Retour sur les polémiques relatives à l’« islamo-gauchisme »

Quel est le réel impact de l’ « islamo-gauchisme » dans les facultés ? Frédérique Vidal a demandé une étude au CNRS, qui a laissé place à une fronde de la part des enseignants et des autorités universitaires. Cette initiative, qu’elle soit étatique ou individuelle, nuit fondamentalement à la cohésion nationale (texte collectif).

Les débats relatifs au « politiquement correct » ont largement envenimé la vie politique en Amérique du Nord et en Europe occidentale. Inspirés des philosophies du « multiculturalisme », dont le fondateur est le canadien Charles Taylor, ils ont été alimentés par la naissance notamment des Black Studies, des Gender Studies et des Cultural Studies, qui ont forgé toute une génération d’étudiant-e-s, en leur donnant une conscience de classe. Ils ont été relancés par la polémique autour de la Cancel culture

Faut-il laisser la place à ces philosophies dans les universités, en reconnaissant par exemple l’écriture inclusive, les groupes de discussion « racisés » ou le questionnement du fait religieux ? Quel est le réel impact de l’ « islamo-gauchisme » dans les facultés ? Frédérique Vidal a demandé une étude au CNRS, qui a laissé place à une fronde de la part des enseignants et des autorités universitaires. Cette initiative, qu’elle soit étatique ou individuelle, nuit fondamentalement à la cohésion nationale.

Visait-elle à dénoncer le « politiquement correct » qui règnerait sur les universités ? Un retour sur les vertus de ce concept s’impose pour mieux appréhender le backlash et les discours de haine qu’il a suscités. Les représentations mentales sont largement dépendantes de notre éducation, de nos livres, de nos programmes scolaires, de nos discours… Afin de refléter au mieux la société dans toute sa diversité, pourquoi ne pas considérer que les sciences humaines sont tributaires d’une vision acceptable par le plus grand nombre ? Les étudiant-e-s ne sont pas captifs-ves des savoirs qui leur sont enseignés…

Afin de prévenir les discriminations et de promouvoir l’égalité femmes / hommes, il est impératif de redonner de la fierté aux victimes et à leurs descendants, pour ne pas se laisser enfermer dans le communautarisme et le séparatisme.  Prenons l’exemple de l’afro-centrisme : il a permis à toute une catégorie de militants antiracistes de se réapproprier leur Histoire, leur corps, leur dignité. Autre exemple : les accusations metoo qui ont ruiné la réputation de nombreux dirigeants, d'acteurs et d’intellectuels de renom ; prendre leur combat au sérieux, comme par exemple pour faire admettre un âge minimal d’absence de consentement, doit être encouragé et a été récemment reconnu comme tel par le législateur français.

Les institutions et les statues ont été également prises pour cible. A ce stade, les normes font l’objet d’une pression terrible pour adapter notre droit aux évolutions sociales et sociétales. Mais répétons inlassablement : comparée à la puissance des lobbys, quelles sont les armes, quelles sont les larmes, quelle est l’âme des plus faibles ? Si la violence n’a pas sa place dans l’agora de notre démocratie, il est nécessaire d’inscrire les luttes minoritaires dans des valeurs communes. La construction d’un passé en commun, d’une authentique Histoire officielle, d’un dialogue entre les cultes et la société civile, passe par le réaménagement de nos principes du vivre ensemble.

La culture est un moyen de redonner confiance, de favoriser l’égalité des chances. Mise à rude épreuve pendant cette période de crise sanitaire inédite, il faut redonner à ce vecteur toute sa bienséance et toute sa splendeur. Pour revenir sur la commande de la ministre de l’enseignement supérieur, la culture musulmane est désormais incontournable dans le débat public. Son appréhension ne dépend du monopole d’aucune formation politique. Elle-même traversée par de multiples contradictions, son intégration à notre République constitue un enjeu populaire, mais non un jeu partisan, un défi à affronter, un objectif à plus ou moins long terme. Pacifier, plutôt que d’attiser, rendre possible un islam des Lumières, voilà notre prochaine révolution pacifiste.

par 

Mehdi Thomas ALLAL,
auteur et enseignant ;
Kossi ATSU,
conseiller politique ;
& Slimane TIRERA,
directeur de NewVo Radio

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