Que fait E. Macron pour stopper l'accord de commerce UE-Mercosur? Presque rien

Devant la Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron a indiqué qu'il "avait stoppé net les négociations avec le Mercosur". Inexacte, cette déclaration renvoie à la volte-face opérée en août 2019, mais l'Elysée n'a rien tenté pour stopper cet accord alors que l'Allemagne en a fait une priorité de la présidence de l'UE qu'elle va exercer à compter de ce 1er juillet.

Ajout (3 juillet 2020) : le haut-représentant de l'UE pour les affaires étrangères, Josep Borrel, vient de se féliciter de la finalisation des négociations en vue d'un accord d'association entre l'UE et le Mercosur. Après la conclusion de la partie commerciale de l'accord en juin 2019, ce sont les parties "politique" et de "coopération" qui viendraient d'être finalisées en marge d'un sommet des pays du Mercosur auquel Josep Borrel a représenté l'UE. Les négociateurs des pays du Mercosur ont annoncé vouloir une signature de l'accord d'ici la fin de l'année. 

Ce lundi 29 juin, devant les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron a indiqué qu'il "avait stoppé net les négociations avec le Mercosur". C'est inexact puisque des négociations sur la finalisation du texte ont encore eu lieu ce printemps comme l'illustrent les déclarations des négociateurs uruguayens qui indiquaient encore ce 18 juin que les négociations sur le chapitre "politique" de l'accord venaient à peine de s'achever.

Sans doute cette déclaration d'Emmanuel Macron fait-elle référence à sa volte-face d'août 2019 : après avoir initialement salué l'accord, Emmanuel Macron a indiqué en marge du G7, alors que le président brésilien Jair Bolsonaro marquait son indifférence face aux feux en Amazonie, qu’il ne le soutenait plus, « en l’état ». A plusieurs reprises depuis, des ministres du gouvernement ont laissé penser qu’une modification à la marge de l'accord pourrait conduire la France à changer d'avis.

En tout état de cause, l'accord UE-Mercosur n'est pas stoppé. Selon des documents préparatoires à la présidence de l'UE que l'Allemagne va exercer à compter du 1er juillet, la finalisation de cet accord très décrié fait partie des priorités de Berlin. Annoncé comme finalisé en juin 2019, cet accord est en effet toujours en train d'être révisé, dans la plus grande opacité, sans que personne ne sache précisément ce qui est l'objet des discussions actuelles ni quand et comment il doit être finalisé et soumis au processus de ratification.

 

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A Bruxelles, les eurodéputés français soutenus par Emmanuel Macron (Pascal Canfin, Nathalie Loiseau, Marie-Pierre Vedrenne, etc) brillent par leur manque de combatitivité à ce sujet, tandis que des représentants de leur groupe, comme l'eurodéputé espagnol Jordi Cañas défend mordicus cet accord. Cañas juge cet accord comme étant compatible avec l'AccordDeParis, la lutte contre le réchauffement climatique et le GreenDeal européen. Plus récemment, il a même indiqué à Politico que cet accord, qui encourage l'importation de produits issus de la déforestation de l'Amazonie, serait un « bon outil pour limiter la déforestation en Amazonie » (sic).

De récentes données montrent que la déforestation atteint des niveaux très préoccupants depuis que Jair Bolsonaro est arrivé au pouvoir, et alors que l'UE et le Brésil négocient donc la finalisation de cet accord de commerce : 9 166 km2 ont été déforestés en 2019, soit une augmentation de 85% par rapport à l'année 2018 (données de l'Institut de recherches spatiales INPE). Finaliser un accord de commerce reviendrait donc à ce que l'UE, loin de lutter contre la déforestation, légitime les politiques de Bolsonaro dans la région.

Si bloquer l'accord UE-Mercosur est loin d'être une réponse satisfaisante en matière de lutte contre la déforestation comme nous l'expliquions dans une note publiée en septembre 2019, cela n'en reste pas moins un passage obligé. C'est le sens d'une lettre ouverte que publie 265 organisations de la société civile appelant les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 Etats-membres de l'UE à bloquer cet accord. A l'heure de la pandémie de Covid-19 et du réchauffement climatique, veut-on encore d'un accord qui prétend échanger du bœuf brésilien et argentin contre des voitures européennes ?

La Convention citoyenne sur le climat vient de proposer à l'exécutif de ne pas ratifier le CETA, cet accord de commerce et d'investissement entre l'UE et le Canada, tandis que 90% des sondés indiquent vouloir voir une relocalisation des filières économiques. Emmanuel Macron et sa majorité vont-ils encore essayer de tergiverser pour remettre à plus tard ce qui devrait être fait aujourd'hui : rejeter l'accord entre l'UE et le Mercosur, et remettre à plat la politique commerciale européenne ?

Maxime Combes, économiste, en charge des enjeux commerce/relocalisation à l’Aitec et porte-parole d'Attac France. Auteur de « Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition » (Seuil, 2015).

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