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Billet de blog 22 janv. 2023

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Moi, végane, écolo et fatiguée – 1. intention et présentation

Je me lance dans une série de billets sur le véganisme, ses qualités, ses défauts, ce que c’est et ce que ça n’est pas. Je pointerai certaines incohérences (dont les miennes) et tenterai de démythifier ou démonter certains arguments et discours des deux côtés de la barrière pour, peut-être, réussir à poser les bases d’un débat plus apaisé.

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Depuis 1 ou 2 ans que j’ai réactivé mon compte facebook, je suis frappée par les discussions houleuses, interminables et souvent sans grand intérêt que déclenche la moindre publication qui aborde d’une façon ou d’une autre le sujet des animaux, que ce soit sous l’angle de l’alimentation, du bien-être animal, de l’élevage, de la chasse, de l’écologie ou autre.
La tendance à la polarisation des débats concerne tous les sujets, ça a été dit et redit, et la communication est de plus en plus difficile entre les gens de bords opposés. Mais ceux concernant les animaux battent à mon avis tous les records et pour être honnête j’ai de plus en plus l’impression de me retrouver parmi les fous, quel que soit le camp.

Aussi bien pour clarifier mes pensées que pour essayer de faire poindre un semblant de réflexion dans ce bordel ambiant, je me lance dans une série de billets sur le véganisme, ses qualités, ses défauts, ce que c’est et ce que ça n’est pas. Je pointerai certaines incohérences (dont les miennes) et tenterai de débunker1 certains arguments et discours des deux côtés de la barrière pour, peut-être, réussir à poser les bases d’un débat plus apaisé.
Je n’ai aucun conflit d’intérêt, je ne travaille pour personne, je ne représente que moi et les opinions que j’exprime ici ne sont que les miennes. Ce ne sont d'ailleurs pas forcément les plus répandues dans ma « communauté ».
Je ne promets ni la régularité des billets à venir, ni même d’aller jusqu’au bout de ce projet. La seule garantie offerte ici, c’est mon honnêteté intellectuelle.

Ceci posé, la première chose à faire est de me présenter car, après tout, quelle est ma légitimité à parler de tout ça ?

J’ai 49 ans. J’ai toujours adoré les animaux, mais mis à part une fois quand j'avais 8 ans où j’ai pleuré devant un lapin écorché et refusé de le manger, j’ai baigné sans problème dans l’idéologie dominante pendant près des 3/4 de ma vie. Comme beaucoup de monde, je boycottais le foie gras, je détestais la chasse et la corrida, j’adorais la viande saignante, le poisson, les œufs et le fromage. J’ai fait de l’équitation de loisir pendant quelques années.


Ma formation initiale est l’agronomie. Lorsque j’ai intégré mon école en 93, j’ai voulu me diriger vers la production animale, mais la vue des vaches et chèvres fistulées (ou « à hublot ») m’a dégoûtée et je me suis tournée vers la protection des végétaux. J’ai cependant visité sans sourciller tout un tas d’élevages, gobant le discours bien rôdé à base de « c’est pour leur bien » qu’on nous servait lorsqu’on faisait la grimace. Les truies dans leurs cages, incapables de bouger ? C’est pour ne pas écraser les porcelets. Ces mignons porcelets dont on coupe les dents et la queue (en plus de la castration) à la naissance, à vif bien entendu ? C’est pour ne pas qu’ils se mordent et saignent à mort. Les poules en batterie ? Hum, là je ne me souviens pas d’avoir entendu d’arguments justifiant leur sort, par contre le bruit qu’elles faisaient quand on entrait était interprété comme « elles sont contentes de nous voir ». Je n’invente rien.
J’ai fait des stages dans des fermes, j’ai mené et rentré les vaches, aidée par des chiens de berger (ou plutôt j’essayais de ne pas trop les gêner car ils faisaient très bien le boulot tout seuls), je les ai traites, manuellement ou non, j'ai soigné des veaux, tenu parfois compagnie au taureau à l’attache 24h/24 qui me faisait bien de la peine, fait les foins, la paille, moissonné, ramassé les œufs, fait la crème, des yaourts, du fromage de chèvre, j’ai attrapé, tué et plumé des poulets avant de les vendre au magasin, j'ai nettoyé le poulailler des poules en batterie... Côté végétaux, j’ai fait des études de marché pour des fabricants de pesticides. Rétrospectivement, c’est tordant.


