Les banques sont-elles la cause de la bulle financière ?

Une réflexion sur les politiques pour sortir de la financiarisation à outrance, et sur les conséquences de l'irresponsabilité des entreprises face à l'intérêt général.

La votation populaire suisse sur la restriction de l'émission de la monnaie à la banque centrale aura eu pour mérite de poser au moins la question du rôle qu'on souhaite donner aux banques dans une économie post-crise où l'essentiel de la monnaie créée par les banques va ailleurs que dans l'économie réelle. En France, la séparation des activités bancaires divise encore sur sa capacité à sécuriser le système financier vis à vis des bulles financières. Mais est-ce vraiment les banques qui posent un problème dans cette économie financiarisée à outrance ?

Les banques ont un pouvoir important dans la mesure où elles créent de la monnaie, ce qui revient in fine à décider quels activités économiques sont viables pour être financées. Et force est de constater qu'elles font cela très bien et de façon objective la plupart du temps, surtout lorsqu'on prend l'unique critère qui compte en économie - la rentabilité. En cela les banques sont une entreprise comme une autre, différant uniquement par l'objet de leur activité. Les investissements ayant un intérêt général, y compris ceux que l'on souhaiterait confier aux banques centrales, ne remettent pas en cause la similitude si on les compare par exemple aux entreprises assurant du service public.

Toute solution qui limiterait son champ d'actions uniquement aux banques risque par conséquent de manquer sa cible - les entreprises en général et leur responsabilité vis-à-vis de l'intérêt général. La question est donc de savoir comment s'assurer que les entreprises aient un comportement qui prend en compte l'intérêt général tout en restant dans l'économie de marché, qui privilégie la rentabilité sur tout le reste ?

La seule solution acceptable dans ces conditions semble être une approche globale où :

  • on combat radicalement l'évasion fiscale et les paradis fiscaux où s'accumulent les fonds spéculatifs qui non seulement baissent les ressources des Etats en échappant aux impôts, mais aussi deviennent des concurrents directs aux entreprises de l'économie réelle pour l'accès aux capitaux et les poussent à une rentabilité irresponsable, et
  • on répercute rapidement (et non pas au bout de 15 ans de procédures) l'impact social et environnemental au bilan des entreprises, pour que l'irresponsabilité soit associée avec faible rentabilité et gros risques.

Si on s'attaque à la rentabilité des entreprises spéculatives et/ou destructrices, qui socialisent leurs pertes sans vraiment prendre de risques et tout en cachant leurs profits, on enlève les raisons mêmes de leur succès. Les banques continueront à rester un outil de décision utile, en se consacrant à l'économie réelle, devenue comparativement plus profitable, responsable et moins risquée.

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