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Attaché principal des administrations parisiennes / Chargé de mission "Promesse républicaine" (DDCT) / Chargé de TD en droit constitutionnel à Paris Nanterre / Fondateur & Responsable du pôle "vivre ensemble" du think tank "Le Jour d'Après" (JDA) / Président de l'association La Casa Nostra / Membre du club du XXIème siècle / Secrétaire-adjoint de l'association des rapporteurs.trices de la CNDA (Arc-en-ciel) / Fondateur du média "De facto" / Député de l'Etat de la diaspora africaine (SOAD)

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Billet de blog 5 avril 2024

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Le multiculturalisme est-il un humanisme ?

par Mehdi Thomas Allal, fonctionnaire territorial, auteur, enseignant à Paris Nanterre et conférencier ; et Thomas Koffi, directeur du réseau des musiques actuelles de Paris (MAP).

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Attaché principal des administrations parisiennes / Chargé de mission "Promesse républicaine" (DDCT) / Chargé de TD en droit constitutionnel à Paris Nanterre / Fondateur & Responsable du pôle "vivre ensemble" du think tank "Le Jour d'Après" (JDA) / Président de l'association La Casa Nostra / Membre du club du XXIème siècle / Secrétaire-adjoint de l'association des rapporteurs.trices de la CNDA (Arc-en-ciel) / Fondateur du média "De facto" / Député de l'Etat de la diaspora africaine (SOAD)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

à Jean-Paul Sartre : « L’existentialisme est un humanisme » ;
aux Antilles, à Aimé Césaire, à Patrick Chamoiseau, à George Pau-Langevin, à Edmond et Lionel Lauret ;
à Charles Taylor, Will Kymlicka, John Rawls et Amartya Sen
pour « repenser l’égalité »
et la justice sociale ;
à Raphaëlle Primet et à sa cellule Raoul Dubois, 
à la section PCF du 20ème, à Ian Brossat et Jacques Baudrier, à Hélène Bidard, à Maxime Cochard, 
au groupe communiste du Conseil de Paris…
à Marc Cheb Sun, Pascal Blanchard, François Durpaire, Françoise Vergès, Rokhaya Diallo et Maboula Soumahoro ;
à Laurent Bouvet et Astrid Panosyan-Bouvet

Résultante de la conception sociétale indienne et nord-américaine, notamment canadienne, les philosophies relatives au multiculturalisme
(cf. Charles Taylor, Multiculturalisme ; Amartya Sen, Identité et violence) se sont répandues dans le débat public en France depuis ces quarante dernières années ; leurs implémentations via des programmes politiques restent cependant fort peu prégnantes, au regard de l’évolution de la société française, qui est devenue largement plurielle, contradictoire et diverse dans toutes ses composantes.

La doctrine conservatrice les réfute, refusant la prise en compte de cette réalité sociale dans les normes et les différentes politiques publiques, notamment celles qui ciblent les jeunes issus des quartiers populaires et provenant de toutes les origines

Certains prétendent même que ces philosophies s’apparentent au statut de science sociale, à défaut de représenter une « conscience 
démocratique
» pour les sociétés occidentales.

Quelle définition donner au multiculturalisme, dès lors qu’il pourrait être acceptable pour se métamorphoser en une théorie juridique, susceptible d’influer les normes et d’influencer les autorités, les institutions, les dirigeants... ?

Pouvons-nous intégrer la positivité du potentiel de ce concept « idéologique » pour l’intérêt de l’ensemble de notre société dans le cadre du droit français ?

Le législateur et le Conseil constitutionnel, sous la 5ème République, ont commencé à opérer leur mue historique, avec des phénomènes tels que le négationnisme et la lutte contre le racisme & l’antisémitisme, les génocides arménien, rwandais ou antillais, l’handiphobie ou l’homophobie, ainsi que la traite des êtres humains, l’esclavage, la reconnaissance du rôle géopolitique des religions et des civilisations…

À l’heure du djihadisme international, faut-il aller plus loin, en évoquant par exemple la guerre d’Algérie, l’anticolonialisme et les indépendances des pays asiatiques, latino-américains, australiens et africains, le refus de l’exploitation économique, de l’oppression, de la guerre et de la torture ?

