Le respect est finalement l'ultime luxe

Mais est-ce si simple ? Car en face de ces trois Sycophantes professionnels d'ONPC, quoi ? Quid du Poutou ? Sinon un type qui fait profil bas et prend des airs de bigote consternée sous les moqueries réitérées. Il a trente minutes pour expliquer un programme dont tout le monde sur le plateau se fout au sens propre et figuré.

 

poutou
On n'est pas couché ne donne pas dans la dentelle. Ceux qui viennent le savent. Le job de ceux qui l'animent est de faire rire avant que de  faire réfléchir. La soupe est servie chaque samedi soir. Rarement avec délicatesse, parfois avec goût, souvent comme s'il s'agissait d'un bouillon Knorr. Samedi dernier, la table fut mise autour de Philippe Poutou. Du bouillon Knorr, on est passé au breuvage du condamné, un vitriol distillé dans un roucoulement de rires.

Il nous est arrivé à tous de faire un mauvais jeu de mots ou une blague grotesque. On peut en rire quinze secondes, et bien évidemment s'en excuser dans la foulée. Si au lieu de faire un numéro de bombasse excitée, Vanessa Burggraf et son compère,Yann Moix, l'avaient fait, il n'y aurait eu aucun problème. Tout au contraire, leur comportement graveleux, leur insistance jubilatoire à l'égard de Philippe Poutou qui, rappelons-le est un représentant du peuple, a révèlé combien ces trois amuseurs publics aussi prétentieux que condescendants, se croient au-dessus du panier.

Vanessa Burggraf dont la profondeur d'esprit s'ancre dans les abysses d'une balourdise ensemencée d'inculture, Yann Moix, intellectuel en carton pâte qui croit tutoyer la littérature à ramper dans des phrases labyrinthiques dont il est souvent le seul à en déchiffrer le sens et Laurent Ruquier qui possède la vertu de n'enchanter que lui-même avec son humour d'Almanach Vermot et dont les bruyants esclaffements ordonnent les rires du public, ne paraissent absolument pas conscients de l'ascendant de leur émission. Si elle fait certainement reluire leur égo et les renforce dans leur conviction d'appartenir à l'élite – et quelle élite ! -, par contre, ils semblent de plus en plus se foutre comme d'une guigne de la déontologie qu'ils devraient montrer vis-à-vis de n'importe quelle personne qui accepte pour des motifs promotionnels, de rejoindre le plateau de ONPC, une émission dont l'influence n'est pas à négliger. Sous ses apparences fun, elle a une influence politique et devrait en principe s'accompagner d'un devoir de respect envers chacun de ses invités. Mais au fait, où était la gouaille vindicative de Nicolas Bedos ? Passons…

Ce soir-là, Philippe Poutou a été réduit à l'état de paillasson par des journalistes qui n'ont de l'office que l'obsession de l'audimat et la sécurité d'un salaire facilement gagné. Trois salauds, des complices et une victime. Les premiers persiflent, se moquent, rigolent. Le Poutou lui se tait.

Sur You tube on peut lire ces commentaires de téléspectateurs :  « tellement facile de se "moquer" des "petits" / C'est honteux ! Fort avec les faibles, faibles avec les forts.... / Quelle prétention et condescendance de la part de ces gros privilégiés. / Gauche caviar à l'ego démesuré, qui pense détenir la bonne pensée.  »,  en réponse à cette indignité publique dont les médias ont fait leurs choux gras, enveloppés dans la bien-pensance.

Mais est-ce si simple ? Car en face de ces trois sycophantes, quoi ? Quid du Poutou ? Sinon un type qui fait profil bas et prend des airs de bigote consternée sous les moqueries réitérées. Il a trente minutes pour expliquer un programme dont tout le monde sur le plateau se fout au sens propre et figuré. Entortillé sur sa chaise, mains croisées et regard qui cherche désespérément où se poser, il tient au prix de son amour-propre à ces putains de trente minutes. Alors il ferme sa gueule. Autodidacte, militant, trotskiste de surcroit, ce qui aujourd'hui s'assimile à un cabinet de curiosités, Philippe Poutou, lui non plus, ne semble guère prêter attention au fait qu'il est là en tant qu'élu du peuple et qu'il représente un électorat envers qui il a des devoirs. Sans autre réaction que son air penaud, il montre à quel point son univers s'est éloigné du monde ouvrier et de son ras-le-bol qui l'encolérise chaque jour un peu plus devant l'iniquité économique qui le rapetisse au rang d'une machine à produire.

