La Guerre de l'opium ou le libéralisme économique va-t-en guerre (II)

L'hégémonie occidentale est une goule insatiable. Qu'importent les guerres, les peuples, les destructions massives et les millions de morts, pourvu qu'elle puisse dicter sa loi et imposer son modèle au monde entier ?

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Bataille navale – Première guerre de l'opium

Depuis l’arrivée au XVIe siècle des Portugais à Macao, suivis par les Espagnols et les Hollandais, le commerce avec la Chine était tout, sauf rentable ! Acheter le poivre de Sumatra, les clous de girofle de Moluques ou la muscade des îles Banda (Indonésie), la soie, l'or et la céramique importées de Chine, coûtaient les yeux de la tête aux marchands européens. Car, si les Chinois ne sont pas intéressés par les produits occidentaux, il n'en va pas de même dans l'autre sens. En Angleterre, en France, aux Pays-Bas, dans les cours princières allemandes, on raffole des produits chinois, les fameuses « chinoiseries ». Chaque année, ce sont ainsi des dizaines de milliers de tonnes de thé, de la soie, de la porcelaine, des meubles ou des objets laqués qui sont importés en Europe. Résultat : la balance commerciale des pays européens avec la Chine est totalement déséquilibrée, les Chinois n’achetant pratiquement rien en Europe, sinon quelques produits de luxe essentiellement, comme les fourrures russes ou les verreries italiennes ! En Grande-Bretagne, l’effervescence de la Révolution Industrielle oblige les capitalistes de l'époque à créer de nouveaux marchés, afin d'écouler sa production. La Chine est prometteuse. Malheureusement, si elle fournit des quantités astronomiques de thé aux Anglais, (12 700 tonnes en 1720, 360 000 tonnes en 1830), les cotonnades du Lancashire ou la quincaillerie de Birmingham, qui ne se vendaient d'ailleurs pas plus à Cochin (Inde), intéressent peu les Chinois. Comment faire pour occuper économiquement un pays protectionniste, le dépecer de ses richesses, le spolier de ses régions stratégiques ou riches en matières premières, en devenir le maître tout  ? La réponse est invariablement la même à toutes les époques. L'occuper militairement, hier au nom du christianisme et du progrès, aujourd'hui au nom de la démocratie et du libéralisme économique, l'affaiblir, lui faire signer des traités re-négociables, créer une dépendance factice. Les puissances occidentales ont joué à ce jeu des siècles durant aux quatre coins du monde, en affichant clairement leurs positions dominatrices. Elles continuent à le faire, sauf que la donne a changé de main et que les joueurs autour de la table de poker sont de plus en plus nombreux.

Il n’y a pas que l’or qui brille…

Les Occidentaux compensaient cette balance négative de paiement par l’envoi massif de lingots d’argent, dont la Chine était extrêmement friande. La croissance exponentielle de sa population, l’expansion économique et commerciale avivaient cette nécessité insatiable en liquidités, d’autant plus que les Chinois méprisaient l’argent papier (les billets de banques) et prudents, lui préféraient grandement le métal, aussi bien les sapèques en cuivre1 ou les taels2 en argent. Bien que la Chine se trouva moins séduite par l’or, elle n’en était pas moins une grande exportatrice. Le ratio officiel du poids de l’argent à l’or étaient très favorables aux Occidentaux, d'autant plus qu'il n’était même pas nécessaire de faire venir l’argent d’Europe. Au Japon, grand producteur d’argent, le ratio était similaire à celui de l’Europe. Les Britanniques, les Hollandais et les Français échangeaient également d'importantes quantités d’argent américain à Canton, contre de l’or. Il faut y ajouter les flux monétaires en argent qui provenaient du commerce triangulaire et de la vente des esclaves, florissante notamment aux Antilles, afin de satisfaire la demande croissante de consommation en sucre pour adoucir les breuvages exotiques à la mode, comme le café, le chocolat et particulièrement le thé. Servant donc à combler la balance commerciale déficitaire sans cesse croissante, des quantités toujours plus importantes d'argent arrivaient en Chine. Le ratio de l’argent à l’or en Chine augmenta de façon continue durant le XVIIIe siècle, jusqu’à ce qu’il atteigne les niveaux mondiaux au milieu du siècle. L’échange pour de l’or chinois devint donc de moins en moins profitable et disparut finalement dans les années 1760. La Chine, qui produisait peu d’argent, ne pouvait en satisfaire son besoin que par le commerce et selon les estimations, au milieu du XVIIIe siècle, elle absorbait plus de 20% de la production totale mondiale.

