Le Printemps républicain soutient un obscurantiste contre la santé publique

Pour les municipales, le Printemps républicain soutient la candidature d’un polémiste, Pierre Liscia. Celui-ci doit sa notoriété à une campagne obscurantiste contre un dispositif éprouvé de santé publique, les salles de consommation de drogues à moindres risques.

 Le Printemps républicain a lancé début janvier une charte pour les municipales, proposant à des candidat-es de la signer pour recevoir le soutien du groupe. Mardi, l’association présidée par Amine El Khatmi annonçait la publication de ses premiers soutiens. Ce n’est que vendredi soir que deux noms seulement ont été donnés : Frédérique Calandra, membre fondatrice du Printemps républicain, maire du vingtième arrondissement parisien qui se présente, aux côtés d’homophobes patentés, pour LREM ; et un certain Pierre Liscia, membre du parti de l’homophobe Valérie Pécresse avec qui le Printemps républicain s’est récemment allié, candidat dans le dix-neuvième arrondissement.

Pierre Liscia ne doit sa notoriété qu’à une participation à un show télévisé de Thierry Ardisson sur la chaîne de Vincent Bolloré. Il fait partie de ces politiques qui mélangent engagement politique et spectacle égotiste : son signe de ralliement est par exemple sa moustache, dont la représentation stylisée orne chacune des vidéos. Cela indique bien avec quel sérieux on doit prendre son engagement répété à être au service des autres.

Le ridicule et la mégamomanie ne tuent pas. Le ridicule et la mégamomanie ne tuent pas.

La mégalomanie et le ridicule ne tuent pas. L’obscurantisme en matière de santé publique, si. Pierre Liscia mène une croisade contre les dispositifs de réduction des risques en matière d’usage de drogues, notamment la salle de consommation à moindre risque (SCMR) et les interventions, avec des moyens ridiculement précaires, des équipes des associations sur la dite « colline du crack ».

En 2010, un rapport de l’INSERM évaluait les bilans et études de toutes les salles de consommation existantes et en recommandait l’expérimentation en France. Le gouvernement Fillon refusait de suivre cette recommandation. Parmi les opposantes, la ministre de la recherche Valérie Pécresse, la nouvelle cheffe de Pierre Liscia, la nouvelle alliée du Printemps républicain, faisait valoir son idéologie contre le pragmatisme éclairé.

Pourtant, la littérature scientifique balaie tous les arguments contre. Ainsi, il est inepte d’opposer une action de réduction des risques comme les SCMR et la promotion d’un arrêt de la consommation. L’INSERM avait montré que l’installation de telles salles augmentait à terme l’inscription d’usagers et d’usagères dans des programmes de substitution aboutissant à un sevrage.

De même, les études scientifiques montrent que les salles de consommation réduisent les nuisances pour le voisinage, à l’opposé total de ce que prétend Liscia. Encore faut-il qu’elles soient en nombre suffisant pour éviter un engorgement. Or, pour en ouvrir d’autres, notamment en banlieue, il faudrait un partenariat transpartisan avec l’ensemble des collectivités territoriales, dont la région, présidée par Pécresse.

Le bénéficie politicien des opposants est total : en s’opposant à de nouvelles ouvertures de salles, on renforce l’engorgement de celle qui existe, on crée ainsi des problèmes de voisinage qu’on peut exploiter électoralement dans le cadre d’une classique prophétie auto-réalisatrice. C’est évidemment abject d’un point de vue de santé publique. Et c’est d’une mépris des plus odieux pour les riverain-es.

Instrumentalisant une question complexe, qui nécessite des débats sereins avec l’ensemble des riverain-es, des usagers et usagères, des administrations, des associations, Pierre Liscia en fait un outil de croisade simpliste et politicien visant la seule Anne Hidalgo.

La santé publique et la santé des personnes sont les grandes oubliées de sa croisade. Un premier effet des salles de consommation, qui s’adresse à un certain type de consommateurs, est d’éviter des contaminations aux hépatites virales, des overdoses, des infections, mais aussi de rattacher des personnes totalement déconnectées à un service social et sanitaire. S’opposer à ces salles de consommation, c’est donc militer pour que les personnes les plus précarisées soient encore exclues des soins, c’est militer pour la propagation des hépatites virales, des surdoses, des amputations. Beau sens de l’égalité et de la fraternité que le Printemps républicain nous rabâche, mais qu’il contribue sans cesse à piétinier.

Pierre Liscia méprise les droits fondamentaux. Dans sa vidéo, on voit des compilations anxiogènes de scènes d’injection dans la rue, au mépris le plus total du droit à l’image des personnes visées. Parce qu’elles sont noires, parce qu’elles se droguent, un droit fondamental n’est plus reconnu. Voilà les pratiques que récompense le soi-disant « universaliste » Printemps républicain, qui témoigne ainsi de son peu de cas pour les droits pour tous, et pour les politiques de santé.

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