De la naissance d' EDF au projet Hercule

Avant la Seconde Guerre mondiale, il y avait en France plusieurs opérateurs énergétiques, avec déséquilibré des réseaux de distribution et de la qualité de l'approvisionnement en électricité dans tout le pays. Après la guerre, De Gaulle décide de nationaliser le secteur et de le réunir sous un seul opérateur: EDF est né.

Barrage de la Girotte Barrage de la Girotte

 

La production et la distribution d'électricité s'effectuent à travers un système complexe dans lequel un équilibre doit être maintenu entre l'offre et la demande au sein du pays. Ceci afin d'éviter des fluctuations excessives qui pourraient provoquer une panne de courant. Avec une offre et une demande qui varient en fonction des conditions météorologiques.

Comme ils sont imprévisibles, pour assurer cet équilibre, des systèmes de stockage sont utilisés pour stocker l'énergie produite par les différentes sources (éolienne, thermique, solaire, irdoélectrique).

Le système a besoin d'augmentations qualitatives substantielles pour consolider ses niveaux de productivité, et aussi pour élever un niveau de rentabilité, ce qui prend beaucoup de temps à atteindre.

Tous ces facteurs signifient que le système intégré est plus efficace lorsqu'il est géré par un seul opérateur.

Avant la Seconde Guerre mondiale, il y avait en France plusieurs opérateurs énergétiques, chacun ayant ses propres moyens de production. Cette situation a entraîné un développement déséquilibré des réseaux de distribution et de la qualité de l'approvisionnement en électricité dans tout le pays.

Certaines zones étaient mieux desservies, tandis que d'autres étaient fréquemment privées d'électricité ou présentaient une couverture inégale du service.

Après la guerre, le general De Gaulle décide de nationaliser le secteur et de le réunir sous un seul opérateur : Electricitè De France (EDF) est né. Cette nouvelle réalité, présente dans tout le pays, a permis de planifier et de mettre en œuvre de grands plans d'investissement, principalement dans les infrastructures.

Mais aussi dans les centrales électriques et dans la création du premier réseau national de distribution d'électricité, capable d'atteindre même les coins les plus reculés de l'hexagone (villages de montagne et îles).

Pour la première fois, des plans de gestion uniques ont également été élaborés, ce qui, grâce à des économies d'échelle, a permis de gérer l'énergie produite de manière planifiée, tout en réduisant considérablement son coût. Des améliorations ont également été apportées du point de vue de la qualité du service, avec la possibilité de différencier les sources selon la période de l'année.

À partir des années 80, avec l'avènement du néo-libéralisme, la gestion des services publics a été partout investie par des processus de libéralisation, qui ont conduit dans les phases suivantes les administrations centrales et périphériques à les mettre sur le marché et à les privatiser.

En 1996, l'Union européenne a publié une directive obligeant les différents États à privatiser, c'est-à-dire à ouvrir la gestion du service d'électricité à la concurrence.

La libéralisation a permis à plusieurs opérateurs d'entrer sur le marché, chacun ayant son propre portefeuille de clients, mais manquant totalement de moyens de production. Un marché fictif de l'électricité a ainsi été créé en France, dans lequel l'électricité est produite essentiellement par EDF et où les différents opérateurs n'exercent qu'une fonction de distribution.

Le secteur du réseau reste un monopole, tandis que le secteur de la production est mis sur le marché, avec peu de succès compte tenu du montant des investissements nécessaires.

Le marché des réseaux a été divisé en deux entités : le transport, dont RTE était responsable, et les réseaux, dont la responsabilitè ètait confiè a ENEDIS.

En 2004 un nouveau processus de privatisation a eu lieu, dans ce cas moins évident : le statut d'EDF est passé d'une forme publique, selon laquelle tous les bénéfices devaient être réinvestis dans le service pour l'améliorer, à une forme privée, selon laquelle les bénéfices étaient distribués entre les actionnaires de la société.

Le capital d'EDF a ainsi été ouvert au secteur privé, même si la majorité de ses actions (84%) sont toujours fermement entre les mains du public. Cette modification de la structure d'entreprise d'EDF a entraîné un changement de son objectif, qui n'est plus de fournir aux Français une électricité de bonne qualité à un prix bas, mais de réaliser un bénéfice à partager entre ses actionnaires.