Commercer avec l’Orient exigeait donc des déplacements colossaux d’argent métal pour les pays occidentaux. La dépendance croissante, par exemple, des Britanniques envers le thé n’était pas seulement physique, mais également fiscale et rapportait, en provenance de toute l’Angleterre, un dixième de ses revenus au ministère des finances britanniques ! En 1830, le vérificateur de la Compagnie des Indes, la British East India Company, véritable armée de négociants d'aventuriers et de mercenaires, rapportait que "l’Inde dépendait entièrement des profits du commerce avec la Chine. Comme la Grande-Bretagne était fiscalement dépendante du thé dans la métropole, elle était aussi fiscalement dépendante de l’opium en Inde. " L’opium, outre ses vertus narcotiques propices à abrutir un peuple, se révéla donc une puissance arme économique, capable d'influencer les flux monétaires et les intérêts politiques.

La dépendance crée souvent les besoins

Dès 1820, la Compagnie des Indes intensifie, avec l'accord bienveillant des autorités anglaises, le trafic de l'opium dans le Céleste Empire. Elle va l'acheter en Inde et le revend clandestinement en Chine. A chaque époque, ses VIP et son business ! En 1835, les objectifs sont atteints : l'opium représente en valeur les trois quart des importations chinoises et la balance des paiements a retrouvé son équilibre. Mieux, c'est tout bénéfice pour l'Occident. Pas question de lâcher une affaire aussi juteuse. C'est la ruée vers l'opium. Aventuriers de tout poil, intermédiaires plus ou moins véreux, sociétés privées telle la firme Jardine & Matheson... tous se lancèrent avec enthousiasme dans la contrebande de l'opium indien. Qu'importe que des millions de Chinois, de toutes les couches sociales, plongent dans les paradis artificiels et que le pays subisse un appauvrissement général ! La cour impériale finit par s'en inquiéter et mandate Lin Zexu pour y mettre bon oodre.

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En 1839, Lin Zexu, dit Lin le Ciel clair, dit l'Incorruptible, commissaire impérial de la province du Canton, entreprend une vaste campagne contre l'opium. Il écrit par ailleurs une lettre à la reine Victoria la priant de bien vouloir en stopper le trafic, d'autant plus que sa consommation est supposément interdite en Chine, prohibition d'autant plus factice que du haut en bas de l'Empire Céleste, la corruption est un véritable poison ! Lin Zexu promulgue un décret qui stipule que tout les bateaux étrangers devront être désormais fouillés, fait saisir et détruire 20.000 caisses d'opium, appartenant aux commerçants étrangers, à ces barbares surnommés « Cheveux Rouges » et n'hésite pas à en condamner à mort quelques-uns. Quant aux trafiquants chinois, ils sont découpés vivants en petits cubes. Il faudra 3 semaines pour détruire dans un mélange d'eau, de sel et de chaux tout cet opium. S'estimant floués, ces négociants de l'entremise demandent aux Britanniques d'intervenir militairement afin qu'ils soient dédommagés pour les pertes qu'ils ont subi (62 millions de francs de cette époque). A leur tête, le Prince des marchands et des filous, William Jardine, un médecin écossais surnommé par les Cantonnais Vieux Rat-tête de fer pour qui l'opium était «  juste un réconfortant pour le travailleur chinois. » Il persuade Lord Palmerston, ministre des Affaires Étrangères, d'envoyer six cent canons, seize bâtiments de guerre dont le premier navire de guerre à vapeur le Némésis, et quelques quatre mille hommes qui, sous le commandement de l'amiral Eliott, mirent le cap sur les mers de Chine. Les jonques chinoises et leurs canons lourds et peu maniables furent coulées. Presque un jeu d'enfant pour les Britanniques ! Une guerre rapide dont William Gladstone devait dire : « Une guerre plus injuste dans son origine, une guerre plus prévue dans sa préparation pour couvrir d’une honte perpétuelle ce pays, je n’en connais pas dans toute l’histoire. Le pavillon britannique, qui flotte fièrement sur Canton, n’est hissé que pour protéger un infâme trafic de contrebande. »

