Gérard Biard, Zéro Macho et la non-mixité

Journaliste à Charlie Hebdo, Gérard Biard critique la non-mixité du camp d'été décolonial qui s'est tenu fin août. Co-fondateur de l'association Zéro Macho, Gérard Biard pratique la non-mixité puisque son groupe est composé uniquement d'hommes. Contradiction ?

      Une brève signée par ce rédacteur fustige le camp d'été qui aurait eu pour but « d'expliquer à un public génétiquement trié le bonheur de l'entre-soi et de la séparation des identités, qu'elles soient ethniques ou de genre ». Il s'agit bien évidemment de bêtises. Le camp était réservé aux victimes du racisme, le concept de race ou de racisé n'a rien de biologique ou de génétique, il relève d'une construction sociale, comme l'expliquent les deux organisatrices de l'événement (voir texte à ce lien) : « Ce n’est pas un projet de vie, ce sont des universités d’été de trois jours réservées aux personnes directement concernées par le sujet...C’est d’ailleurs ce qui est indiqué sur tous nos supports. Contrairement à ce qu’ont relayé les deux/trois journalistes mal-intentionnés qui ont lancé la “polémique”, nulle part nous n’écrivons que le camp d’été est interdit « aux blancs de peau ». Pour la simple et bonne raison que ça ne veut pas dire grand chose. On ne fait pas de la peinture là, on s’intéresse aux effets de la production de races sociales [1] par le colonialisme européen... »

       Dès lors, la description du camp par Biard comme un centre de triage génétique révèle les fantasmes du rédacteur, et non la réalité de la réunion. Il n' y aurait là rien d'exceptionnel, tant les contempteurs de cet événement se sont arrogé le droit de le critiquer sans analyser la lettre même de la présentation du camp par ses organisatrices. De même, les comparaison finales de l'article (la ségrégation et l'apartheid) ou celle du titre (« Klu Klux Cons »), n'ont rien d'original.

      Ce qui est par contre croquignolet, c'est que Biard est le co-fondateur de Zéro Macho, cette association composée uniquement d'hommes. C'est à dire, si on reprenait la méthode Biard de présentation d'un projet associatif, un groupe qui a « pour but d'expliquer à un public génétiquement trié [J'ignore si l'association accepte les mecs trans] le bonheur de la séparation des identités de genre. » J'ai par ailleurs déjà eu l'occasion de montrer (voir le billet à ce lien) comment les hommes de Zéro Macho visaient à faire taire la parole des femmes qui étaient en désaccord avec eux sur la prostitution : les travailleuses du sexe, en premier lieu, mais aussi les militantes de la lutte contre le sida, du planning famillial, les femmes parlementaires qui s'étaient opposées à la pénalisation du client que Biard and co défendaient, au mépris notamment des impératifs de la lutte contre le VIH.

      Que Biard ne voit pas cette contradiction en dit long sur la suffisance, le sentiment tacite de supériorité, qui anime son discours anti-raciste. Ainsi, on peut se réunir entre hommes pour expliquer aux femmes comment être libres ; et on devrait refuser la non-mixité pour expliquer à des personnes victimes du racisme comment se battre. Gérard Biard, meilleur que les premier-es concerné-es : seul ce constat permet d'expliquer la contradiction flagrante des positions de l'intéressé sur la non-mixité.

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