« A quoi ça sert tout ce cirque ? » s'interroge l'ouvrier/l’ouvrière qui n'hésite pas à s'impliquer pour défendre, parfois violemment, son outil de travail. Poutou se tait d'autant mieux qu'il appartient dorénavant à une élite, l'élite syndicale. Il a une idéologie à vendre. L'ouvrier, lui, n'a plus rien à défendre depuis belle lurette. Comment Philippe Poutou peut-il prétendre lutter pour les intérêts de ces milliers de petites mains qui tous les jours que Dieu fait, malgré les décisions des politiques de droite, de gauche ou de l'on ne sait plus trop d'où actuellement, malgré les emmerdes et les soucis, bossent, font et produisent pratiquement tout ce que nous consommons ? Les chaussures, les vêtements, le pétrole, le nylon, l'électricité, les robinets, les pneus. Ils font tout. Quand on glisse un briquet dans notre poche, que l'on soit riche ou pauvre, c'est un savoir-faire ouvrier que l'on emporte avec soi. Si Poutou avait été conscient de cette force et non prisonnier des convenances et de son ego, il aurait quitté le plateau, inclus à contrario de ce qu'il pouvait penser. Il aurait certainement provoqué un buzz plus à son honneur que celui engendré par sa molle passivité, pour ne pas dire, lâcheté. Il aurait été à la hauteur de ce qu'il prétend être, un type qui mouille sa chemise pour ce en quoi il croit, au lieu d'être un abonné immature au concours Lépine du pouvoir.

« La médiatisation ne peut que nous aider.1 »,  a-t-il déclaré ensuite. Faux, elle peut aussi détruire. Les états d'âme d'un politique devraient s'effacer devant les intérêts de celles et ceux qu'il représente. Malheureusement, l'actualité nous montre que l'ego est la putain du politique. Impossible donc de faire confiance à un type pareil, incapable de réagir face au mépris si ce n'est en baissant la tête.

Au fond, ces deux forces antagonistes ONPC / Poutou, se sont pleinement accordées inconsciemment. Elles furent en osmose. Ruquier, Burgraff et Moix se sont permis d'agir ainsi parce que la personne assise en face d'eux suait la résignation. Ils ne l'auraient pas fait avec Olivier Besancenot, non mus par un quelconque respect, mais parce qu'ils savaient qu'il pouvait se barrer illico. Ils ne se seraient pas risqués non plus avec un homme tel qu’Olivier de Kersauson, le genre à sauter par-dessus les conventions pour aller coller une baffe à chacun des trois protagonistes de cette émission de plus en plus médiocre.

Mais une question se pose. Pourquoi exiger de Philippe Poutou ce que ses "followers" n'exigent pas de lui, et en conséquence, pas d'eux-mêmes non plus ? Etre victime est si confortable que c'est devenu le leitmotiv de toutes nos contemporaines démissions. Notre médiocratie est avant tout victimaire. Nous sommes une société de mauviettes. C'est un grand malheur pour lui que celles et ceux dont il porte les convictions, ne lui demandent pas des comptes. Aucune réaction outrée ne vint contrecarrer la passivité de leur leader. Le pauvre, c'est une victime ! Qui dira qu'il est aussi collaborateur ? Personne. Au fond, on ne peut que donner raison à l'inertie de Philippe Poutou, puisque ses partisans, eux-mêmes, s'en balancent. Du sang de navet dans les veines. Ils subissent, râlent, rechignent, mais finissent toujours par se soumettre.

Je n'ose penser à ce qui se passerait, si demain il y avait une guerre. La solidarité ? Des clous ! Dire cela revient à affirmer qu'il n'y a plus de militantisme. Et bien non, il n'y en a plus ! Il y a juste la raison psychologique pour laquelle on choisit un camp plutôt qu'un autre. Avant, difficile de se tromper : l'ouvrier solidaire était toujours le travailleur le plus opprimé. La solidarité ouvrière, couplée à un certain retrait ghettoiste, celle du coron, des bassins sidérurgiques ou de certaines manufactures, n'existe plus. Ce prolétariat est mort et enterré depuis belle lurette et ce qui l'a remplacé, c'est une société bidocharde de revanchards. Le loto, la pub et tout le reste nous permettent de croire que demain l'on pourrait vivre comme de grands bourgeois. Il n'y a plus de « real sincerity  ». Juste un immense bluff. Poutou ment avec aplomb, comme tous les autres politiques, comme avant lui les Cohn Bendit ou Harlem Désir et tant d'autres. Pourquoi pas ?

Les collabos sont et seront toujours là. Il suffit pour s'en convaincre, si on l'a oublié, de voir ce que nous offrent ces élections présidentielles 2017. Résister, c'est exister. Résister sans doute, mais pas n'importe comment.

Heureusement la même semaine j’ai vu sur Arte le documentaire « Sugar man », le destin incroyable du chanteur Sixto Rodriguez. Un homme qui en toute discrétion, en avait…lui.

Mélanie Talcott - 4/03/2017

 

Note

1. - http://www.lesinrocks.com/2017/02/news/pretentieux-philippe-poutou-revient-invitation-a-onpc/

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