Au fil du temps, le prix de l'énergie a augmenté, et il existe de nettes disparités entre les régions : plus chère dans certaines régions de France, moins chère dans d'autres. La qualité du service a également baissé, avec une diminution des services de proximité: tout est automatisé, avec la fermeture d'agences sur le territoire, remplacée par une assistance à la clientèle par internet ou par téléphone.
Le secteur des réseaux est toujours géré sous une forme monopolistique.

En raison de la complexité du système de production, des complexités liées à l'approvisionnement en combustible ainsi qu'à la sécurité nationale, les centrales nucléaires ont été retirées du marché.

La majeure partie de l'hydroélectricité a été vendue au secteur privé à un prix symbolique. L'opérateur actuel est la Compagnie Nationale du Rhône (CNR). La Commission européenne continue de faire pression pour que le secteur hydroélectrique, y compris la gestion des barrages, soit mis sur le marché.

En ce qui concerne l'énergie thermique, c'est-à-dire les centrales au gaz et au charbon, seule une petite partie a été mise sur le marché. Là où le secteur privé est entré massivement sur le marché, ce sont les secteurs de l'énergie éolienne et solaire. Cela s'explique par les investissements relativement faibles nécessaires à la production, ainsi que par les incitations et les diverses facilités accordées au niveau européen.

Aujourd'hui encore, la plupart des opérateurs sur le marché ne produisent pas d'électricité, car ils ne disposent pas de moyens de production, mais se contentent de la distribuer, en l'achetant à EDF et en la revendant à des particuliers, des entreprises ou des familles, en tirant profit de la différence entre le prix d'achat et le prix de vente.

Suite à la privatisation, EDF a perdu en moyenne 30% de ses meilleurs clients, tout cela au profit des opérateurs privés.

Le projet Hercule a été lancé à la suite d'un accord entre le président français Emmanuel Macron et le président d'EDF, Jean Bernard Levy. Cet accord consiste à poursuivre la mise en œuvre du processus de libéralisation, avec la mise sur le marché de toutes les activités d'EDF qui, jusqu'à présent, n'ont pas été touchées.

En particulier, la séparation du secteur nucléaire du secteur de la production, qui nécessite des investissements importants et, de plus, a un délai d'amortissement excessivement long, est toujours prévue. En Plus, du point de vue des risques financiers, un projet de centrale nucléaire n'est pas viable pour un seul investisseur privé.

Il est également prévu de fusionner les secteurs de la production thermique et hydroélectrique en une seule entité qui formera un seul pôle national. La même chose pour le secteur éolien et pour les services, ainsi que pour le secteur des énergies renouvelables. Nous allons donc assister à la scission de la division commerciale d'EDF, qui comprend les activités de facturation et de recouvrement: toute cette activité sera mise sur le marché, avec un impact négatif en termes de proximité du service.

Les réseaux sont un monopole naturel, détenu par les autorités locales, qui les accordent sous concession à l'ENEDIS. Le risque associé à leur privatisation est principalement économique, et il suffit de regarder ce qui s'est passé avec les réseaux d'autoroutes et d'eau pour s'en rendre compte.

Partout, les privatisations qui ont eu lieu dans ces deux secteurs ont entraîné une réduction des investissements, avec des conséquences négatives inévitables tant dans le domaine de la sécurité que dans l'augmentation des tarifs. Les partenaires privés ont préféré percevoir des dividendes importants, plutôt que d'investir les revenus dans l'amélioration de la qualité du service, celle-ci étant inévitablement réduite au fil du temps au détriment de la sécurité des usagers.

Ensuite, il y a les questions de géopolitique liées à la privatisation de secteurs stratégiques de l'économie, qui affectent les questions de sécurité intérieure, où les intérêts d'un partenaire privé ne coïncident souvent pas avec ceux d'une communauté locale ou nationale. Sans tenir compte de la valeur de la connaissance dans le secteur, le soi-disant savoir-faire, qui est mis en crise par l'entrée d'un partenaire étranger. Cela devient plus évident lorsqu'on observe la présence de partenaires chinois dans la capitale des réseaux électriques de différents pays, comme l'Angleterre, la Grèce ou l'Italie. (cm)

 

 

 

 

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