Le 24 avril 1915 marque le début d'un des chapitres les plus sombres de l'histoire et de l'espèce humaine, où l'Empire ottoman orchestre méthodiquement le massacre de plus d'1,5 million d'Arméniens, déclenchant ainsi une spirale de violence et de destruction sans précédent, sans antécédent à cette échelle.
Cette tragédie, connue sous le nom de génocide arménien, demeure aujourd'hui l'une des périodes les plus controversées de l'histoire moderne, non seulement en raison de l'horreur des événements qui s'y sont déroulés, mais aussi en raison du déni obstiné et obstrué qui s'en est suivi.
La première phase de cette atrocité a été marquée par des arrestations massives d'intellectuel.le.s arménien.ne.s à Constantinople, rebaptisée Istanbul, un sinistre événement connu sous le nom de Dimanche Rouge. Cette journée funeste n'était que le prélude à une seconde étape encore plus terrible, où femmes, enfants et civils innocents ont été déportés, torturés, et finalement exterminés dans des conditions inhumaines. Les témoignages poignants des rares survivants décrivent des actes de barbarie d'une cruauté inimaginable, prouvant l'ampleur cette folie meurtrière.
Cependant, ce qui est peut-être encore plus choquant et plus terrifiant que les événements eux-mêmes est le dénigrement systématique qui a succédé. L'effacement délibéré de la culture arménienne, la destruction d'églises millénaires et le pillage de bibliothèques témoigna de la volonté de l'Empire ottoman d'effacer toute trace de l'existence même du peuple arménien.
Malgré ces faits accablants, la reconnaissance internationale du génocide arménien a été longue, lente et laborieuse. La nation française, pourtant souvent considérée comme un champ de bataille, ainsi qu'un bastion des droits de l'homme et de la justice, n'a pas échappé à cette tendance à l'oubli.
Les premières mentions officielles du génocide arménien en France datent de janvier 1985, lorsque François Mitterrand évoque timidement cette tragédie lors d'une visite auprès de la diaspora arménienne en France. Cependant, aucune action concrète n'a été entreprise à ce moment-là. Ce n'est que bien plus tard, en 2001, que notre pays a finalement pris une mesure significative, malheureusement exclusivement symbolique, en adoptant la loi du 29 janvier 2001, reconnaissant publiquement le génocide arménien de 1915.
Pourtant, même cette reconnaissance tardive n'a pas été sans polémiques stériles et inutiles. Les relations diplomatiques sensibles avec la Turquie ont souvent entravé et empêché les efforts pour reconnaître pleinement cet évènement historique et tragique. Les débats incessants sur la nécessité de cette reconnaissance ont souvent été entravés par des préoccupations politiques et économiques, reléguant ainsi la mémoire des victimes au second plan.
Malgré l'adoption de la loi de 2001, la réaction de la Turquie témoigne de l'ampleur du défi persistant. Les remarques incendiaires des responsables turcs ont souligné l'importance de la reconnaissance internationale pour faire face à un passé aussi douloureux.
En conclusion, le déni historique du génocide arménien illustre les défis auxquels sont confrontées les sociétés contemporaines lorsqu'il s'agit de faire face à leur propre histoire sombre. La reconnaissance tardive de cette tragédie est un pas dans la bonne direction, mais elle souligne également la nécessité d'une vigilance constante pour prévenir de telles ignominies à l'avenir.
En se prononçant sur la loi du 29 janvier 2001, le Conseil constitutionnel français a ainsi considéré qu'au nom d'une certaine conception de la liberté d'expression, issue de la compréhension et de l'interprétation des articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (DDHC) du 26 août 1789, relatifs à la liberté d'opinion, de la presse et de conscience, la méconnaissance officielle du génocide arménien ne s'inscrivait pas dans le cadre de la lutte contre le négationnisme, voire contre le racisme.
Cette décision historique marque un tournant dans la reconnaissance du génocide arménien en France et témoigne du désengagement de l'État français à ne pas oublier les tragédies du passé, à briser les chaînes qui entraveraient le souvenir, à rassembler les traces de ce crime.