Cette «diplomatie de la canonnière» débouche sur le traité de Nankin en 1842. Accompagné d'une indemnité de guerre de 21 millions de yuan (soit un tiers des recettes du gouvernement impérial), il stipule l'envoi de cinq consuls et l'ouverture de cinq ports, dont Shanghai, au commerce britannique, bien qu'il soit essentiellement à sens unique, la Chine opposant un rigoureux protectionnisme. D'autre part, il cède à la Couronne, l'île de Hong Kong à l'embouchure de la rivière des Perles, un « roc stérile » aux yeux du public et de la plupart des politiciens anglais d'alors. La firme Jardin et Matheson allait par ce biais prendre un formidable essor et acquérir un tel pouvoir qu'elle influença des années durant le destin d'une partie d'une monde. A chaque siècle, ses multinationales et lobbies. Par la suite, les États Unis et la France obtiendront des avantages similaires (traités de Wangxia et du Huangpu – 1844), suivis par la Belgique et la Suède (1845 et 1847).

L'hégémonie occidentale est une goule insatiable. Qu'importent les guerres, les peuples, les destructions massives et les millions de morts, pourvu qu'elle puisse dicter sa loi et imposer son modèle au monde entier ?

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Rien donc de très surprenant si le traité de Nankin se réduisit bientôt à une peau de chagrin. Il ne suffit pas à asseoir durablement sur des bases légales et souples l'eldorado commercial que la Chine incarne aux yeux des puissances européennes. En 1854, soutenue par la France et les États-Unis, la Grande-Bretagne en exige une révision complète, au nom de tous et en bénéfice de chacun. La dynastieMandchoue Qing ignore la requête. La patience étant souvent sœur de la ruse, il suffit d'attendre l’incident qui justifiera l’intervention militaire étrangère dans l’Empire du Milieu. Il aura lieu le 8 octobre 1856, lorsque des officiers chinois abordent l'Arrow, un navire anglais enregistré à Hong Kong sous pavillon britannique, suspecté de piraterie et de trafic d'opium. Ils capturent les douze hommes d’équipage et les emprisonnent. Les Britanniques demandent la relaxe des marins, sollicitation royalement ignorée par les autorités chinoises. Cet épisode, connu comme l'incident de l'Arrow. ainsi que l'exécution d'un missionnaire français, Auguste Chapdelaine (province de Guangxi) fourniront au Premier ministre anglais Palmerston et à l'empereur Napoléon III, le prétexte pour intervenir une nouvelle fois en Chine. Schéma classique, la Grande-Bretagne demande alors aux Français, à la Russie et aux États-Unis de former une coalition . Ces deux derniers acceptent, mais finalement n'aideront pas militairement la Grande-Bretagne. Joignant leurs forces sous le commandement de l'amiral Sir Michael Seymour, l'armée britannique sous celui Lord Elgin et l'armée française sous celui du général Gros, attaquent et occupent Canton à la fin de l'année 1857.

En juin 1858, le traité de Tianjin met fin temporairement à cette guerre. Il concède aux puissances européennes la libre exportation de l'opium, l'ouverture du pays au commerce et le droit pour les missions de pénétrer à l'intérieur de la Chine. Il ouvre également onze ports supplémentaires. Mais en 1859, quand les ambassadeurs européens se présentent pour ratifier le traité, ils sont reçus à coups de canon. Les Britanniques ouvrent à nouveau les hostilités et décident de détruire les fortifications chinoises au bord du Peiho. Ils sont repoussés, laissant derrière eux 464 victimes, morts et blessés. A la fin du mois d'août 1860, les troupes anglaise fortes de 12 600 hommes et les françaises, de 7 500, sous le commandement du général Cousin-Montauban, arrivent au pont de Pa-li-kao, dernier obstacle avant Pékin. Ils le prennent d'assaut et le 13 octobre 1860, le corps expéditionnaire entre à Pékin. Le Fils du Ciel s'est enfui, la ville est déserte, sans défense, le pillage grandiose. Le général Cousin, plus tard maréchal et comte de Palikao, n'est pas en reste (il accusera les Chinois du pillage). Quant à Lord Elgin,il fait incendier le Palais d'Eté qui brûlera trois jours et trois nuits. Ce saccage fut dénoncé par Victor Hugo en ces termes : « L'un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l'autre a empli ses coffres et l'on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l'histoire des deux bandits. Nous, Européens, nous sommes les civilisés et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.Devant l'histoire, l'un des deux bandits s'appellera la France, l'autre s'appellera l'Angleterre.Telle est, monsieur, la quantité d'approbation que je donne à l'expédition de Chine. » Les circonstances, les époques changent, mais les intérêts des marchands demeurent. Tandis que des Européens, amoureux de la Chine où ils vivaient depuis de nombreuses années, sacrifiaient leur vie pour défendre la dynastie mandchoue Qing, d'autres plus affairistes et moins scrupuleux vendaient des armes aux champions européens de l'ouverture de la Chine au libéralisme économique et aux valeurs occidentales, en même temps qu'aux rebelles contre qui ils se battaient. « En outre, par amour des affaires, le commerçant le plus honnête fut amené à fournir des armes et des munitions aux deux parties ; comme les difficultés d'approvisionnement étaient plus grandes pour les rebelles que pour les forces impériales, que par conséquent les prix de livraison étaient plus élevés pour les premiers, on traita de préférence avec eux ces marchés qui leur permettaient de résister non seulement aux troupes de leur propre gouvernement, mais encore aux troupes anglaises et françaises. »1

