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Billet de blog 16 nov. 2021

Être radical de nos jours, est-ce vraiment mal ?

À l’approche de l’élection présidentielle, la sphère politico-médiatique s’emballe. Les thèmes sécuritaires et identitaires sont au cœur du débat public, notamment en raison de l’omniprésence du polémiste Eric Zemmour dans les médias. Un moment idéal pour évoquer la notion de radicalité et son traitement dans ces derniers.

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Tout d’abord, il paraît indispensable de définir ce que signifie le terme radical. Il provient du latin  “radicalis” qui veut dire racine. On vient alors chercher la nature profonde, à l’essence d’un être ou d’une chose. A l’heure où l’on ne cesse de dénoncer la radicalisation au sein des débats publics, on rejette souvent toute forme de radicalité. C’est un mot qui effraie et qui est souvent mis en opposition aux idées dites acceptables. 

De plus, depuis quelques années le terme est associé au terrorisme lorsqu’il frappe, avec des appellations reprises dans de nombreux médias comme “Islam radical” ou encore “personne radicalisée”. Ainsi, il est très important pour l’ensemble des acteurs politiques, médiatiques et des individus de faire la part des choses. 

La radicalité au cœur de la présidentielle ?

Ces dernières semaines ont été marquées par la primaire des écologistes et l’omniprésence dans les médias du polémiste d’extrême droite Eric Zemmour. Quelques titres de presse ont mis dos à dos ce dernier et Sandrine Rousseau, arrivée deuxième à la primaire des écologistes avec près de 49% des voix. On pouvait lire : “Rousseau – Zemmour le pari de la radicalité ?” “Rousseau/Zemmour, le camp de la déraison”.

C’est là que l’utilisation du terme et des personnes à qui nous l’associons peut être dangereuse puisque nos univers mentaux sont influencés et, parfois, structurés par ce qui est déterminé comme une vérité absolue par les médias.

Pour en revenir à Sandrine Rousseau, elle a notamment insisté sur la radicalité au niveau de son discours et de son programme pendant la campagne en affirmant elle aussi vouloir une écologie radicale pour répondre aux questions climatiques. Dénonçant ainsi un système économique actuel ne correspondant pas à ces dernières. 

D’ailleurs, qui peut contredire le fait qu’aujourd’hui la situation est telle que l’écologie doit être au cœur des préoccupations. Le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) est alarmiste, alors proposer une réponse radicale pour changer la situation est-ce vraiment impensable ou illusoire ? 

Ainsi, on a constaté une certaine réticence de la part de certains journalistes ou éditorialistes vis-à-vis de Sandrine Rousseau, allant même jusqu’à lui reprocher un penchant pour le communautarisme, un rejet de l’universalisme français et une importance plus forte accordée aux minorités par rapport au reste de la population. Des termes qui font réagir et qui sont mis en avant même lors de débats autour de la question climatique. 

Durant le premier débat sur France Info, ces questions récurrentes et parfois méprisantes envers plusieurs candidats ont agacé Sandrine Rousseau mais aussi Eric Piolle, maire de Grenoble, également candidat.

Sur les questions sociales, les propositions dites radicales font aussi souvent l’objet de méfiance. 

De manière stupéfiante, depuis plusieurs semaines, la plupart des médias traditionnels, notamment à la télévision, ont mis au premier plan de leur agenda, le (probable) futur candidat Eric Zemmour. Dans une optique de course à l’information, les médias jouent un jeu dangereux avec quelqu’un qui a été condamné pour provocation à la haine raciale et qui propage des idées nauséabondes, racistes en prônant la division entre les individus à chaque sortie. 

Là où avec d’autres le ton aurait été bien différent, de nombreux habitués des plateaux font preuve d’une complaisance déroutante avec le polémiste qui peut dérouler ses idées sans gêne aucune. 

Ces dernières qui placent au cœur de la campagne les thèmes favoris de la droite conservatrice et de l’extrême droite : l’immigration, la sécurité, l’identité. Tandis que le pays s’apprête à vivre une terrible crise sociale, où le dérèglement climatique bat son plein et où la pandémie a malheureusement accentué les inégalités sociales et économiques de notre pays. 

Le week-end dernier, Eric Zemmour affirmait vouloir “enlever le pouvoir aux contre-pouvoirs ». Quelques jours après, il pointait une arme vers des journalistes tout en disant “ça ne rigole plus là hein… Reculez !”. Pourtant, pas de polémique autour de ces faits ou de ses propos. D’autre part, quand les débats sont concentrés pendant plusieurs jours autour des familles qui achèteraient des écrans plats avec l’allocation de rentrée scolaire…Ça interroge grandement sur l’état actuel du débat public.

Le rassemblement comme camp de la raison ?

Si la radicalité c’est la déraison, l’utopie, il faut bien une alternative. Il s’agit sans aucun doute du rassemblement. Concernant les écologistes, le vainqueur de la primaire, Yannick Jadot, a annoncé vouloir rassembler, lui qui apparaît plus modéré que Rousseau. De l’autre côté de l’échiquier politique, face à la menace d’Eric Zemmour, Marine Le Pen, elle, insiste sur le fait qu’elle est capable de gagner car c’est la candidate du rassemblement de tous les patriotes, qui vont, selon elle, de Arnaud Montebourg, à Zemmour. 

"Au fond, le véritable point commun entre Zemmour, Rousseau, Mélenchon, Le Pen et Jadot, c’est qu’ils proposent une alternative à la politique libérale d’Emmanuel Macron. Partant de là, mettre tous ces projets dans le même sac, en omettant les fossés politiques immenses qui les sépare, c’est tomber dans le sophisme du juste milieu, c’est-à-dire un raisonnement biaisé consistant à prétendre que c’est la solution médiane qui serait raisonnable. Et bien non, pas forcément, ce n’est pas parce qu’une proposition apparaît comme radicalement différente, qu’elle est nécessairement irréaliste. Elle peut l’être, encore faut-il le démontrer, plutôt que de dénigrer une prétendue radicalité" expliquait récemment le chroniqueur de France Info, Clément Viktorovitch.

Au milieu de ces acteurs, ces propositions, ces discours, celui qui incarne dans le fameux « en même temps », le ni de droite ni de gauche, devenu ce que certains appellent l’extrême centre, est l’actuel président de la République Emmanuel Macron, et il pourrait bien être le grand gagnant de cette bataille. 

Il existe, pour moi, plusieurs formes de radicalité, celle qui se base sur la funeste théorie du grand remplacement, à ne surtout pas inclure dans le même « panier » que la radicalité écologique ou sociale, ce qui est fait par beaucoup au sein de la sphère politico-médiatique. 

Finalement, au sein d’une société parfois violente et radicale, la radicalité occupera sans doute un espace majeur en 2022, reste à déterminer sa forme. Faites vos jeux.

Billet publié initialement sur Yekaa.

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