Faut-il craindre la défection d’une partie de la gauche dite « républicaine » ?

Car, tous les véritables défenseurs de l’unité de la gauche le soulignent, le vote « ouvrier » n’est pas acquis au RN ! Il n’y a pas de rente ! Il y avait quelque chose de « jubilatoire » en constatant que Marine Le Pen l’avait oublié, lorsqu’elle admonestait ses électrices et ses électeurs de ne pas s’être déplacés pour voter dimanche dernier... (texte collectif)

Après l’appel du Printemps républicain, Manuel Valls, Jean-Paul Huchon, Laurent Bouvet, un à un, des anciens responsables du Parti socialiste appellent à voter contre des listes de gauche, voire à mettre un bulletin Valérie Pécresse dans l’urne, dimanche prochain lors du 2nd tour des élections régionales franciliennes.

Ce naufrage d’une partie de l’intelligentsia pourrait prêter à sourire, quand on connaît la capacité de nuisance de ces chantres du « républicanisme », tellement plus reconnaissables comme des représentants de la gauche « champagne », désormais abandonnés de tous, reclus, exclus de leurs partis respectifs, et ne désirant plus que des postes en vue, pour ne pas se perdre…

Malheureusement, cette théorie de la gauche « irréconciliable » fait des dégâts, relayée par certains médias acides, alors qu’elle trouve un écho en sciences humaines et sociales, entre les tenants de l’explication des inégalités par la classe sociale et ceux qui estiment que la question raciale prime avant tout... De fait, nous ne le répéterons jamais assez : les deux critères se chevauchent, et ne sont qu’une des clés de l’explication du réel.

Il y a, par exemple, chez Jean-Paul Huchon, un réflexe de classe, mais également une haine du caractère divers, paritaire et varié de la liste emmenée par Julien Bayou, avec Audrey Pulvar et Clémentine Autain. Sous prétexte d’excommunier les insoumis, il y a un rejet des classes populaires et des minorités « ethnoreligieuses » enfin rassemblées, pour un cocktail explosif susceptible de détrôner la présidente sortante…

Certaines élites font sécession en avançant la montée du RN… En bref, ils prennent les électeurs abstentionnistes pour des imbéciles. Ils refusent la dichotomie droite / gauche, en brouillant le jeu classique d’une démocratie apaisée, en cherchant des maroquins auprès du pouvoir « macroniste », en oubliant que les exclus, les oubliés, les méprisés, les « invisibles », tous ceux que ont le sentiment de ne pas être pris en compte par la « Promesse républicaine », ont des intérêts largement communs.

Car, tous les véritables défenseurs de l’unité de la gauche, le soulignent, le vote « ouvrier » n’est pas acquis au RN ! Il n’y a pas de rente ! Il y avait quelque chose de « jubilatoire » en constatant que Marine Le Pen l’avait oublié, lorsqu’elle admonestait ses électrices et ses électeurs de ne pas s’être déplacés pour voter dimanche dernier.

Oui, nous croyons à un autre duel aux prochaines élections présidentielles que celui promis par tant de commentateurs et d’éditorialistes, avec une gauche en tête, portée par la dynamique de l’union, composée de toutes ses familles, sociale-démocrate, écologique, communiste, insoumise, etc. Il y a tant de leaders potentiels, à commencer par Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Christiane Taubira, Olivier Faure, Benoît Hamon, Fabien Roussel, ou encore Jean-Luc Mélenchon, qui peuvent incarner cet espoir. Apportons-leur nos voies dimanche et redonnons espoir à la gauche toute entière, enfin débarrassée de ses oripeaux et de ses vieux démons du passé.

par Mehdi Thomas ALLAL
Maître de conférences à Sciences Po Paris et membre du club du 21ème siècle
& Kossi ATSU, Conseiller politique

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