 des émissions de GES d'ici 2050 – ont été étudiés. Tous prévoient une réduction de la consommation d'énergie finale de 17 % à 56 %. S'orienter vers des trajectoires post-fossiles est clef. L'Agence Internationale de l'Energie en a récemment convenu en affirmant que « notre consommation, d'ici à 2050, ne devra pas représenter plus d'un tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles », ce qui revient à affirmer que deux tiers des énergies fossiles doivent être laissées dans le sol.

Que dit et que fait le MEDEF ? Qu'il faut exploiter les gaz et pétrole de schiste comme l'a encore récemment affirmé Laurence Parisot. La toujours présidente du MEDEF prétend qu'il ne faut « pas passer à côté d'une manne extraordinaire sous nos pieds » en raison des « implications économiques ». De son côté, le Groupement des entreprises parapétrolières et paragazières et des professionnels du pétrole et du gaz (GEP-AFTP) ignore les défis climatiques, comme nous le notions dans un précédent post. Le MEDEF et Laurence Parisot refusent d'admettre qu'exploiter les gaz et pétrole de schiste rendrait mécaniquement hors d'atteinte les objectifs fixés par l'AIE ou par les scénarios étudiés dans le cadre du débat sur la transition énergétique.

Le MEDEF ne veut rien changer. Il est du côté de ceux qui bloquent la transition. Comme l'explique un document produit dans le cadre du débat sur la transition énergétique, il faudrait exploiter les gaz et pétrole de schiste pour le « bénéfice des industries intensives en énergie ». Voilà qui est plus clair. Les « industries intensives en énergie » sont intouchables. Pour le MEDEF, la compétitivité des entreprises et les profits des actionnaires ont toujours primé sur les droits et revenus des salariés. Il doit en être autant avec la stabilisation du climat. Belle cohérence mortifère.

Le MEDEF défend les positions acquises de quelques entreprises au détriment du climat et de la santé des populations. Le MEDEF est réactionnaire, conservateur, rétrograde. Le progrès, la transition ? Le MEDEF et Laurence Parisot s'y opposent. 

Que le MEDEF et Laurence Parisot s'expliquent donc : si l'on ne croit pas au Père Noël, comment est-il possible de satisfaire aux exigences climatiques tout en continuant d'extraire et consommer toujours plus d'énergies fossiles ? Ou sinon, qu'ils assument et disant clairement qu'ils sont climato-sceptiques ou qu'ils ne veulent pas de politique de lutte contre le réchauffement climatique. Le débat n'en sera que plus clair.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

Twitter : @MaximCombes

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