Ce soir, les «primaires de gauche» vont courser Mélenchon et Macron

Sept socialistes ou apparentés débattront ce 12 janvier lors du premier tour de piste télévisé de la Primaire citoyenne. Les aspirants candidats à la présidentielle de 2017 vont devoir trouver leur place dans un couloir très serré entre deux déjà-candidats installés depuis des mois.

La Primaire citoyenne, c’est ce soir à 21h sur TF1 et RTL. Un ancien Premier ministre, quatre anciens ministres et deux autres élus vont entrer dans la course à la présidentielle. Ils devront se partager un couloir aux marges mal définies dont il leur sera difficile de sortir.

De gauche à droite, MM. Mélenchon, Hamon et Macron (montage d'images de Wikimedia commons) De gauche à droite, MM. Mélenchon, Hamon et Macron (montage d'images de Wikimedia commons)

Avant eux, les mouvements En Marche ! et La France insoumise se sont élancés depuis des mois. Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, puisqu’il s’agit d’eux plus que de leurs « partis », ont quitté la ligne de départ respectivement en avril et en février 2016 en créant ces structures qui leurs sont dédiées. Et les deux hommes semblent avoir tout fait pour s’installer durablement dans un duel exclusif, laissant peu de place à leurs futurs concurrents.

D’abord, ils représentent déjà aux yeux de certains électeurs la lutte entre le patronat et le prolétariat : M. Macron a reçu le soutien de Pierre Gattaz, actuel président du MEDEF alors que M. Mélenchon est soutenu très officiellement par le PCF.

Surtout, ils se sont inscrits en opposition directe, sans prendre en compte leurs éventuels rivaux socialistes, sur plusieurs sujets cruciaux pour la gauche.

Sur la construction européenne par exemple, les participants à l’élaboration du programme de M. Mélenchon se sont mis d’accord. En guise de quatrième chapitre[z1] , un titre et une ligne directrice : « Sortir des traités européens ». « Le constat partagé d’une « UE contre les peuples » est réitéré, continue le texte, avant de prôner « des mesures immédiates pour lancer le rapport de force » puis « une refondation de l’Europe par la rupture avec l’UE ».

De son côté, M. Macron se présente comme « pro-européen », comme dans Challenges le 11 janvier[z2]  : « Je parle d’Europe, je défends le projet européen. Il y a quelques années, le dire était un cliché. C’est aujourd’hui presque une provocation. »

Les deux tribuns partagent une conviction : la place centrale de l’Allemagne dans la politique et la construction européenne. Seulement, le programme de La France insoumise présente « le gouvernement allemand » comme un « ennemi identifié » tandis que M. Macron a délivré à Berlin le 10 janvier un discours sur « la relation franco-allemande et le futur de l’Union européenne », jusqu’à conclure : « Nous, Français, devons restaurer la confiance avec les Allemands en faisant des réformes sérieuses » (Le Monde, 10 janvier[z3] ).

Ainsi, ce soir, lorsque les candidats à la Primaire citoyenne entameront leurs sprints, ils devront d’abord rattraper les leaders de la course et trouver leur propre place. Si ils sont pour le renforcement des liens communautaires, ils risquent d’être taxés de suiveurs de M. Macron ; si ils sont pour la casse de l’Union, ils s’exposent à la critique inverse.

Il est un autre sujet qui divise traditionnellement la gauche prolétarienne et la gauche libérale : le modèle social français. Pas en reste sur cette thématique, MM. Mélenchon et Macron ont là encore réussi à occuper un maximum d’espace. C’est simple : les deux candidats se contredisent l’un l’autre totalement. Le premier[z4]  promet la retraite à 60 ans et milite pour une réduction du temps de travail[z5] , le second[z6]  ne souhaite pas que les 35 heures soient maintenues « pour les jeunes » ni que les plus âgés arrêtent de travailler avant 67 ans. Le premier veut « abroger la loi El Khomri », le second juge qu’elle n’est pas allée assez loin[z7] , et ainsi de suite.

