Mécréants contre musulmans

Charlie, l’Hyper casher, Nice, le père Hamel… Tous ces drames relèvent du même fondamentalisme, que nous dénonçons sans relâche et sans lâcheté, sans complaisance, au fur et à mesure de nos écrits, de nos discours, de nos colloques, mais qui persiste tragiquement dans notre société contemporaine... (texte collectif).

Une nouvelle fois, l’horreur, à Rambouillet, dans un simple commissariat : le terrorisme islamiste a une nouvelle fois frappé, et a, une nouvelle fois, ciblé la police. On pouvait lire, parmi les titres de la presse de ce week-end, que la victime était une « héroïne du quotidien »…, une héroïne ordinaire, une « Juste » en somme, laissant derrière elle un mari boulanger et deux enfants mineurs... En guise d’hommage, nous aimerions faire preuve de compassion et nous solidariser vis-à-vis de sa famille et de ses proches, en tentant d’expliquer les racines et les ressorts, les tenants et les aboutissants, de ce mal qui ronge la France depuis maintenant le milieu des années 1990 et les années sombres de la guerre civile en Algérie.

Le terrorisme islamiste n’a plus de frontières, c’est une « hydre » aux tentacules internationales... Il vise la France, sous le prétexte que nous développerions une conception rétrograde du principe de laïcité, de l’hostilité au voile, une vision pessimiste et permissive de la liberté d’expression, et plus généralement des visées hégémonistes et « suprémacistes » quant à la communauté musulmane.

Charlie, l’Hyper casher, Nice, le père Hamel… Tous ces drames relèvent du même fondamentalisme, que nous dénonçons sans relâche et sans lâcheté, sans complaisance, au fur et à mesure de nos écrits, de nos discours, de nos colloques, mais qui persiste tragiquement dans notre société contemporaine : des gamins parfois, des adultes souvent, des femmes plus rarement, adulant un islam mortifère, s’en prennent à leurs propres concitoyen-ne-s pour assouvir leur soif de vengeance de la France, pour s’assoupir sur un tas de cendres et de sang… Des « mécréants », qui font honte à la majorité des musulmans.

Les réformes administratives pour déjouer les phénomènes de radicalisation ont été un « fiasco » selon le titre du Monde diplomatique du mois d’avril 2021. Mais que pouvons-nous réellement faire pour combattre et contrer ces fanatiques, qui mettent à mal le « vivre-ensemble », qui minent la cohésion nationale, qui font monter la surenchère de l’ensemble de la classe politique par rapport à l’extrême-droite et qui font exploser, en définitive notre pacte civil et républicain ? Ce pacte qui est déjà bien mis à mal par une France « malade de ses discriminations » (Le Monde du 23 avril 2021 

La « promesse » n’a, en effet, pas été tenue vis-à-vis d’un certain nombre de catégories populaires, de minorités parmi les plus démunies, de jeunes en déshérence identitaire, des délinquants, des « marginaux », cherchant dans la religion un exutoire facile et pratique pour oublier leurs trafics, leurs trajectoires, leur triste déchéance sociale et professionnelle. Oui, la lutte contre les phénomènes de radicalisation passe par une grande fermeté en matière de sécurité. Mais elle suppose également de redonner de l’espoir dans l’école républicaine - dans l’égalité des chances -, dans nos procédures de recrutement, que ce soit dans le public, le privé ou le tiers secteur, dans notre système d’attribution de logements sociaux, dans l’accès aux soins, aux services et aux loisirs...

La lutte contre les inégalités sociales et territoriales est l’un des aspects essentiels de cette véritable guerre contre nous-mêmes. Il faut désormais rassembler, au-delà des communautés, en promouvant le dialogue interculturel et le syncrétisme de nos croyances. La neutralité de l’espace public ne doit cependant pas être mise en cause, sous réserve d’en définir les frontières et les limites. Il appartient à la société civile de construire ses propres aspirations pour lutter contre la monstruosité que représente le terrorisme islamiste.

La continuité de l’État, la qualité de nos services publics, la probité de nos dirigeants, sont des facteurs aidant. Mais la sécurité et la tranquillité sont désormais l’affaire de tous. Tout comme l’éducation et l’enseignement sont des valeurs partagées entre les pouvoirs publics et les familles, il faut construire une nouvelle forme de cohésion autour d’enjeux simples et durables. La République ne se résume pas aux textes constitutionnels, elle consiste également en un état d’esprit, elle promeut des valeurs telles que l’égalité et la tolérance. Cette épreuve de fraternité, ce meurtre à Rambouillet, est la triste occasion de le rappeler.

Texte collectif : 

par Mehdi Thomas ALLAL, enseignant à Sciences Po, auteur spécialiste des questions de racisme et de discriminations

Asif ARIF, avocat au Barreau de Paris, auteur spécialiste des questions d’islam et de laïcité

Nadjib SELLALI, journaliste-réalisateur

& Slimane TIRERA, directeur de NewVo Radio et auteur de "La fin des Potes, autopsie d'un universaliste"

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