La bavure de trop?

La police et les banlieues, une longue histoire. La police et les jeunes de banlieue en sont une toute autre. Nous venons d’apprendre, non sans émotion, la triste mort de Gaye Camara, tué de huit balles dans le corps, dont une dans la tête, ce jeudi 18 janvier 2018. Une mort qui ne pourrait trouver aucune justification dans notre Etat de droit.

La police et les banlieues, une longue histoire. La police et les jeunes de banlieue en sont une toute autre. Nous venons d’apprendre, non sans émotion, la triste mort de Gaye Camara, tué de huit balles dans le corps, dont une dans la tête, ce jeudi 18 janvier 2018. Une mort qui ne pourrait trouver aucune justification dans notre Etat de droit.

Les policiers étaient à bout, certes, mais comment peut-on excuser un tel drame à Epinay-sur-Seine ?  Comment partir du postulat que ceux qui sont censés nous protéger, ceux qui sont censés incarner la lutte contre la peine de mort et prôner une justice à travers une procédure pénale soient à l’origine du décès de plusieurs enfants de la République ?

La version « officielle » ne fait état que du forçage d’un barrage. En réalité, sa principale faute était d’avoir la mauvaise couleur de peau au mauvais endroit. Cette même couleur de peau qui a pu justifier pendant des années des contrôles au faciès. Rappelons-nous que la France a récemment été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour les brutalités policières. Et le Comité des droits de l’homme de l’ONU ne disait-il pas, récemment, que la France devait veiller aux discriminations sur son territoire ?

Le lynchage récent à Champigny-sur-Marne d’une jeune policière projetée à terre et rouée de coup avait donné lieu à des discours enflammés de la part des responsables politiques, qui juraient par tous les dieux que ses auteurs seraient « punis » très rapidement. Et ils devront l’être.

Mais les auteurs de violences sont doublement coupables lorsqu’ils revêtent les insignes de la République. Par ce billet, nous souhaitons rendre un vibrant hommage à un jeune homme qui n’a fait qu’expier pour les autres, dans un monde brutal et violent ne laissant aucune place à la compassion.

La police a la fâcheuse tendance à accuser les jeunes des cités, quelle que soit leur origine d’ailleurs. Il est clair que leur travail sur le terrain n’est pas toujours facile. Mais est-ce une raison pour utiliser leurs armes à mauvais escient ? Pourquoi ne pas favoriser le contact au quotidien ?

Elle est vraiment venue l’heure où la France n’a plus de leçons à donner aux Etats-Unis sur les violences policières.

Les policiers des quartiers vivent une tension palpable en banlieue, mais encore une fois comment peut-on passer sous silence toutes ces vies brisées, ces familles meurtries ? Comment répondre aux larmes des proches, sans appeler à aller de révolte en révolte, de marche silencieuse en marche silencieuse, d’enterrement en enterrement, de cendres en cendres…

Les violences doivent cesser !

Les politiques urbaines doivent être revues afin de mettre la banlieue au centre du développement économique et social. Il faut désormais créer du dynamisme économique dans ces quartiers.

Mais, surtout, il faut que les policiers soient désormais mis en face de leurs responsabilités ; il faut désormais installer des caméras sur leurs gilets pare-balle afin d’être en mesure de déterminer dans quelles circonstances les contrôles se déroulent.

Quels autres moyens ont les jeunes de se défendre ? Les discriminations, l’exclusion à l’école, le manque d’accessibilité au marché du travail, ne leur laissent d’autres choix que de vivre de quelques menues rapines, et de mettre leur intelligence dans leur art de la rue.

Le point commun des victimes est d’être noires, tout simplement noires, dans une société qui considère encore la couleur de peau comme un frein à l’intégration. Or, cette même société évolue très vite : On peut espérer que les codes sociaux se désagrègent tout doucement sous l’effet des réformes en cours, et qu’il n’y ait plus de place pour le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, l’homophobie, et précisément la négrophobie !

Il faut être intraitable aves les responsables de ce drame, en exigeant une justice exemplaire pour tous et partout. Une justice implacable pour éradiquer un système à deux vitesses, un pour les puissants et un pour les pauvres. Une justice qui permet de redonner espoir et raison de vivre aux proches de la victime.

Par Asif Arif, avocat au barreau de Paris et Mehdi Thomas Allal, responsable du pôle "vivre ensemble" du think tank le Jour d'Après (JDA).

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