Débat de la Primaire citoyenne : Bennahmias centriste révolutionnaire

Lors du premier débat télévisé de la Primaire citoyenne, Jean-Luc Bennahmias s’est plus illustré par son ethos de gauchiste radical que par ses mesures de centriste social pro-entreprise et pro-européen, contre toute attente.

En somme : un personnage qui invoque plus, dans l’esprit de nombreux téléspectateurs, l’image d’un José Bové de bonne humeur que celle du François Bayrou technocratique dont il a vice-présidé le parti (MoDem).

Pour plusieurs journalistes d'une rédaction d'où j'écris ce billet, « Bennahmias, quel intérêt ? Il est vieux et ringard ! » Par contre, « Peillon, lui, c’est le plus canon de la primaire ! » D’accord, le premier a six ans de plus que le second. Mais de là a le cataloguer chez les « vieux sans intérêt » ... C’est que Jean-Luc a vieilli parce qu’il a vécu, il montre à ses futurs électeurs un visage ridé par le-s sourire-s. Bien sûr, le col de sa chemise ouverte, sa calvitie et son regard parfois malicieux contrastent fort avec les cravates, les coupes de premier de la classe et les mines endormies, patibulaires et antipathiques des Valls, Montebourg ou de Rugy, qui l’entourent. Observateurs de la vie politique, prenons du recul sur ce à quoi nous nous sommes habitués !

 

Jean-Luc Bennahmias © Wikimédia Commons Jean-Luc Bennahmias © Wikimédia Commons

Son ethos de bon vivant – M. Bennahmias est le seul à ne PAS donner l’impression de subir totalement la prestation télévisuelle - n’est pas nécessairement un trait propre à la gauche radicale. Mais on voit en lui plus d’autostoppeur-hippie-prêt-à-égayer-notre-trajet que de Jacques-Chirac-tombant-les-godets.

Etre un altermondialiste gauchiste, aujourd’hui, ça consiste en quoi ? A changer d’avis, si possible souvent, en défendant toujours, dans le fond, les mêmes valeurs. A être provoc’ en ne disant pas la même chose que ses voisins – pour « choquer la bourgeoise » comme les premiers punks londoniens ou parfois par conviction. A proposer un vivre-ensemble différent, même quand tout le monde se moque de soi. Et, aussi, à saupoudrer le tout d’une once de jem’enfoutisme. Le lecteur voit-il ou nous voulons en venir ?

Sur ces points, dressons un résumé de la soirée télévisée du 12 janvier, par le prisme Bennahmias.

Pour la girouette qui suis son cap : Jean-Luc milite pour Les Verts à 30 ans, rejoint le MoDem il y a 10 ans et fonde le Front démocratique en 2014. Pas étonnant, tant la proximité entre les trois partis est étroite sur les sujets qui l’intéressent : construction européenne plus politique qu’économique, développement durable par le progrès technique, libéralisme économique et social à la sauce libertaire-Cohn-Bendit, préférence pour les petites entreprises – mais les entreprises quand même.

Pour la provoc', il explique ne pas prioriser la lutte contre les inégalités femmes/hommes, son domaine de compétence étant, hors des effets de mode, la défense des précaires et des classes populaires.

Pour la vision altermondialiste, il défend le revenu de base, contre ses coreligionnaires et contre les associations d’aide aux plus pauvres qui s’y opposent. Contrairement à Benoît Hamon, il dit le faire parce qu’il veut pousser une société dans laquelle chacun peut vivre de son activité, sans qu’elle ait nécessairement besoin d’être rentable - aussi traditionnelle soit-elle (comme l’agriculture paysanne, notamment).

Même pour se moquer ouvertement de lui, par exemple lorsqu'il oublie le nom d'un Premier ministre du siècle dernier, ses concurrents retiennent leurs éclats. Et lorsque, enfin, les autres protagonistes s’autorisent à rire à sa petite blague (« Je parle de Roland Castro, pas de Raoul ni de Fidel, je ne voulais pas évoquer Royal »), il poursuit après avoir souligné son humour, « très mauvais ». Mettre son jem’enfoutisme au service de sa vision : une technique vraiment révolutionnaire.

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