Finalement, après la fuite de Pékin de l’empereur Xianfeng et de sa suite en juin 1858, le traité de Tianjin est finalement ratifié par le frère de l’empereur, le Prince Gong, lors de la Convention de Pékin le 18 octobre 1860, mettant un terme à la seconde guerre de l’opium.2La Russie, la Grande-Bretagne, la France et le Japon poursuivront par la suite cette « colonisation économique » qui précipitera la déchéance et l'abdication de la dynastie des Qing. Ces accords octroient aux étrangers l'ouverture de nouveaux ports, l'installation de missions chrétiennes et l'établissement de « concessions étrangères », le droit d'acquérir des terres pour les Européens qu'ils soient négociants ou missionnaires. Le commerce de l’opium est légalisé et les chrétiens voient leurs droits civils pleinement reconnus, incluant le droit de propriété privée, sans payer plus de 2,5 % de taxes, ainsi que celui d’évangéliser les populations. La Grande-Bretagne acquière la presqu’île de Kowloon en 1860 et obtient en 1898 un bail de 99 ans sur les Nouveaux Territoires (952 km² constituant 80 % du territoire Hongkongais) et sur 235 îles au large de Hongkong. De fortes indemnisations sont consenties par la Chine aux Britanniques et aux Français…

Interdit à diverses reprises depuis 1796, le commerce de l’opium, nouvelle source de richesses, peut désormais se développer sans obstacles, couvrant des provinces entières de ses champs de pavots blancs et faisant de ce pays le premier producteur mondial d’opium au début du vingtième siècle.  De 30 000 caisses en 1838 (en contrebande) à 68 000 caisses en 1850, 96 000 en 1873, on passe à I80.000 en 1886, chaque caisse contenant 63 kilogrammes d'opium. Parallèlement, le nombre d’opiomanes chinois atteint les 120 millions, soit le cinquième de la population.

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Ailleurs… une fumerie d’opium à New York

Il en fut ainsi jusqu'en I906 où intervint un accord entre la Chine et le Gouvernement britannique, qui se déclara prêt à limiter et à supprimer éventuellement toute production d'opium indien, si les Chinois d'eux-mêmes consentaient à réduire leur production intérieure. Traité de dupes ou Traités de la Honte comme le qualifièrent les Chinois, car, et c'est un exemple, en 1861, la France créa en Cochinchine (Indochine) un monopole de l'opium, connu sous le nom de la Ferme de l'opium. A partir de 1883, celle-ci sera gérée par le service des contributions indirectes, dirigé en 1897 par Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine et futur président de la IIIème République. En métropole, l'opium sera écoulé dans de nombreuses fumeries par les militaires (principalement les marins, les coloniaux) et la bourgeoisie parisienne.

C’est à Shanghai que fut prise cette première décision internationale de bannir officiellement l’usage de l’opium. Elle devait conduire à la législation internationale actuelle, représentée par les différentes conventions internationales sur les stupéfiants et les psychotropes. Ceci n’empêcha pas la France de continuer à produire de l’opium raffiné, c’est à dire du chandoo, dans ses bouilleries de Saigon jusqu'en 1954.

