La question et la gestion, la gouvernance de la "régularisation" des sans-papiers revient régulièrement au cœur d'un débat politique, à l'agonie, qu'il soit sous le feu des projecteurs, dans le vif de l'action, à l'occasion de projections cinématographiques confidentielles, qu'il passe par la rédaction de tracts en guise de brulots, d'articles rassemblés dans des pamphlets, enflammés, parfois infâmant, via la perturbation de certains déroulements, de certaines perspectives de carrière, ou que ce soit par le fait de quelques individus, caricaturés comme des hurluberlus, des malotrus, des individus, dont la 'bonhommie" et l'habile "maillage", parfois les seuls effets de réseau, leur imposent ou les empêchent de se manifester pour une égalité de traitement, formelle, formidable, énoncée sans formalisme, sans exigences particulières, sans exagérations, sans tremper dans la supercherie.
Pour certains, elle représente une solution nécessaire pour réguler l’économie, tout en garantissant, tout en se gratifiant avec des salaires décents et des conditions de travail dignes. Pour d’autres, elle semble constituer une menace pour le marché du travail et la conservation des acquis sociaux, la concrétisation d'une attitude à la fois fidèle et rebelle aux révoltes, aux révulsions résurgentes, à la répulsion vis-à-vis des discours haineux, aux prétentions irrévérencieuses, au pari de révolutionner le pays de la part de la droite.
Mais au-delà des oppositions idéologiques, au-delà des malheureuses utopies, il est temps d'aborder la question sous l'angle de la contribution, de la prise en compte des préconisations des sans-papiers ciblant l'enrichissement de notre modèle social et démocratique, sans prétendre représenter une surenchère dans l'imaginaire de la gauche, à l'image de la conciliation du renchérissement du coût de la vie, de la multiplication des préoccupations du quotidien des habitants et des habitants, depuis l'attribution du quotient familial jusqu'à la reconduction des bonnes habitudes pour faire ses courses ou aller au supermarché, dans les commerces, dans les cantines collectives ou les cafétérias...
L’argument économique : une main-d’œuvre indispensable, incontournable et réputée incontrôlable par la médisance ; en réalité résiliente, jamais surannée, sans considération du temps écoulé, croulant sous les obligations administratives...
D'un côté, les partisans de la régularisation soulignent la réalité économique, la vérité des statistiques issues du recensement, ne versant pas dans le renoncement à l'essentiel ; dans ce reniement de nos valeurs républicaines fondamentales. Les sans-papiers sont souvent employés dans des secteurs essentiels à l’économie nationale : BTP, nettoyage, restauration, aide à domicile, agriculture, le secteur de la jeunesse et de la culture, le domaine des arts... ; essentiels à l'attention de tous les méritants, de toutes les compétences utiles aux métiers en tension...
Cette main-d’œuvre, parfois exploitée, parfois exposée, fait tourner des pans entiers, nous oblige à dénoncer les plans dune exploitation capitaliste et nationaliste éhontément, éperdument sacrificielle, sans transition définie comme étant rationnelle et raisonnable, tout en subissant des conditions de travail précaires, des salaires en dessous des minima légaux et des risques pour leur sécurité et leur santé physique ou mentale, anormalement négligées, en y substituant un suivi de la norme, sans même revendiquer une succession de remises en forme, ni même la possibilité de déplorer l'absence de sommeil.
Régulariser ces travailleurs, ces travailleuses, salarié.e.s ou indépendant.e.s, permettrait non seulement de leur offrir des droits et une reconnaissance officielle, mais aussi de faire émerger une concurrence plus équitable entre sociétés, entre agences de conseil ou de communication, en compagnie d'opérateurs d'Etat, d'opérations partenariales vers le privé, de superpositions territoriales et déconcentrées, en imitant intelligemment les pratiques du travail au noir dans son intégralité et en toute intégrité, en se détournant d'un devenir moribond et morcelé, en contournant un avenir désormais en lambeaux, sans même prendre en compte les "bambins" ou les nécessaires bains de foule, dans la foulée .
Sur un plan plus global, la régularisation de tous les sans-papiers renforcerait les cotisations, indispensables pour financer notre modèle d'équité, l'équilibre de nos finances publiques et de nos systèmes d'assurance, d'assistance et d'aide. La protection sociale, les retraites, l’indemnisation de ceux qui ne sont ni chômeurs, ni des "décrocheurs", ou même des "cassos" ou des "casseurs", ainsi que les services et la fonction publique, dépendent en grande partie de la participation effective des travailleur ou des travailleuses, depuis les aides-soignantes jusqu'aux éducateurs, en passant par les adultes relais, les "grands frères", tous ces métiers symboles de la fracture raciale à l'ancienneté prétendue révolue ou résolue, mais possiblement résorbée.
