Le silence face à la radicalisation visible de l’extrême droite

Alors que Mediapart dénonçait déjà, il y a quelques semaines, des militaires qui étaient en voie de radicalisation, en se mettant en avant avec des signes hitlériens, voilà que plusieurs retraités de l’Armée française, alors qu’ils sont appelés au devoir de réserve, se servent d’une tribune dans Valeurs Actuelles pour faire valoir leur point de vue... (texte collectif)

Alors que Mediapart dénonçait déjà, il y a quelques semaines, des militaires qui étaient en voie de radicalisation, en se mettant en avant avec des signes hitlériens, voilà que plusieurs retraités de l’Armée française, alors qu’ils sont appelés au devoir de réserve, se servent d’une tribune dans Valeurs Actuelles pour faire valoir leur point de vue.

Cette tribune met naturellement en cause plusieurs responsabilités : d’abord, la responsabilité éditoriale de Valeurs Actuelles. Ce média n’en est pas à sa première tribune polémique et problématique, qui ont notamment provoqué le retrait de plusieurs annonceurs publicitaires. La rédaction de Valeurs Actuelles recherche constamment le « sensationnel » et n’hésite pas à utiliser des procédés douteux pour dénigrer tous eux qui ne se retrouvent pas sur sa ligne...

Toutefois, la volonté d’engranger des profits ne doit pas éluder la responsabilité et la déontologie. Ici, en publiant sciemment cette tribune, Valeurs Actuelles porte atteinte à l’éthique journalistique, car ce magazine prête ses colonnes à plusieurs militaires appelant à créer la division dans le pays et à susciter une véritable « guerre civile ».

La publication de cette tribune a fait l’objet d’une revue, de corrections et, donc, les termes en étaient parfaitement connus par Valeurs Actuelles. L’omerta médiatique, qui consiste à publier n’importe quel type de contenu tirés du motif que l’on « ne peut plus rien dire » doit cesser et les rédactions doivent reprendre leurs esprits. Ce concours à la « trumpisation » de la France ne laisse que peu de place pour un débat éclairé au pays des lumières.

L’autre responsabilité est celle des acteurs médiatiques et politiques, qui sous-estiment ce type de prise de position, à l’image de Pascal Praud, animateur-vedette de CNews, qui a dit ceci dans son émission « L’Heure des Pros » de ce lundi 26 avril : "Ce qui est incroyable, ce n'est pas tant cette tribune, c'est la réaction de la ministre. Je ne crois pas une seconde que les généraux qui ont signé cette tribune veulent la guerre civile en France ».

Et pourtant, la réaction du gouvernement était timide. Par la voix de sa ministre des Armées, Florence Parly, qui dénonce « une insulte à la figure de milliers de militaires », le gouvernement semble dire que « la messe est dite » et qu’il n’y a rien de plus à ajouter. Le reste de la classe politique reste très étrangement silencieuse... Or, c’est la première fois, depuis le putsch des généraux d’Alger, il y a 70 ans, que des généraux appellent de manière implicite, à un soulèvement.

Le terrorisme n’attend pas l’adoption de lois pour diviser la France. En revanche, il saute sur ce genre d’occasion, dont Daech doit se « gargariser » avec ces tribunes qui appellent à mettre le pays « à feu et à sang ». Bien qu’il ne s’agisse que d’une expression, la conclusion de cette tribune aboutit à ce genre d’inepties contre la diversité, contre l’immigration et pour une sécurité assurée par l’armée.

Ce discours, déjà très en vogue dans plusieurs chaines télévisées, qui ont décidé d’endosser le rôle de Fox News à la Française, ne va faire qu’aggraver la situation actuelle de notre pays. Nous n’avons pas besoin de plus de divisions ; nous avons besoin d’unité. Cette unité ne passe pas par un discours médiatique agressif contre une partie de notre population ou des campagnes de promotion de l’extrême droite.

Alors, nous croyons, en ces temps troubles et incertains aux lois de la République et en leur application ferme et stricte. Si des acteurs associatifs et/ou des influenceurs avaient appelé à l’insurrection populaire, nous doutons que le traitement aurait été le même de la part des personnalités publiques, médiatiques et politiques à droite et à l’extrême droite. Il convient de prendre ses responsabilités et de s’assumer.

 Texte collectif :

Asif Arif, Avocat à la Cour, membre du Comité d’Observation des Mouvements d’Extrême droite.

Mehdi Thomas Allal, Professeur à Sciences Po Paris, membre du Comité d’Observation des Mouvements d’Extrême droite.

Slimane Tirera, Directeur Général de New VO Radio, membre du Comité d’Observation des Mouvements d’Extrême droite.

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