Vert Criminel

Au cours du procès, les verdicts de la Cour de cassation ont exclu le caractère mafieux de l'organisation faisant l'objet de l'enquête : l'existence de deux organisations criminelles distinctes a été prouvée, l'une dédiée à la gestion de certains services essentiels externalisés par l'administration, et l'autre à l'activité d'usure.

campidoglio

Cet Octobre il y aura le renouvellement des administrations de certaines municipalités italiennes importantes, dont Milan, Naples et Rome.

L'administration  sortante de celle-ci, dirigée par le maire Virginia Raggi, a pris les rênes soutenu par le mouvement 5 etoiles à la suite du scandale appelé Mafia Capitale".

Ca c'est le nom journalistique donné à l'enquête judiciaire qui supposait l'existence d'une organisation mafieuse capable non seulement de déterminer le résultat des appels d'offres pour l'attribution de certains services essentiels, mais aussi les nominations de conseillers et de dirigeants des sociétés contrôlées par la municipalité.

Au cours du procès, les verdicts de la Cour de cassation ont exclu le caractère mafieux de l'organisation faisant l'objet de l'enquête : l'existence de deux organisations criminelles distinctes a été prouvée, l'une dédiée à la gestion de certains services essentiels externalisés par l'administration, et l'autre à l'activité d'usure.

Au sommet de celles-ci siégeaient respectivement le chef des coopératives rouges Salvatore Buzzi et l'ancien NAR (Nuclei Armati Rivoluzionari) Massimo Carminati.

De cette affaire très médiatisée il ne reste aujourd'hui que le souvenir d'une gestion voyou et indigne des centres d'accueil pour migrants et des camps de Roms.

Les derniers sur l'échelle sociale n'étaient pas pris en charge par la municipalité, qui représentait à l'époque ce que l'on appelait les institutions, mais par un groupe de coopératives sociales dirigé par Salvatore Buzzi et ses collaborateurs, coopératives auxquelles l'administration du Capitole avait confié au fil du temps toutes les principales activités de l'administration: de l'accueil des plus vulnérables aux centres d'accueil des migrants, en passant par le service des jardins et la collecte des déchets différenciés.

Tout cela grâce à des appels d'offres truqués, où l'on savait déjà qui allait remporter le contrat.
Dans une ecoute telephonique Buzzi explique à sa collaboratrice Piera Chiaravalle, qui n'avait aucune idée des sommes dont parlait son employeur, les chiffres d'affaire liees aux centres d'accueil:"Le trafic de drogue rapporte moins d'argent" a été la réponse éloquente de Buzzi.

Grâce à ce système, le groupe de coopératives sociales remontant à Buzzi avait atteint au fil du temps une situation économique prospère, attestée par une ligne de crédit de dix millions d'euros à la banque ("ils ont un crédit de 10 millions le "29 GIUGNO" ... ils ont une ligne de crédit de 10 millions compà", dit Carminati, intercepté avec son ami-partenaire Cristiano Guarnera), embauchant environ mille et cent personnes. Mille et cent ouvriers chargés, pour la plupart, de prendre soin des espaces verts de Rome, des jardins aux parterres et aux parcs, en passant par les villas d'importance historique comme la Villa Pamphili ou la Villa Ada.

Les comptes de la Cosma

Des comptes relatifs à COSMA, la coopérative sociale dirigée par l'avocat Antonio Esposito mais dont le partenaire caché était Massimo Carminati, est ressorti comment les revenus provenaient d'une série de travaux effectués par les coopératives sociales mentionnées ci-dessus. Nous parlons en particulier des travaux d'agrandissement du camp Rom de Castel Romano, travaux réalisés par Imeg srl d'Agostino Gaglianone, l'ami-associé de Carminati, des services de repas pour les mineurs non accompagnés (MISNA) au service de restauration offert par l'autre ami-entrepreneur de Carminati ("chaque jour, il calcule que mon ami, chaque jour qui passe, il prendra, je pense 600 euros de plus par jour, facturés sur les repas. ...") Giuseppe Ietto, qui avec ses sociétés en était venu à gérer même les bars à l'intérieur de la RAI (la television publique).