L’or vert… de l’hypocrisie 

Il est ironique d’entendre ces mêmes pays occidentaux qui firent hier de l’opium, un prétexte à la guerre, tenir quelques siècles plus tard des propos moralisants aux peuples qui font de l’opium, l’enjeu de leur guerre, avec les multiples conséquences géopolitiques que cela suppose pour les pays du Sud et les retombées économiques et sociales dans nos sociétés industrielles. Il résulte ironique de constater qu’après la Deuxième Guerre mondiale, les troupes nationalistes chinoises dans le Triangle d'Or (Laos, Birmanie et Thaïlande) et, plus récemment, les moudjahidins afghans, puis les talibans dans le Croissant d'Or (Afghanistan - 3600 tonnes en 2003, Iran et Pakistan), ont eu recours à l'économie de l'opium (90% de la production mondiale), pour financer leurs guerres, en bénéficiant de l'appui bienveillant de la CIA, et également de la France, dans leurs luttes obsessives contre le communisme, aux côtés du Kuomintang, pays producteurs auxquels il faut ajouter le Mexique, le Liban et l’Inde. Ainsi, l’or vert de l’hypocrisie finançia les bonnes relations entre les Chefs de Guerre autochtones et ces autres, plus politiquement corrects, entre autres la France et les États-Unis qui leurs fournissaient armes, munitions, transports aériens, en fermant les yeux sur le trafic d’opium. Indirectement et consécutivement, cela favorisa l’augmentation de la consommation mondiale de la poudre blanche dans les pays riches. On pourrait dire la même chose de la Coca en Amérique Latine. Il résulte encore plus ironique de s’offusquer pudiquement et publiquement alors que la drogue fut et continue d’être une monnaie d’échange utilisée par les mouvements insurrectionnels, les groupes terroristes et les États dits "Canailles", mais aussi par les États et leurs services spéciaux pour financer les armes et les hommes chargés des actions clandestines et des conflits régionaux, de l'Amérique centrale, au Liban, de l'Afghanistan aux Balkans, en passant par le Moyen et Proche Orient, le Caucase et l'Asie centrale, qui offrent de nouvelles perspectives.

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Une famille de fumeurs d'opium, à Lappa. (D'après une photographie de M. J. Fougerat.)

Des rapports officiels (en 2000 et 2001) conclurent que plus aucune trace de champs de pavots n’existait dans les zones gérées par les Talibans. Or, Tony Blair, avant l’intervention de la Coalition des Justes (!), affirma que la guerre contre l’Afghanistan devait servir, entre autres, à éradiquer tous les plans d’opium des Talibans. Où et Lesquels ? Mystère! Mais force est de constater que les Talibans ont perdu le pouvoir, la production s’est remise en marche toutes voiles dehors… L’étendue des surfaces cultivées d’opium en 2015 était de 224.000 ha (une augmentation de 7% par rapport à 2013), pour une production estimée à 6.000 t (90% du volume mondial des opiacés). En 2011, il était également estimé que pas moins de 190 000 familles (1,6 million d’habitants), sur une population totale évaluée à 34 millions, auraient eu recours, faute pour la plupart d'autres moyens de subsistance, à la culture du pavot.

Le trafic mondial de drogues est, quant à lui, estimé entre 300 et 500 milliards de dollars. Il est devenu le deuxième marché économique au monde, juste derrière les armes, mais devant le pétrole. Les bénéfices estimés sont eux de l'ordre de 200 milliards de dollars et le blanchiment d'argent sale de 150 milliards. 63 milliards de dollars (soit 44,1 milliards d'euros) sont générées chaque année par le trafic de drogues aux USA selon le ministre mexicain de la Sécurité publique, soit 1398 euros par seconde ! La facture pour la guerre en Afghanistan s'élève encore aujourd'hui à un milliard de dollars par semaine. L'invasion d'Irak en 2003 et l'occupation du pays qui a suivi jusqu'en 2011 sont, quant à elles, revenues à plus de 1.000 milliards de dollars au total, selon des estimations indépendantes. Le secrétaire à la Défense Chuck Hagel a estimé que les opérations menées en Irak depuis le 8 août et en Syrie depuis mardi coûtaient aux États-Unis, en 2014, "de 7 à 10 millions de dollars par jour". La guerre en Syrie, selon la Banque mondiale, s'élevait en février 2016 à 35 milliards de dollars.

Quand on additionne les factures des guerres actuelles, on ne peut que s'interroger Qui finance quoi ?! Tout va bien, frères humains…

 

 

Notes

1. - M. v. Brandt, 88 Jahre in Ostasien, 1901, vol. 3  « China », p. 11.)

2. - 1ere guerre de l’opium, 1840-1842 ; 2eme guerre de l’opium, 1857-1858.



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