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Billet de blog 13 mars 2022

Des politiciens locaux au service de la ndrangheta

Dans les villes d'Anzio et de Nettuno, à environ une heure de route de Rome, des elus locaux auraient eu des relations avec des représentants de la "drangheta" établis dans la région. Nous ne parlons pas de quelques mafieux en "vacances", mais d'un véritable "locale" de la 'drangheta.

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Deux maires, ainsi que six adjonts et dix conseillers municipaux toujour en charge dans les villés d'Anzio et de Nettuno, à environ une heure de route de Rome, auraient eu des relations avec des représentants de la "drangheta" établis dans la région. Nous ne parlons pas de quelques mafieux en "vacances" au centre d'Italie, mais d'un véritable "locale" de la 'drangheta, où avec ce terme on indique une organisation permanente présente sur le territoire, qui répond directement au top management de l'organisation en Calabre. Une sorte de succursale de la maison mère. 
Ce n'est pas rien, car les structures de ce type ne sont pas très frequentes. Normalement, elles sont constituées dans des lieux où la présence mafieuse remonte à bien des annèes, au point d'avoir pu établir une série de liens consolidés avec l'économie et les institutions présentes sur le territoire. 
Et ce sont précisément les liens tissés avec la politique et les élus qui siègent dans les administrations qui suscitent le plus d'inquiétude, car cela indique leur capacité à orienter et à influencer leurs choix.
Contrats, appels d'offres, consultations, gestion des services publics, travaux d'entretien des routes, autant de secteurs sensibles d'une administration qui concernent les utilisations et les destinations des ressources financières collectées par les impôts et gérées par elle.
Le mafieux à la tête de cette organisation Giacomo Madaffari, descendant d'une famille mafieuse tres renommée, a été arrêté avec 65 autres personnes. Le préfet de Rome, Matteo Piantedosi, a adressé au Ministère de l'Intérieur une demande d'intervention de la Commission d'accès. La Commission devra évaluer les actes réalisés par les deux administrations, et établir s'il existe ou non une influence sur les décisions prises. Si tel est le cas, il y aura des raisons de les dissoudre et de les faire gèrer par un commissaire nommè par le prefet, jusqu'aux nouvelles elections. 
Selon les enquetors, les relations avec les elus locaux étaient gerè par un autre membre de la mafia locale, Davide Perronace, également arrêté, fils du boss mafieux Nicola récemment décédé et petit-fils de Pasquale, qui a été élu conseiller municipal pendant plusieurs années et nommè adjont pour les activités productives à Anzio.
Au centre des relations entre politiciens et mafieux se trouverait le maire d'Anzio, Candido De Angelis, élu trois fois de suite maire et qui aurait été candidat avec la Ligue aux dernières elections.
L'accord avec les politiciens élus aurait été basé sur des paquets de voix garantis par la 'ndrangheta. Avec De Angelis, cinq des sept adjonts du Conseil minicipal actuel ont été élus avec des votes mafieux. Mais ce n'est pas tout. En fait, il y a aussi huit conseillers, élus avec différentes listes, qui ont reçu des votes des mafieux arrêtés. Un neuvième conseiller est soupçonné d'avoir offert un soutien en échange de votes dans le cadre d'une série de contrats sur l'île de Ponza. 
La situation du dixième conseiller, Massimiliano Millaci, déjà mis en examen pour trafic de drogue, est plus complexe: il aurait été chargé par un membre de l'organisation mafieuse, Francesco Dionisi, de récupérer l'argent lié à un kilo de cocaïne vendu par Dionisi à Emanuele Ottaviani.
Plus évidents encore sont les liens de l'organisation avec certains des représentants de la mairie de Nettuno, où les mafieux auraient directement participé à leur campagne électorale.
Nous parlons en particulier du maire sortant Alessandro Coppola, qui, selon une interception a été défini par le patron Madaffari comme "son ami".
Toujours à Nettuno, outre le maire, il y aurait au moins un adjont (politiques sociales) et trois conseillers municipaux qui auraient pris des votes mafieux. En particulier le frère de l'une de ces conseillères, Lucia De Zuani, a ètè dèfini par le Ministère de l'Intérieur comme proche du boss de la 'ndrangheta Bruno Gallace.
À ce stade, il convient de préciser que le clan Madaffari dont nous parlons est allié à l'un des plus puissants de Calabre, le clan Alvaro. L'enquete, dans lequel ont été délibérées les arrestations des 65 membres de l'organisation, contient des références à une réunion documentée par les Carabineri, entre les Madaffari et les membres du clan Alvaro. Il s'agirait notamment d'un déjeuner qui a eu lieu début août 2019 dans un restaurant d'Anzio, dèjeuner auquel auraient partecipè Giacomo Madaffari et des représentants de la famille Alvaro, ainsi que le partenaire commercial de Madaffari, Gregorio Spanò.
E ca ce n'était même pas la première fois. Auparavant, le jour du cinquantième anniversaire de Spanò, Spanò lui-même et Giacomo Madaffari se sont rencontrés avec Domenico Carzo. Ce dernier serait le fils d'Antonio Carzo, l'un des principaux membres de la famille Alvaro.
Spanò a également été invité au mariage d'un des membres de la famille Alvaro basé à Rome. Les mariages et les anniversaires seraient donc un moyen de cimenter les liens commerciaux entre les familles mafieuses alliées, comme ce fut le cas dans le film Le Parrain.   
Les Alvaro sont une famille très puissante de la 'ndrangheta, dont l'origine est liée à la ville de Sinopoli, située dans la zone urbaine de Reggio de Calabre. Toutes les familles les plus puissantes viennent de Reggio. 
Déjà au début des années 1990, les autorités internationales avaient enregistré leur présence au Canada et en Australie. C'est là, en effet, que certains membres de l'organisation ont été soupçonnés de l'attentat contre le siège de la police d'Adélaïde en mars 1994, au cours duquel le sergent Geoffrey Bower Leigh a perdu la vie et cinq autres fonctionnaires ont été blessés. (cm)
 

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