Pour une paix audacieuse, ambitionnant une crédibilité à l'âme innocente et la stature non écharpée et bien charpentée : l’heure est venue de désarmer les esprits du malin et du malsain, du vil et vilain, pour une communion retrouvée entre méfiance et ferme acuité, entre des camps aculés à la faisabilité du calme, du calumet...
En Israël, nous sommes à la croisée des chemins, des destinées, des desseins audacieux pour retrouver une paix ébranlée, mais portée par deux camps opposés. D’un côté, celui des guerriers, animé par une vision militariste et de confrontation permanente ; de l’autre, un horizon, le souhait d'un rapprochement avec le paisible, fragile, mais possible ; vers lequel la gauche radicale doit impérativement nous "guider", en guise d'une appellation éculée, ressassée et synonyme du verbe réparer, s'excuser... mais également d'une donation sans regretter, d'un don de symboles concrets, d'une acceptation du recul extirpé, rossé avec une féroce acclamation pour l'accalmie, en bref la symbiose.
Si nous voulons enfin briser le cycle de violence qui gangrène la région, il est temps de renverser les idées reçues et d’oser une approche nouvelle : celle du dialogue, du compromis et de la reconnaissance mutuelle. Oui, la paix est une arme plus puissante que n’importe quelle bombe. À nous de la brandir de bander nos efforts, de braver les drames qui s'annoncent, qui s'affichent sur les chaînes de télévision impunément, en vue d'un renoncement aux hostilités, à la purification de territoires déjà séparés, et parés à réparer cette prose, à marteler la nécessité d'une pause.
Pactiser pour pacifier
Cela fait des décennies que l’on nous répète que parler avec le Hamas est impossible. « Ils ne veulent pas la paix », entend-on souvent. Pourtant, avons-nous réellement essayé, expérimenté, expié le malsain, sans un certain malaise ? Avons-nous vraiment offert des perspectives qui sortent du cycle des représailles et de la guerre ? La gauche israélienne doit avoir le courage d’ouvrir ce dialogue, non par naïveté, mais par pragmatisme. Une trêve humanitaire, un cessez-le-feu durable, un accès aux ressources vitales pour les Gazaouis — voilà le début d’un tracé de réconciliation. Ce dialogue n’est pas une faiblesse. Il est la plus grande des forces, non une simple et nouvelle dose de la rengaine moisie.
De même, avec le Liban et l’Iran, il faut sortir du manichéisme absurde qui nous enferme, qui déforme, et prend forme dans le confus, le refus de voir la réalité en face : l'unanimité des musulmans pour sortir la Palestine de sa trouée. Ces pays sont des adversaires irrésolus, oui, mais pourquoi devraient-ils rester éternellement des ennemis héréditaires, sanguinolents, saignant tous deux de leurs sacrifices et agonisant solitaires et militairement parlant, qui font miroiter la lassitude des amis ?
L’Iran, par exemple, bien que sous un régime hostile, peut être intégré dans des discussions régionales plus larges qui incluent la désescalade des tensions nucléaires. Croire en la diplomatie, les discussions, les pourparlers évoqués, ce n’est pas capituler, ce n'est pas s'aborder ou s'accorder. C’est repousser l’abandon de l’espoir. C'est croire en la faisabilité d'une capitulation en rase campagne de Tsahal, en compagnie des derniers détenus, depuis les justement "côtés" jusqu'aux authentiques compagnons de la libération, qui ont servi la cause sans rechigner, qui croupissent encore à l'étranger ou dans des geôles inhumaines...
Un front commun avec les pays sunnites
Israël n’est pas seul dans cette quête de sécurité. Des pays comme l’Égypte, la Jordanie ou l’Arabie saoudite ont déjà noué des relations, avec, certes, des intérêts stratégiques pour leurs dirigeants. Pourquoi ne pas étendre ces alliances au-delà de la lutte contre l’extrémisme, pour inclure un projet de paix régional, un projet tourné vers l'apaisement généralisé ? Les différentes composantes de la nation israélienne disposent d'une capacité de renforcer ces partenariats, en cherchant des solutions collectives et justifiées à la question palestinienne. Au lieu de polariser, créons un front uni pour l'avenir des enfants, pour le futur et la promotion des droits à l'égalité de traitement, à l'encontre d'une traînée de l'effarement et de l'effacement.
