Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
Abonné·e de Mediapart

210 Billets

5 Éditions

Billet de blog 30 oct. 2015

Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
Abonné·e de Mediapart

Quels enseignements tirer de l'étude de l'ONU en amont de la COP21 ?

L'ONU vient de présenter une analyse des engagements que 146 Etats ont rendu public en amont de la COP21. Laurent Fabius se félicite déjà du résultat. Pourtant cette étude confirme que ces contributions volontaires sont inacceptables et conduisent vers de nouveaux crimes climatiques !

Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'ONU vient de présenter une analyse des engagements que 146 Etats ont rendu public en amont de la COP21. Laurent Fabius se félicite déjà du résultat. Pourtant cette étude confirme que ces contributions volontaires sont inacceptables et conduisent vers de nouveaux crimes climatiques !

J-30. A un mois de l’ouverture de la conférence mondiale sur le réchauffement climatique de Paris-Le Bourget (COP21), les Nations unies ont publié ce vendredi 30 octobre une analyse des engagements que les Etats ont posé sur la table des négociations (rapport en anglais ici), appelés INDCs dans la novlangue de l'ONU. Laurent Fabius s'est empressé de se féliciter du résultat : « Les contributions nationales permettent de changer la donne et nous éloignent du pire ». Regardons de plus près.

L'analyse porte sur les engagements publiés avant le 1er Octobre, pris par 146 des 195 pays membres. Des pays qui représentent 86 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (depuis, neuf pays supplémentaires ont rendu leur copie sans que cela change fondamentalement la situation et les résultats). Les résultats agrégés sont présentés dans la partie D de l'analyse, à partir de la page 9 du document.

© 

Voici les points principaux :

  • Les émissions globales de gaz à effet de serre vont augmenter jusqu'à 55 Gt de CO2 eq en 2025, et 57 Gt de CO2 eq en 2030. Pour rappel, sur la base des scénarios du GIEC, il est généralement affirmé qu'il ne faudrait pas aller au-delà de 40 Gt en 2025 et 35 Gt en 2030, soit un écart de 15 Gt puis 12 Gt par rapport à la quantité maximale de gaz à effet de serre qu'il ne faudrait pas dépasser pour avoir une chance raisonnable de rester en deçà des 2°C ;
  • Les émissions globales seront de 10% et 15% supérieures en 2025 et 2030 par rapport à 2010, ce alors que le GIEC invite à les réduire de 40 % à 70 % d'ici à 2050 : les INDC font croître des émissions que les données scientifiques invitent à réduire au plus vite ;
  • Les émissions globales qui vont s'accumuler dans l'atmosphère entre 2010 et 2030 pourraient atteindre 750 Gt, soit une part très significative du budget carbone (environ 1000 Gt) dont les pays disposent d'ici à la fin du siècle pour rester en deçà de 2°C : cela revient à consommer en moins de 15 ans 75 % du budget carbone disponible ;

Il est à noter que ce rapport n'établit aucun résultat sur la trajectoire de température mondiale moyenne de long-terme, notamment en raison de l’absence d'engagements pris par les Etats pour la période post-2030. Ce qui n'a pas empêché Christiana Figueres, secrétaire générale des négociations de l'ONU sur le climat d'affirmer dans un communiqué que « les contributions ont la capacité de limiter la hausse prévue des températures à environ 2,7 °C d’ici à 2100 ». Résultat qui ne figure pas dans le rapport. Espérons que Christiana Figueres nous explique pourquoi et réponde à notre question.

© 

La seule chose qu'indique le rapport est que « maintenir l'augmentation de température au-dessous de 2°C reste possible ». Tout en précisant immédiatement (point 41 du rapport) que « cela ne pourrait être réalisé qu'à la condition taux annuels et des coûts de réduction des émissions sensiblement plus élevés que par rapport aux scénarios les moins coûteuses qui commencent aujourd'hui ou en 2020 ». Le point 42 du rapport précise ce point : là où il serait possible, selon les scénarios les moins coûteux, de se limiter à des taux annuels de réduction de 1,6% par an à partir d'aujourd'hui ou 2020, les INDC impliquent que les émissions globales devront être réduites en moyenne de 3,3% par an à compter de 2030. Soit le double de l'effort ! Le graphique suivant illustre parfaitement ce résultat : la courbe rouge des INDCs nous éloigne d'une trajectoire des 2°C et implique des efforts très lourds (=pente de la courbe en bleu le plus clair comparée aux autres scénarios en bleus plus foncés) pour l'après 2030.