Dans une France vieillissante, intégrer cette force de travail dans des processus régulier permettrait d'équilibrer les comptes de nos PME, de nos "licornes", de nos "sirènes", de nos "start-up", de nos filiales, tous ces "noms d'oiseaux" désignant et dessinant la future revitalisation du tissu entrepreneurial, le futur combat contre le tassement des organisations ou des organismes plus variés, vers le "tissage" ou le "lissage" des oppositions contradictoires, rédhibitoires ou irréductibles entre les différentes composantes, les différentes forces vives de la nation, les prises de position partisanes, sous peine de se diriger vers le "grillage" de nos habiletés, des opportunités politiques ou des reconversions.
La crainte d’un appel d’air et de la pression sur les acquis sociaux, d'un effet délétère, élitiste, latent dans ses effets racistes et grossiers, grossis à la loupe, éclairés par une lampe réparée, à la longue replacée au bon endroit
En opposition, les sceptiques avancent, annoncent des arguments axés sur la maîtrise des flux migratoires, dénoncent la traîtrise vis-à-vis des idéaux célébrés par les gouvernants actuels. Pour ceux-ci, une telle mesure constituerait un « appel d’air », incitant, suscitant de nouveaux flux, jugés incontrôlables, car pesant sur les infrastructures publiques, notamment les services de santé, d’éducation et de logement. La "titrisation" de masse via des cartes de séjour ou de résident, quelque soit leurs modalités de renouvellement, de remplacement, de découplage, serait aussi perçue comme une atteinte aux acquis sociaux, car elle risquerait de tirer les salaires vers le bas, mettant en concurrence les travailleurs et les travailleuses régularisées avec ceux et celles déjà en situation régulière.
Certains dénoncent une pression accrue sur les ressources, les biens, les liens et les lieux communs, communément appelés à se fare certifier en qualité et en quantité, appelés à une labellisation provisoire ; soulignant ainsi que, malgré les corporatismes professionnels, une régularisation massive augmenterait la demande pour des formations, des formalités ou des fonctions déjà saturées par leur confusion et leur complexité. Dans cette perspective, les répercussions sur le pouvoir d’achat des classes populaires et les tensions, teintées de colère, seraient inévitables et non plus méprisées par les autorités et les circuits institutionnels.
Trancher sur le fil : la nécessaire participation des étrangers à la vie démocratique
Toutefois, ce débat doit être replacé dans une réflexion plus large sur notre modèle démocratique, caractéristique et appréhendable, à l'apprentissage fragile, mais facile et jamais futile, faut-il le rappeler ? L'intégration des sans-papiers n’est pas qu’une question économique ou d’équilibre des comptes sociaux ; elle touche à la récupération, à la rémunération de ces travailleurs dans la société.
Les étrangers titulaires de papiers en règle, souvent confinés dans des fonctions subalternes, souvent confrontés à toute forme de tracasseries, devraient jouer un rôle plus central, crucial et moins banalisé, dans la prise de décision. Leur participation à la vie citoyenne est nécessaire, non seulement pour représenter leurs intérêts, mais aussi pour renforcer la cohésion du slogan désormais éculé, et gaiement galvaudé, du "tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble" ! Accorder un accès à des postes de responsabilité, à la votation locale, aux vocations, occasionnées par la fustigation du rôle des campagnes électorales et du résultat des élections, c’est faire un pas vers une France plus inclusive, décisive, insistante dans ses effusions, ses effluves multiculturelles... Vers une forme de sérénité spirituelle, et actuellement en danger.
Ainsi, la régularisation des sans-papiers doit s'accompagner d'une réflexion sur leur place dans les jours d'après. Non seulement comme travailleurs ou travailleuses cotisant.e.s, mais aussi comme citoyens ou citoyennes engagé.e.s dans la démocratie française. C’est dans ce cadre que la question doit être posée, pour assurer un avenir où solidarité et justice sociale ne sont pas des concepts abstraits, mais des réalités vécues par toutes et tous, sans distinction, sans polariser excessivement ou faire culpabiliser les donneurs d'ordre ; pour éviter la mise en balance entre les bannis, les battus, "les damnés de la terre" (Frantz Fanon) ; pour dompter la curée, pour voir passer la marée basse ou la marée haute, pour faire redémarrer la machine française, pour faire entrer des innocents ou des innocentes dans le box des accusés ?