« Monsieur Corbière, vos propos falsifient la réalité de l’homophobie »

Je publie sur mon blog une tribune initialement parue sur le site Komitid, réagissant aux propos d'Alexis Corbière falsifiant l'histoire des débats sur le mariage pour tous. Je reviendrai bientôt sur ses déclarations au journal raciste, homophobe et sexiste Valeurs Actuelles.

[Tribune parue le 19 décembre sur Komitid]

 

Monsieur,

Sur LCP, interrogé sur le référendum d’initiative citoyenne, vous jugez légitime et souhaitable un éventuel débat remettant en cause l’égalité face au mariage. Vos propos falsifient la réalité de l’homophobie. Ils témoignent par ailleurs d’une vision très inquiétante de l’égalité et de la reconnaissance de toutes les minorités.

Vous affirmez en effet : « si on ne règle pas pacifiquement ces questions là, toute une série de questions reviendront sous une forme beaucoup plus brutale, éventuellement remettant en cause même la démocratie  ». Ainsi, ne pas reconnaitre la parole des opposant.e.s à l’égalité engendrerait de la violence et de la brutalité. On peut légitimement se demander dans quel pays vous vivez depuis 2012 pour tenir de tels propos.

Il faut vraiment être hétérosexuel et ne pas avoir vécu la violence des débats pour oser prétendre que la question du mariage a été « réglée pacifiquement » : nous avons été insulté.e.s quotidiennement, à la télévision, dans les médias ; il nous a fallu subir tous les jours le rappel que nous sommes des citoyen.ne.s de seconde zone dont les droits « peuvent se discuter » ; les agressions rapportées ont explosé au fur et à mesure que l’espace public et les politiques – Hollande, Ayrault, Valls aussi bien que l’opposition – légitimaient la parole des partisan.e.s de l’inégalité, en s’arrêtant en chemin sur la filiation, renonçant à la PMA, en refusant le changement d’état civil pour les trans, bref en nous rappelant encore et toujours la place inférieure que nous devons occuper. Et vous osez parler de « règlement pacifique » ?

Oui, il faut vraiment assumer une profonde ignorance de la réalité et des causes de l’homophobie pour affirmer que la brutalité et la violence viendraient d’un débat empêché. Ce n’est pas la censure d’un débat qui a amené à l’explosion des agressions, mais bien la légitimation par la forme même prise par le débat d’une parole qui fait de nous des dangers pour la famille, les enfants ou la société.

Ainsi, en proposant sans aucun scrupule de remettre en cause à la demande de « certains » l’égalité face au mariage, ce n’est pas l’égalité que vous allez relégitimer, mais bien l’homophobie. En accordant de la légitimité aux homophobes, vous n’allez pas prévenir la brutalité, vous allez la favoriser.

Les questions posées par la journaliste (« faut-il encadrer le référendum, les questions ? ») et l’exemple choisi d’un droit longtemps refusé à une minorité vous donnaient l’occasion d’une réponse exigeante. Vous auriez pu rassurer légitimement l’ensemble des populations vivant des oppressions et confrontées aux inégalités dans tous les aspects de leur vie. Comment l’intérêt et l’égalité de minorités peuvent-ils être pris en compte dans le cadre de tels référendums ? Les critères permettront-ils par exemple de faire avancer les droits des personnes trans et/ou intersexes ? Des travailleurs et travailleuses du sexe ? Des migrant.e.s sans papiers ? Des enfants ? Vous ne nous le direz pas.

Vous avez choisi une réponse démagogique, où une vision – au mieux de surplomb, au pire inconsciemment homophobe – éclate : celle qui passe par une falsification de l’histoire récente, celle où nos droits valent si peu qu’on peut les remettre en cause pour la beauté d’une « démocratie » indifférente à ses minorités.

Depuis plusieurs mois, à la faveur d’un « débat » sur la PMA, les lesbiennes et leur famille revivent la même violence, et on constate une nouvelle hausse des agressions LGBTphobes rapportées. Les premières concernées ont été invisibilisées, et les homophobes se sont vu.e.s dérouler le tapis rouge dans les médias. Cet accès inégal à la parole publique, qui est un des aspects les moins commentés par les politiques qui se prétendent alliés, devrait pourtant vous faire réfléchir quand vous proposez de tels débats, car il montre bien que l’enjeu n’est pas réellement « la confiance dans le peuple », comme vous l’affirmez, mais bien les inégalités qui le divisent et qui font que les règles du jeu référendaire risquent clairement d’être biaisées. Vous fermez les yeux sur ces inégalités et faites ainsi le jeu des oppressions.

Cela augure très mal des débats sur le RIC et il est indispensable et urgent de rectifier le tir. Il est urgent de vous former sur l’homophobie, les minorités et de cesser d’en parler en falsifiant le réel.

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