© 

Le rapport de l'ONU confirme donc deux informations majeures :

  • les INDCs nous conduisent vers un réchauffement climatique très largement supérieur à l'objectif maximum que les Etats se sont fixés, à savoir un réchauffement climatique maximum de 2°C d'ici à la fin du siècle ; ils hypothèquent par ailleurs, et sans doute définitivement, toute possibilité de rester en deçà des 1,5°C, objectif désormais retenu par bon nombre de climatologues et ONG ;
  • les INDCs repoussent à plus tard l'essentiel des efforts et des réductions d'émissions qu'il faut réaliser pour rester en deçà de 2°C, les rendant plus coûteuses et plus compliquées à mettre en œuvre à partir de 2030, illustrant le fait que tout retard prix ne peut-être véritablement rattrapé ;

Si la COP21 devait donc valider ces INDCs, sans négociations pour les revoir à la hausse immédiatement, les Etats signeraient donc pour un accord qui ne respecte pas l’objectif fixé pour Paris, qui est de parvenir à un accord universel contenant la hausse des températures sous la barre de 2 °C. Si tel était le cas, compte tenu de la quantité de rapports et d'informations disponibles, c'est donc en toute connaissance de cause que les Etats valideraient des engagements qui conduisent nécessairement vers de nouveaux crimes climatiques.

Non, Laurent Fabius, les contributions des Etats ne permettent pas de "changer la donne". Pas suffisamment en tout cas !

Disons STOP aux Crimes climatiques que l'ONU et ses Etats-membres sont en train de préparer !

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Il publie Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène et il a co-coordonné Crime Climatique Stop ! L'appel de la société civile, Seuil, Anthropocène.

@MaximCombes sur twitter

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
À La France insoumise, le flou de la réorganisation suscite des inquiétudes
Si des garanties sont données aux militants insoumis en vue d’améliorer l’implantation locale du mouvement, la composition de la nouvelle direction, restée jusque-là à la discrétion d’une poignée de cadres, fait craindre de mauvaises surprises.
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle
Journal — Éducation et enseignement supérieur
Une école plus si obligatoire
Pour faire face à la menace de coupures d’électricité cet hiver, le gouvernement a brandi une possible fermeture des écoles le matin, au coup par coup. Cette politique repose, trois ans après l’épidémie de Covid, la question de l’obligation d’instruction des enfants, un principe sans cesse attaqué.
par Mathilde Goanec
Journal — Énergies
EDF face aux coupures d’électricité : la débâcle énergétique
Jamais EDF ne s’était trouvée en situation de ne pas pouvoir fournir de l’électricité sur le territoire. Les « éventuels délestages » confirmés par le gouvernement attestent la casse de ce service public essentiel. Pour répondre à l’urgence, le pouvoir choisit la même méthode qu’au moment du Covid : verticale, autoritaire et bureaucratique.
par Martine Orange
Journal — France
Procès Bismuth en appel : Nicolas Sarkozy s’enferre dans ses dénégations
L’ancien président de la République le jure, il n’a jamais eu l’intention de commettre le moindre délit dans l’opération d’approche de plusieurs magistrats de la Cour de cassation, dont il laisse la responsabilité à Thierry Herzog et Gilbert Azibert.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
Récit d'une mort réussie
Elle avait décidé de ne plus souffrir. En 2002, La loi sur l'euthanasie venant d'être votée aux Pays-Bas elle demanda à être délivrée de ses souffrances.
par françois champelovier
Billet de blog
Mourir en démocratie — La fin de vie, une nouvelle loi ? (le texte)
Les soins palliatifs, et donc la sédation, ont désormais des alliés ne jurant que par eux pour justifier l’inutilité d’une nouvelle loi. Mais les soins palliatifs, nécessaires, ne sont pas une réponse à tous les problèmes. Si c'est l'humanité que l'on a pour principe, alors l'interdit actuel le contredit en s'interdisant de juger relativement à des situations qui sont particulières.
par Simon Perrier
Billet de blog
Fin de vie, vite
Le Comité Consultatif National d’Éthique considère « qu’il existe une voie pour une application éthique d’une aide active à mourir, à certaines conditions strictes, avec lesquelles il apparait inacceptable de transiger ». Transigeons un peu quand même ! Question d’éthique.
par Thierry Nutchey
Billet de blog
Fin de vie : faites vivre le débat sur Mediapart
En septembre dernier, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis qui rebat les cartes en France sur l'aide active à mourir, en ouvrant la voie à une évolution législative. Conscient que le débat autour de la fin de vie divise la société, le président de la République lance un débat national. Nous vous proposons de le faire vivre ici.
par Le Club Mediapart