Egalement, il y avait les revenus de deux chantiers de construction Astral Spa, dont le président était à partir de 2011  Tommaso Luzi (à partir de 2013 sera nommé CEO) maire de Sacrofano ainsi que proche de Domenico Gramazio, ancien senateur du MSI et ainsi père de Luca (le meme qu'a co-signè l'amendement sur le vert publique pour 5 milion d'euro que nous verron plus avant). Sacrofano c'est le petit village de la banlieue de Rome ou vit Carminati.

En particulier, COSMA était titulaire de deux contrats, dont l'un a été sous-traité par le 29 Juin (le group des cooperatives gere' par Buzzi) et concernait le soin du vert de EUR spa, une société qui gère un certain nombre de propriétés dans l'EUR    ( un quartier au sud de Rome) et dont le capital est composé à 90% du Ministère des Finances et les 10 restants de Roma Capitale.
L'autre était plutôt constitué d'un appel d'offres remporté dans l'ancienne quatrième municipalité, aujourd'hui la troisième, et concernait la gestion des espaces verts publics.
Ainsi, une bonne partie des revenus de l'un des deux dominus de l'association criminelle (non mafieuse) enquêtée par le Parquet de Rome, provenait de la gestion du vert public.

L'amendement Marroni-Gramazio
Pour démontrer comment le secteur " gestion des espaces verts " était central dans les finances du groupe 29 Juin, il faut retracer une interception réalisée par le Carabinieri-Ros le 16.10.2012, dans laquelle Salvatore Buzzi converse par téléphone avec le référent légal de la coopérative Il Granellino di Senape, Alessandro Montani. La conversation commence discutant des 5 millions d'euros affectés par la Ville, et destinées spécifiquement aux coopératives sociales. 
L'allocation en question est le résultat d'un amendement signé par Umberto Marroni, chef du groupe PD au conseil municipal, et Luca Gramazio, chef du groupe PDL, et est expressément destinée aux "verts". Le PDL était à l'époque le parti de droit majoritaire au conseil municipal, tandis que le PD représentait le principal parti d'opposition.
Ici il est evident que quelque chose ne va pas. Car, nous ne parlons pas du financement de livres pour les ecoles obligatoires, ni pour les frais de cantine pour les enfants des familles pauvres, mais de la gestione du vert municipal.


La gestion des Villas historiques
L'ancien directeur du service des jardins de Roma Capitale Claudio Turella a été condamné, en collaboration avec Salvatore Buzzi, à six ans de prison pour tricherie dans le cadre du soi-disant appel d'offres des Villas historiques.
Dans la salle d'audience, on a reconstitué ce qui s'est passé à la Commission, en relation avec le résultat de cet appel d'offres. Le 13 mars 2013 sur le site institutionnel de la municipalité et sur le registre municipal a été publié un avis public de manifestation d'intérêt pour la participation à dix appels d'offres réservés aux coopératives sociales, comme le prévoit la loi n.381/91.

La Commission était composée, en plus de Turella en tant que président, par Ornella Coglitore e par un membre nommé par le Cinquième Département (qui gere' le vert municipal), avec la tâche d'évaluer le projet social présenté par chaque participant. Mme Rossana Calistri est indiquée pour ce poste.

Le 13 mai 2013, la Commission se réunit pour vérifier les documents administratifs. La réunion est publique. 
Des représentants du Consortium Eriches, de la coopérative sociale Il Gheppio et de Il SolCo sont présents. A l'exception d'Eriches, tous les autres participants à l'appel d'offres présentent une documentation insuffisante. Ces derniers sont admis avec réserve, avec l'obligation d'une intégration ultérieure, sous peine d'exclusion. Le 14 mai, en présence du Consorzio Eriches et de Il Solco, les scores des offres techniques sont lus et les offres économiques sont ouvertes en séance publique. Toutes les enveloppes sont scellées avec de la cire. Aucune irrégularité n'est constatée.

Pendant les procédures d'assignation, selon l'ordre du 2 décembre, les conversations suivantes sont détectées :

13.05.13 Roberto Ruffini, délégué du Consortium Eriches, s'entretient avec Buzzi : "Le groupement le Solco et le Gheppio n'a pas voulu les exclure".

14.05.13 Ruffini informe Buzzi que l'évaluation des offres techniques (évaluation du projet social dont Calistri était chargé) n'a pas encore été effectuée.