L’opposition entre les deux hommes est donc affirmée haut et fort. Dans des clivages binaires, comme ceux-ci, « simplistes » disent certains, il est particulièrement difficile pour les socialistes ou les autres personnalités « de gauche » de trouver une troisième voie. Réussir à jouer des coudes entre les deux coureurs de fond derrière lesquels ils courent en longues foulées ne leur sera pas aisé.

Les résultats du dernier sondage, publiés hier 11 janvier[z8] , confirment à nouveau la tendance. En Marche ! est passé à la vitesse supérieur : M. Macron est en tête de la course à la présidence de la République avec 39% de « bonnes opinions » tandis que M. Mélenchon atteint la deuxième position avec 32%. Manuel Valls, en cinquième position derrière deux personnalités de droite assumée, a toujours 6 points de retard sur le candidat de La France insoumise.

Pour se démarquer, les participants à la Primaire citoyenne peuvent chercher à exploiter les thématiques rejetées par les deux meneurs. Particulièrement dans l’ère du temps se trouve la question du « revenu de base », quel que soit le nom mis en avant par les hommes politiques. Benoit Hamon s’en fait le chantre, hier 11 janvier encore en dévoilant officiellement son programme[z9]  : « Le revenu universel est un instrument incroyable de redistribution. [Il doit] donner à chacun la liberté et le pouvoir de travailler moins sans réduire ses revenus. » Pour lui, il s’élèverait automatiquement à 750 par mois, sans conditions d’attribution à partir de 18 ans.

Une proposition balayée par le secrétaire général du mouvement En Marche ! Richard Ferrand : Ce « n'est pas une piste que nous retenons. [Parce que] c'est admettre l'idée qu'il faut s'installer dans le financement durable d'un chômage de longue durée. » (Les Echos, 11 janvier[z10] ). M. Mélenchon non plus ne semble pas croire au revenu de base comme réponse à la robotisation, à la dématérialisation ou encore à l’uberisation, en somme aux chamboulements, de l’économie. Et pour cause : « Le plein-emploi est une revendication centrale de notre programme », rappelle Guillaume Etievant[z11] , l’un des rédacteurs du programme de La France insoumise.

Une autre option serait de proposer une coalition à MM. Macron et Mélenchon. C’est ce que préconisait Vincent Peillon, qui sera l’un des sept compétiteurs de ce soir, pas plus tard qu’hier : « Je trouve curieux que personne ne propose de s’associer avec Mélenchon et avec Macron. Je crois qu’il faut parler aux deux […]. » (Libération, 11 janvier[z12] ). Pas sûr que la proposition ne leur plaise, eux qui ont, chacun en leur temps, déjà quitté la famille socialiste.

 

 


 [z1]http://www.jlm2017.fr/synthese2

 [z2]http://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/presidentielle-emmanuel-macron-le-plus-pro-europeen-de-la-course-a-l-elysee_447205

 [z3]http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/10/emmanuel-macron-a-berlin-pour-se-donner-une-stature-europeenne_5060405_4854003.html

 [z4]http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2016/12/09/melenchon-macron-si-loin_1534317

 [z5]http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/11/16/a-gauche-l-idee-d-un-revenu-de-base-est-loin-de-faire-l-unanimite_5032317_823448.html

 [z6]http://www.rtl.fr/actu/politique/presidentielle-2017-emmanuel-macron-programme-retraites-chomage-35-heures-7785689465

 [z7]https://www.mediapart.fr/journal/france/021116/emmanuel-macron-face-la-redaction-de-mediapart?onglet=full

 [z8]http://www.lepoint.fr/presidentielle/2017-macron-et-melenchon-s-envolent-dans-les-sondages-11-01-2017-2096385_3121.php

 [z9]http://www.directmatin.fr/politique/2017-01-12/presidentielle-2017-le-programme-de-benoit-hamon-744508

 [z10]http://www.lesechos.fr/elections/primaire-a-gauche/0211680776426-primaire-hamon-pris-pour-cible-sur-le-revenu-universel-2056332.php

 [z11]http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/11/16/a-gauche-l-idee-d-un-revenu-de-base-est-loin-de-faire-l-unanimite_5032317_823448.html

 [z12]http://www.liberation.fr/france/2017/01/11/vincent-peillon-amenons-melenchon-et-macron-autour-de-la-table-et-travaillons_1540784

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