Aujourd’hui, nul ne peut contester que les immigré.e.s en provenance de nos anciennes colonies ont plus que contribué à la croissance de la France depuis les "Trente glorieuses". Pourtant, la volonté d’insertion des filles et des fils d’immigré∙e∙s se heurtent à un indéfectible « plafond de verre socio-économique ».

« L’ascenseur social » ne fonctionne plus. D’autant plus, pour celles / ceux dont l’origine « ethnique » et religieuse, est présupposée incompatible avec les traditions chrétiennes françaises. De ce fait, leur représentation de la société française s’en est trouvée obstruée et obérée par des rancœurs et du ressentiment. Le management interculturel a consisté en une « niche », largement délaissé dans l’administration, les entreprises, les syndicats et une partie du tiers secteur.

Quels leaders intellectuel.le.s et dirigeant.e.s politiques ont porté et défendu ces revendications minoritaires pour les inscrire dans notre socle d’accords collectifs sociétaux, à travers une évolution progressive du droit international public (DIP), de nos articles et textes de lois, voire de notre Constitution, à l’image de l’IVG ?

La crainte de la montée de l’extrême-droite va-t-elle nous amener à passer sous le boisseau, voire à dénoncer, certaines tendances et certains mouvements sociaux, portés par exemple par les Juifs, les Rom et les Noirs de France ou encore les arabo-musulmans, les latinos et les asiatiques… ainsi que par toutes les minorités à trait d’union ? Faut-il toujours ériger en ennemis les multiples catégories populaires, au lieu d’en voir des alliés vis-à-vis du pouvoir ?

Le nouveau concept « anti blancs » est propagé par l’extrême droite pour mettre en danger les cultures « étrangères », véhiculé par un sentiment
d « insécurité culturelle » et forgé pour nous opposer, pour nuire, détruire, annihiler tout ce qui peut nous unir, dans une volonté ultime d’effondrement de la cohésion nationale.

Ces cultures « étrangères » viennent renforcer la culture française, la conforter et l’élargir, la défendre, la protéger et non la dominer. L’histoire de la culture française a toujours été composée d’apports de peuples issus de tous « horizons » qui ont enrichi notre patrimoine. C’est ce que certains auteurs/trices et intellectuel.le.s afro-caribéen.ne?s ont dépeint comme la « créolisation », c’est-à-dire la fabrique du métissage de la société.

Les rivalités et tensions politiciennes doivent être placées en dehors de toutes échéances et des campagnes électorales, renforcent de plus en plus tous les partis populistes. La notion de « multiculturalisme », issue du mélange des langues et des cultures se doit d’être débattue de manière sérieuse et sereine pour préserver notre « bien commun ».

Afin de ne pas être assimilé à la notion de communautarisme, voire de séparatisme, le multiculturalisme a besoin de se réformer, pour être cet espace de liberté, de compassion et de tolérance entre différentes minorités.

Il doit permettre de prendre sa revanche sur les nouvelles élites et les autocrates. Viser le dépassement des assignations identitaires et sociales constitue l'un des fondements universalistes de la société française. Le multiculturalisme doit s’en imprégner pour être authentiquement
« libre ».

La préservation du pluralisme des courants d’expression partisans et médiatiques ne doit pas être l’apanage des partis et des médias.  Elle se doit d’être défendue par toutes les cultures et religions qui composent notre société.

Le « moule jacobin » uniformisant, constant dans l’histoire constitutionnelle française, et tyrannique, doit évoluer vers une meilleure appréhension et respect des communautés, sans pour autant renier et refouler notre héritage révolutionnaire, axé, en priorité, sur les principes de liberté, de laïcité, de solidarité et de fraternité.

Il est aujourd’hui urgent de réaliser le droit d’inventaire des philosophies du multiculturalisme de notre « contrat social » afin d’adapter nos discours et nos actes aux défis contemporains.

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