Bref, passons en vitesse rapide : diplôme d’ingénieur et DEA en sciences agronomiques en poche, 2 ans de thèse sur un sujet obscur avant de m’apercevoir que mon modèle était incohérent, mon directeur un sociopathe sans aucune rigueur scientifique, et de perdre tout respect pour le labo dans lequel je travaillais (et même plus généralement pour la recherche dans le public, je sais, c’était exagéré). Pendant ces 2 ans, parallèlement à ma thèse j’avais fait du monitorat, à savoir une formation à l’enseignement dans le supérieur : 10 jours de formations sur l’année, et je ne sais plus combien d’heures à assurer devant des étudiants de DUT. C’était intéressant, surtout qu’on se retrouvait pour les formations avec des thésards d’autres disciplines : informatique, droit, chimie, allemand, histoire, ce qui ouvrait - un peu - notre univers… J’ai tenu pendant 2 ans le poste envié de « rédactrice en chef du journal de l’association des moniteurs ». C’était le bon temps...
Changement de décor : formation de 6 mois en informatique, programmation et réseaux (l’an 2000 approchait, il y avait de la demande), puis travail pendant quelques années dans 2 SSII.
Changement à nouveau fin 2004 : formation de correctrice, travail comme correctrice, lectrice, anthologiste et maquettiste pour des fanzines et micro-éditeurs, puis je crée ma petite maison d’édition avec des amis en 2006. L’aventure sera riche humainement (pas financièrement cependant) et belle, mais aussi épuisante physiquement et moralement, et on ferme la maison après une dizaine d’années (un quasi-record dans le milieu, surtout dans un contexte de plus en plus tendu) et une soixantaine de livres au compteur.
Tout en continuant une petite activité dans l’édition je retourne à mes premières amours, à savoir la musique, et pendant quelques années je suis musicienne semi-professionnelle avec mon nouveau compagnon, devenu depuis mon mari, qui lui est musicien professionnel depuis toujours.

Entre-temps, pendant ma période éditrice, je suis devenue végane.
Comment ? Eh bien mon ex-mari m’a offert, un peu par manque d’inspiration, le bouquin « Faut-il manger les animaux ? » de Foer pour mon anniversaire. 2 jours plus tard je suis végétarienne, et après quelques semaines ou mois à tergiverser, je suis végétalienne et végane. C'était il y a 12 ans, aujourd'hui je suis toujours végane.

Quand je rencontre mon mari actuel, c’est en 2014, dans le cadre de la musique. Lui n’est pas végétarien et encore moins végane, il ne connaît pas cet univers et le redoute un peu. Par contre on rêve tous les deux de la même chose : retaper une vieille ferme et avoir des animaux. J’ai déjà un cheval depuis longtemps et des chats, lui a un chien, des chats et voudrait des vaches et des ânes, juste pour le plaisir.

On mettra 2 ans à trouver notre bonheur - il faut dire qu’on avait des critères assez stricts. On visitera plus d’une centaine de fermes sur un bon tiers nord-ouest de la France avant de tomber sur celle qui réunit presque tous nos critères, au centre de la France. Elle est entourée par 6ha de prés.
On s’y installe en 2017. De fil en aiguille, entre hasard, énormément de chance et rencontres, on est rendus aujourd’hui à 24ha de prés tout autour de la ferme et on a recueilli quelques dizaines d’animaux. On en a adopté certains, d’autres sont placés chez nous à vie si tout va bien (les chevaux et les ânes de 30 millions d’amis), d’autres sont placés en attente d’adoption par une autre association. Quasiment tous sont des sauvetages (maltraitance, abandon, abattoir). On en a perdu certains, ce qui nous fend le cœur.
Aujourd’hui nous nous occupons donc de vaches, bœufs, brebis, béliers, chèvres, boucs, chevaux, ânes, poules et d’une ponette pour ce qui est des animaux de ferme. Nous avons aussi une ribambelle de chats (on nous en balance régulièrement) et 2 chiens. Et des ruches qui ont du mal à survivre.

Entre-temps mon mari est devenu végétarien : il faut dire que ça devenait compliqué pour lui de manger du bœuf ou des merguez… Sauver des vaches ou des moutons d’un côté et en manger de l’autre, ça ne passait plus bien.

Mon fils, qui avait décidé à l’âge de 3 ans de devenir végétarien, s’y est tenu à 2 ou 3 écarts près. Pourtant, à part les chats, il n'est pas fan des animaux. Il a maintenant 14 ans.

Depuis qu’on a des poules, soit depuis 4 ans environ, je remange leurs œufs et uniquement les leurs. Si, si, je suis toujours végane. ;) J’y reviendrai dans un prochain billet.


Nous vivons dans une région d’élevage. Nous sommes probablement vus par certains comme des farfelus (pour rester polie ^^), mais quelle importance ! Nous sommes en bons voire très bons termes avec tous les éleveurs du coin. On se file des coups de main (pour rattraper les bêtes des uns ou des autres, pour dépanner un tracteur, pour le foin...) L’un d’eux a même été témoin à notre mariage il y a un an, et la semaine dernière encore nous prenions l’apéro chez lui et sa femme. Ils ont d’ailleurs eu la délicatesse de ne proposer aucun amuse-gueule contenant de la viande alors qu’il y avait d’autres invités et que mon mari et moi étions les seuls à ne pas en manger.


Voilà pour cette présentation qui, je l’espère, désamorcera certaines critiques (les fameux clichés des bobos citadins qui n’y connaissent rien), mais prêtera sans doute le flanc à d’autres. J’aborderai notre côté écolo plus tard.

Dans un prochain billet, je m’efforcerai de clarifier un peu les notions de végétarisme, végétalisme et véganisme en essayant de dissiper quelques malentendus et en expliquant au passage pourquoi dans certains cas particuliers on peut être végane sans être strictement végétalien.ne.

1. débunker = analyser une information pour montrer en quoi elle est trompeuse ou erronée.


edit : le billet n°2 est sorti.

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