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Mehdi ALLAL

Attaché principal des administrations parisiennes / Chargé de mission "Promesse républicaine" (DDCT) / Chargé de TD en droit constitutionnel à Paris Nanterre / Fondateur & Responsable du pôle "vivre ensemble" du think tank "Le Jour d'Après" (JDA) / Président de l'association La Casa Nostra / Membre du club du XXIème siècle / Secrétaire-adjoint de l'association des rapporteurs.trices de la CNDA (Arc-en-ciel) / Fondateur du média "De facto" / Député de l'Etat de la diaspora africaine (SOAD)

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Billet de blog 6 juillet 2023

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À Nanterre

Ces émeutes récurrentes sont la preuve que le processus d’intégration s’est heurté à des politiques publiques censées être aveugles aux différences, mais ciblant une unique communauté, traversée pourtant par tant de divisions, par tant de discrétion, par tant de déception...

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Tous les policiers français et toutes les policières françaises ne sont pas racistes, loin s’en faut et dieu soit loué. Mais l’image divulguée quant au meurtre du petit Nahel, tué à bout portant par un homme des forces de l’ordre, a jeté le discrédit sur toute une profession. Comment croire aujourd’hui que la police n’est pas raciste dans son ensemble et souffre de ce fléau invisible et indicible, mais dont la portée dépasse « l’inexplicable » et « l’inexcusable » pour reprendre les termes du président de la République lui-même ?

Nous ne pouvons nous résoudre à appeler au calme et à la paix, à la suite des émeutes qui ont enflammé, cinq nuits durant, les banlieues des grandes villes françaises, afin de recoudre les liens qui existent entre la police et la population. Ce serait déjà pardonner et redonner place au dialogue, alors que la colère est palpable, le deuil encore inachevé et l’injustice non réparée… Quelles sont nos armes pour rétablir la confiance vis-à-vis d’une institution censée protéger et préserver l’ordre public ?

Or, aujourd’hui, la police se croit dotée d’une puissance incommensurable et illimitée. Les ministres de l’Intérieur successifs de ces dernières années ont été élus Président ou désignés Premier Ministre, parce qu’ils détenaient les moyens de contrôler, et finalement de contrer, leurs opposants : il n’y a qu’à citer Nicolas Sarkozy et Manuel Valls. Les ministres de l’Intérieur se suivent et le vocabulaire pour désigner les jeunes de banlieue ne varie pas : « racailles à nettoyer au karcher », « sauvageons », « pas assez de blancos… » tout une litanie d’insultes qui en dit long sur le passé colonial et le présent postcolonial de notre chère patrie.

Mais la chair de Nahel n’a plus de prix. Nous sommes tous redevables devant sa mort. Nous sommes tous recevables à demander – à tout le moins - des excuses, comme a commencé à le faire timidement l’auteur des coups de feu. Nous sommes tous légitimes à descendre dans la rue pour organiser et manifester notre mécontentement, et cela sans casser, parce que c’est affaiblir le combat. Car ce jeune franco-algérien, c’est toi, c’est moi, c’est chacun de nos enfants.

Les divisions de la classe politique, les déclarations de certains syndicats policiers et des policières font honte à la République. Ils entachent les valeurs auxquelles nous croyons tous depuis des décennies : la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. Le temps est venu de remettre en cause certains privilèges de la police, comme l’usage immodéré d’armes létales. Pourquoi cet acharnement sur une minorité musulmane d’origine arabe, qui a fait ses preuves d’empathie vis-à-vis des institutions, dont les grands-parents ont fait leurs classes dans les bidonvilles, qui a vécu parfois dans la crasse des HLM et dont la casse systématique par nos dirigeants politiques est un sport national.

Ces émeutes récurrentes sont la preuve que le processus d’intégration s’est heurté à des politiques publiques censées être aveugles aux différences, mais ciblant une unique communauté, traversée pourtant par tant de divisions, par tant de discrétion, par tant de déceptions. Nous nous devons de faire corps avec la victime, sa famille, ses proches. Nous ne devons pas abandonner la contestation à la violence, mais lui donner une traduction politique, une interprétation médiatique, une rhétorique non violente, mais susceptible d’être à la hauteur de cet adolescent, dont la disparition est un drame.

C’est l’enjeu de ces prochaines semaines, de ces prochains mois, de ces prochaines années... C’est un travail à long terme, comme nous l’écrivons depuis des années, une œuvre de longue haleine, sinon l’échec sera cuisant. Il faut remettre les pendules à l’heure : aujourd’hui, le danger vient de nos propres rangs et nous rend tous responsables de cette dérive. Puisse l’au-delà être pour Nahel une terre légère ; tendons-lui la main pour qu’il reconnaisse son pays miné par la vindicte et le discrédit.

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