L’initiative de paix arabe, longtemps négligée, pourrait être une plateforme solide pour redémarrer les négociations, pour esquiver une glaciation. Les pays sunnites, y compris ceux du Golfe, sont prêts à jouer un rôle actif dans la stabilisation de la région. C’est un moment historique à ne pas manquer. Le courage, ici, c’est de tendre la main, même là où on ne l’attend pas. C'est tourner le dos à la facilité des pays occidentaux à proposer, à faire et et défaire, à influencer le cours des choses, à échauder et chauffer le fer, pour agresser et blesser la fermeté du sémitisme, semé et semant les graines de la gradation, galvanisant la militance sioniste et le militantisme arabo-musulman.
Une Palestine libre et partisane
Et si nous disions enfin la vérité ? La solution n’est pas dans la perpétuation d’une occupation qui ronge une société parfois sclérosée, mais toujours sanctifiée grâce au respect dû aux patriotes morts pour leur pays. La solution est dans l’émergence d’une Palestine libre, indépendante, qui puisse coexister avec Israël dans une relation aux accents de réciprocité et de prospérité. C’est l’aspiration de la gauche, et c’est ce que tout être épris de justice doit défendre. Une contrée gouvernée par les Palestiniens et les Palestiniennes dont la représentation serait acérée, avec qui il sera possible de bâtir des ponts économiques, éducatifs et culturels ; au lieu de déplorer la construction des murs inutilement dressés et encerclant un peuple soumis à l'aparté, à la partition, à la répartition des rares ressources imposée et peu valorisée.
Les sceptiques diront que ce rêve est utopique. Ils se trompent. Ce qui est utopique, c’est de croire que la violence sans fin pourra nous offrir un jour la sécurité. La vraie sécurité, c’est dans la cessation du feu et de la folie qu’elle se trouve. Une Palestine partisane, engagée dans le progrès et les traditions partagées, est la meilleure garantie d’une stabilité durable, d'une raisonnable évacuation des terres occupées depuis trop longtemps, notamment depuis les guerres des six jours et de Kippour, pour l'amour de la patrie hébraïque et chérie dans le monde entier, victime de sa propre générosité, dont les valeurs sont épuisées.
Les guerriers sont fatigués : il est temps de festoyer
Les guerres ont été menées. Et qu’avons-nous récolté ? Des ruines, des morts, et une haine tenace. Il est temps d’essayer une autre solution. Oui, la paix est un pari risqué, mais c’est le seul qui en vaille la peine, le travail acharné, pour l'extinction des charniers. Désarmons les esprits, et changeons de perspective : rejoignons celui des bâtisseurs. Construisons une paix durable, pas seulement pour nous, mais pour toutes les générations à venir. Soyons déroutants, inattendus. Osons surprendre ceux qui ne jurent que par la force et les jugements préconçus, préconstituées, les idées reçues d'un ciel violet, lilas ou "tartiné" avec beurre et raisin...
Aux guerriers fatigués et dépités, nous disons : reposez vos armes. L’heure est venue de festoyer pour la paix. Pour le silence des canons, le "taire" des roquettes contre les échanges de terre, la fin des profanations, des viols et des violences, des égorgements, des assassinats, des lancements de drones ou de missiles, des missions-suicide... pour l'honneur et la chaire de nos frères, la loyauté et la liberté de nos sœurs, pour la bravoure qui sépare et entoure en même temps, qui s'étire sans être détournée, qui est proche d'expirer si nous ne créons pas le conditionnement, sans concessions, si nous ne cédons pas à un certain équilibre, à équidistance du raté, du rayé, du raillé, et des prouesses, des preuves puisées dans les cœurs, engageant jusqu'aux tréfonds de la pensée du sacré, jusqu'à la pesée entre les torts d'une restauration de l'ordre et les manigances, les manipulations, le manifeste de ceux qui souhaitent rester...