14.05.13 Ruffini appelle Buzzi : "Le problème était, est que Turella n'a pas exclu Il SolCo et l'a autorisé à soumettre la documentation"

14.05.13 Buzzi essaie d'appeler Turella qui ne répond pas.

14.05.13 Gammuto envoie un SMS à Buzzi. Immédiatement après, Turella envoie un sms à Buzzi : "Appelle-moi d'urgence".

Afin d'obtenir un meilleur score, Buzzi avait écrit dans son offre technique qu'il avait réalisé une série de travaux pour le compte des municpalitès. Cependant, comme il n'avait pas certifié cette déclaration, la documentation correspondante était inutilisable. Il a dû présenter des documents supplémentaires, ce qu'il a fait ensuite.

14.05.13 13h03 Calistri envoie un SMS à Buzzi pour lui conseiller d'apporter d'autres documents relatifs au projet social, afin de passer le score SolCo, violant ainsi la règle de confidentialité de la procédure administrative en cours. Calistri demande, "Mais à cet appel d'offre mais combien avez-vous mis à la remise maximale ?"

Buzzi lui répond en expliquant les modalités de l'appel d'offres lui-même.

Buzzi appelle ensuite Ruffini et lui demande les raisons de la non-exclusion de SolCo.

13:22 Buzzi envoie un SMS à Turella

13:23 Buzzi appelle Mario Monge, président du consortium SolCo.

L'accord au Campidoglio
Buzzi avait agi parce qu'il avait appris qu'il n'avait pris qu'un seul point de différence entre SolCo, sur l'offre technique. Ce point de différence a été donné par la certification des travaux effectués dans les municipalités, ce qui manquait à SolCo.

Turella a déclaré au tribunal que s'il avait été soudoyé par Buzzi, il aurait dû exclure l'offre de SolCo, ce qu'il n'a pas fait. Turella a également expliqué que l'ancien fonctionnaire ne connaissait pas le Dr Calistri à l'époque : il savait seulement qu'elle avait travaillé au cabinet de l'ancien maire Walter Veltroni, sans avoir l'occasion d'entrer en contact avec elle. Ce n'est qu'en lisant les actes d'enquête et en observant la photo qui montre Calistri avec Odevaine (Luca Odevaine ex chef de cabinet de Walter Veltroni), photo jointe aux informations du ROS, que Turella reconstitue le lien entre les deux.

L'accusé explique également que les sept millions dont Buzzi a parlé dans les interceptions avaient déjà été dépensés en grande partie par l'adjoint à l'environnement de la junte de Roma Capitale, gere' par le maire de droit en charge Gianni Alemanno, Marco Visconti. Seules quelques offres ont été laissées de côté : la Villa Borghese, la Villa Pamphili et le parc Caffarella.

En ce qui concerne la révocation de l'appel d'offres pour la Villa Borghese, M. Turella rapporte que le résultat de l'appel d'offres était le fruit d'un accord entre la haute direction du Capitole, les chefs et les sous-chefs du secrétariat, ainsi que Marco Caldani, propriétaire de la pépinière Caldani srl. C'est d'ailleurs cette dernière qui a remporté l'appel d'offres au lieu de la coopérative Multiservizi. Jusqu'alors, Roma Multiservizi avait toujours remporté le marché car le cahier des charges prévoyait l'obligation de réembaucher les employés de l'entreprise sortante.

Multiservizi était une grande entreprise coopérative, capable de soutenir tout ces embauches.  Il est donc arrivé que Caldani accepte de réembaucher les employés sortants, mais que les anciens employés de Roma Multiservizi choisissent de refuser l'offre.  Le contrat a finalement été attribué à Roma Multiservizi, qui était jusqu'alors le second choix.

Plus tard, cet appel d'offres a été annulé parce que tous les fonds disponibles pour le ministère avaient été utilisés. La majoritè dell'assemblee, de droit, a ensuite adopté une résolution de révocation, la n.27, dont l'objet était : "des directives pour l'entretien des espaces verts municipaux et pour la gestion des chats et des chiens municipaux". Par conséquent, les fonds mis à disposition du dixième département, n'étaient plus destinés uniquement au soin de la Villa Borghese, mais à toutes les villas, ainsi qu'à la gestion des chatons et des chenils municipaux. (cm)


 

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