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Billet de blog 30 nov. 2017

Au Yémen, une famine planifiée ?

Un cap a été franchi en matière de restriction envers les civils yéménites ces derniers jours. Suite à un tir de missile balistique venant du Yémen à destination de l’Arabie Saoudite, la coalition menée par celle-ci et les Émirats Arabes Unis a décidé de renforcer le blocus déjà en place depuis plusieurs mois sur ce pays.

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Il en résulte un arrêt quasi-total des importations de biens de consommation et de l’acheminement de l’aide humanitaire si le port d’Aden est finalement resté ouvert et que plusieurs avions ont pu se poser ces dernières heures sur l’aéroport de Sanaa. Cette décision intervient alors que les conditions de vie des civils se sont déjà extrêmement dégradées du fait de la guerre. Les indicateurs sanitaires et sociaux sont catastrophiques : plus de 20 millions de personnes dépendantes de l’aide humanitaire, au moins 900 000 cas suspects de choléra directement en lien avec l’effondrement des services publics d’assainissement et de santé, des centaines de milliers de cas de malnutritions aiguës sévères et modérées, pour la plupart des enfants, avec des pronostics vitaux engagés à court terme.

Toutes les parties prenantes au conflit ont une part de responsabilité dans cet état de fait. L’aide internationale déjà limitée par le blocus peine à se déployer compte tenu de l’insécurité liée à la guerre, des obtentions aléatoires d’autorisation de déplacements et des menaces d’enlèvement proférées par certaines franges radicales.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a réussi après d’âpres négociations à mettre en place un groupe d’experts régionaux et internationaux chargé d’examiner les exactions commises au Yemen par tous les acteurs concernés malgré une forte réticence notamment des autorités françaises. Par ailleurs, les Nations Unies ont aussi fait inscrire la coalition internationale sur sa liste noire pour ses attaques contre les enfants. Pourtant, le 14 novembre, les bombardiers saoudiens pilonnaient encore sans ambages l’aéroport de Sanaa rendant une fois de plus l’approvisionnement humanitaire aérien impossible.

Avec cette nouvelle escalade militaire et le renforcement du blocus, c’est toute une population qui se voit menacée par une dégradation d’accès à de la nourriture, à des médicaments et donc des soins de qualités, dans un contexte de précarité ultime. En somme, une famine attendue possible au regard des premiers effets du blocus antérieur.

Malgré les alertes régulières de l’ONU et des ONG sur cette perspective morbide, des pays comme la France continuent d’encourager l’effort de guerre saoudien en lui fournissant des armes, des informations et une surveillance navale. Selon un rapport récent du Parlement européen, entre 2015 et 2016, les contrats d’armement entre la France et l’Arabie Saoudite qui reste son deuxième client sont passés de 194 millions d’euros à plus de 764  millions d’euros (7 155 millions d’euros entre 2007 et 2016), à croire que l’évolution des taux de malnutrition au Yémen est proportionnelle à celle des bénéfices de l’industrie de guerre dans la région.

La communauté internationale doit exiger la levée totale du blocus qui asphyxie le Yémen. La stratégie de punition collective pour isoler un pays, et ses effets dramatiques sur des civils, relève de la barbarie qu’il faut dénoncer.

Concernant plus spécifiquement la diplomatie française, celle-ci s’enorgueillit d’intégrer dans sa doctrine la défense du droit humanitaire international qui a pour vocation d’humaniser la guerre en assurant une protection des civils et des aidants. Pourtant, au lendemain de la visite d’Emmanuel Macron en Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis, l’Élysée s’est contenté d’évoquer « sa préoccupation sur la situation humanitaire et sa disponibilité à faciliter une sortie de crise politique ». La visite du ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian cette semaine a principalement tourné autour de la question libanaise qui décale de fait l’urgence à traiter le dossier yéménite.

La France ne doit pas tomber dans le piège de d’indifférence pour répondre à la tension qui oppose enjeux économiques et respect du droit humanitaire international. Le président de la République s’est lui-même engagé devant ses ambassadeurs le 19 Septembre en faveur des populations civiles. A l’approche de la 4ième conférence nationale humanitaire qui aura lieu en 2018, la diplomatie française risque de perdre sa légitimé et sa crédibilité vis-à-vis des défenseurs des droits dans l’élaboration de sa stratégie humanitaire si elle continue d’emprunter le chemin de la résignation assumée vis-à-vis des civils yéménites.

Dr Jean-François Corty, directeur des opérations internationales de Médecins du Monde

Dr Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde

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