Madrid: la COP approche, le Maire se ridiculise

Alors que la Conférence de l’ONU sur le changement climatique (COP) aura finalement lieu à Madrid entre le 2 et le 15 décembre prochain, le Maire de la capitale espagnole, élu en juin dernier, poursuit sa politique pro-automobile et supprime des infrastructures cyclables.

Début Juillet, le nouveau Maire conservateur de Madrid, José-Luis Martinez-Almeida, avait déjà tenté de mettre fin à la Zone basses émissions (Madrid Central) qui vise à restreindre l’accès au centre de Madrid pour les véhicules privés. Mise en place par sa prédécesseure, cette zone était devenue, pendant la campagne électorale, le totem à abattre du candidat Almeida. Une fois en poste il ne peut finalement pas tenir sa promesse brisée par le juge administratif qui conteste la légalité de la fin des amendes pour les automobilistes. Mais le nouvel édile madrilène est du genre persévérant. Dès Octobre, il récidive en présentant un nouveau plan du nom de Madrid 360. Elaboré sans concertation aucune par le cabinet de consultants Deloitte pour la somme de 17908 euros (au-dessus de 18000 euros une mise en concurrence publique aurait été obligatoire), ce nouveau projet se veut pour le moins laxiste en matière de lutte contre la pollution. Il prévoit notamment qu’à partir de 2020, l’accès au centre ville pour les véhicules essence immatriculés depuis 2006 et les diesels datant de 2014 ou après soit facilité, alors même qu’ils représentent 36% du parc automobile à Madrid selon l’ONG Ecologistas en acción. Ajoutons à cela que la Mairie prévoit de baisser le prix des parkings dans le centre-ville.  Quoi de mieux pour nous redonner envie de monter dans nos voitures ? Ah, peut-être mettre fin à la zone piétonne rue de Galileo dans le nord de la capitale comme cela a été effectivement le cas dès le début du mandat. Au passage, Almeida envisage aussi de reconvertir un tronçon de l’A5 en autoroute souterraine dans le sud ouest de la capitale. Enterrons les problèmes pour ne plus les voir. Quant à l'accord de gestion de la ville, prévu entre le PP, le parti d'Almeida et les centristes de Ciudadanos, partenaires de coalition, il prévoit également de favoriser l'usage de la moto... Vroum, Vroum! En voilà un beau programme.

Des pistes cyclables en veux-tu, n’en voilà plus !

La fameuse bande cyclable de la Gran Vía de Hortaleza qui "crée des bouchons" (crédits C.D) La fameuse bande cyclable de la Gran Vía de Hortaleza qui "crée des bouchons" (crédits C.D)

Ne nous y trompons pas, le chef de l’exécutif madrilène n’est pas toujours généreux. Il sait aussi avoir la main ferme, notamment en ce qui concerne les infrastructures cyclables.  Comme prévu dans son programme électoral, ses équipes sont d’ores et déjà en train de supprimer une bande cyclable longue de 850 mètres. Les arguments de la déléguée aux infrastructures de la Mairie de  Madrid sont clairs et limpides : « Il s’agit d’en finir avec les bouchons » car en effet, et c’est bien connu, ce sont les bandes cyclables qui créent des bouchons, pas les voitures. Cette infrastructure est ainsi en train d’être reconvertie en une voie zone 30, sur laquelle cyclistes et automobilistes devront se « partager » la chaussée. Madrid, avec ses 3 millions d’habitants, ne compte que 43 kilomètres de bandes ou pistes cyclables séparées des voitures. Le reste des « infrastructures » se présente sous la forme de zone 30 partagées entre cyclistes et automobilistes. A Séville, dans le sud du pays, les 688 000 habitants ont le droit à 200km de bandes ou pistes cyclables séparées. Qu’importe, le nouvel exécutif de la capitale espagnole a déjà prévu de supprimer d’autres bandes ( Rue de Toledo) et pistes cyclables (Camino de Vinateros).

Cette politique d’effacement des bandes et pistes cyclables n'est malheureusement pas très efficacement contrecarrée du fait des tensions qui existent entre les associations cyclistes de la capitale. D’un coté, Madrid Ciclista, qui se réjouit des mesures du nouveau Maire, jugeant qu’il ne faut pas séparer les vélos des voitures pour que les seconds s’habituent aux premiers et qu'ainsi les zones 30 doivent être priorisées. De l’autre, Pedalibre, qui estime que des voies séparées pour les cyclistes sont plus sûres et incitent les gens à prendre leur vélo. Ce que confirme une étude du chercheur Ricardo Marqués à Séville qui montre que les pistes et bandes séparées permettent à la fois d’augmenter le nombre de cyclistes et de réduire les accidents proportionnellement au nombre d'usagers.  Maintenant que l'événement internationale approche, divers collectifs commencent d’ores et déjà à s’organiser. Une manifestation à vélo dans le cadre de la COP est prévue le 7 décembre prochain dans les rues de la capitale. Au loin, on entend déjà le bruit de sonnettes survoltées. Et si on pouvait à la fois avoir des zones 30 et des pistes cyclables séparées? Et si toutes et tous les cyclistes madrilènes pouvaient enfin s'embrasser?

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