Pourquoi certains supporter de l’Algérie ont-ils gâché la fête ?

Si l'on veut éviter la répétition de nouveaux débordements après les matchs de football, il faut prendre les droits des Algériens de France au sérieux. Certains imbéciles ne doivent pas gâcher l'immense sentiment d'allégresse qui a envahi nos compatriotes suite à la victoire de la CAN. La double allégeance à la France et à l'Algérie est possible et doit être encouragée par les pouvoirs publics.

Quel dommage ! Quel dommage que la victoire de l’Algérie à la CAN 2019 soit entachée de tant de drames : à Montpellier, une jeune femme a été renversée avec son bébé, morts tous les deux, par un chauffard ; puis à Rouen, Mamoudou Barry a succombé à ses blessures suite à une altercation avec un supporter d’origine turque, qui l’avait traité de « sale noir » ; et c’est sans compter tous les dégâts matériels occasionnés sur les Champs-Élysées et ailleurs…

Certains responsables politiques ont souhaité attribuer ces drames à la communauté algérienne, alors qu’il s’agit de gestes individuels de la part d’imbéciles. Pendant ce temps, le peuple d’Algérie manifeste pacifiquement pour renverser et chasser l’armée du pouvoir, et condamne avec virulence ces ignominies. Comment expliquer de tels débordements, en évitant de stigmatiser toute une minorité ? Comment combattre ceux qui veulent faire de l’ensemble des Algérien-ne-s de France les responsables de ces débordements ?

Fallait-il interdire aux Algérien-ne-s de France le droit de manifester ostensiblement leur joie légitime après la victoire de leur équipe nationale, comme l’ont laissé entendre Marine Lepen, Nicolas Dupont-Aignan et consorts ? Comment désamorcer le ressentiment qui s’installe de la part de certains citoyens d’origine algérienne vis-à-vis des institutions depuis la période de la colonisation ? Comment réconcilier le peuple français avec son histoire et ses parts d’ombre…?

Emmanuel Macron avait déclaré que cette période recelait des crimes contre l’humanité. Puisse-t-il faire suivre ces paroles d’actes concrets en faveur de la communauté algérienne.  Cette dernière est la mal-aimée, la minorité malmenée, par crainte de la voir imposer des modes de vie, des coutumes « étrangères » à la France et sa tradition chrétienne. Elle mérite un traitement particulier et des mesures correctives pour rattraper le retard qu’elle a accumulé depuis plusieurs générations.

Le sujet est pourtant plus complexe : certaines personnes d’origine maghrébine s’en prennent également à d’autres minorités, comme les Juifs ou les Noirs. L’Etat porte la responsabilité d’encourager la paix des braves, en incitant à tisser des liens entre les différentes composantes de la société française, des passerelles interculturelles. L’antisémitisme, la négrophobie ou encore l’homophobie doivent être combattus, au même titre que l’islmaphobie ou le racisme anti-arabe. Ces plaies rongent notre cohésion sociale.

C’est un contrat gagnant gagnant : la société d’accueil doit faire plus pour certains, tandis que certains doivent faire preuve d’exemplarité pour satisfaire aux standards démocratiques qui conviennent au pays des lumières et des droits humains. La lutte contre les discriminations fonctionne dans les deux sens : une plus grande tolérance et une meilleure acceptation des minorités, mais également le respect de normes fondamentales et nécessaires au vivre ensemble.

La brouille entre les différentes minorités est quant à elle déplorable. Le racisme tue, et constitue une fausse colère. La solidarité entre les opprimés doit être infaillible, sous peine de voir le combat pour davantage de liberté et d’égalité dénaturé. La fraternité ne doit pas être  un vain mot. Elle ne s’applique pas qu’à l’Etat, mais aussi aux minorités entre elles. La France est un pays multiculturel : cela suppose des droits, mais aussi des devoirs, de l’entraide entre personnes « racisées », si l’on veut être érigé en modèle. La société civile est un concept creux, tant qu’il ne s’accompagnera pas d’incitations à cohabiter sereinement et sérieusement.

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