Quand Emmanuel Pierrat menaçait et insultait une activiste lesbienne

Alors que Denis Beaupin porte plainte pour diffamation contre les journalistes ayant révélé les accusations de harcèlement et de violence sexistes contre lui, je republie ce texte écrit il y a deux ans et qui décryptait les pratiques d'intimidation de son avocat, Emmanuel Pierrat.

cimkyqth

Dans une inversion de la responsabilité et des violences propre à un système judiciaire profondément sexiste, Denis Baupin poursuit des journalistes et des femmes l'ayant accusé de harcèlement et violence sexistes et sexuelles. Le même avocat qui l'avait défendu, Emmanuel Pierrat, mène la charge. La première audience a été marquée par des insultes à l'égard des femmes présentes. C'est ainsi que Lenaïg Bredoux, une des journalistes de Mediapart poursuivie, a été traitée par Pierrat de « mormone en cheffe de cette tribu. »

© lenabred

C'est l'occasion pour moi de republier ce texte, initialement paru sur mon blog sur Yagg, décryptant les pratiques de violences et d'intimidation de Pierrat à l'égard d'une militante féministe et lesbienne, Alice Coffin.

_______________________________________________________________________________________________________

Rappel des faits

Lundi 30 janvier 2017, France 3 diffuse un documentaire consacré à la Manif pour tous. La parole homophobe, présentée sans recul critique, y a la part belle. L'avocat Emmanuel Pierrat décide de dénoncer cette banalisation de l'homophobie sur Twitter. Il en profite pour insulter une des rares militantes féministes et lesbienne interrogée dans le reportage, en l'assimilant aux portes-paroles de la Manif pour Tous :

 

© emmanuelpierrat

L'échange suivant confirme que ce n'est pas une erreur et que l'avocat assume l'amalgame :

© emmanuelpierrat

Comment expliquer que Pierrat calomnie ainsi une militante féministe et lesbienne ?

L'avocat a récemment choisi de défendre Denis Baupin dans le cadre des plaintes pour harcèlement sexuel déposées contre lui par plusieurs femmes. Pour cette défense, il a décidé d'intervenir dans les médias en invalidant la parole des plaignantes. Discréditer une femme qui dénonce les violences qu'elle a subies est une des manifestations les plus courantes du sexisme.

Le 9 octobre 2016, Alice Coffin décryptait les interventions médiatiques de l'avocat dans un texte intitulé « Convier Emmanuel Pierrat à un congrès LGBTI: camarade gay, entends-tu la colère des femmes? » (voir texte intégral à ce lien). Comme ce titre l'indique, l'avocat n'était pas la cible directe du texte. Il était présenté comme le symptôme d'un problème bien plus général. Alice interpellait en fait les organisation LGBT – en réalité, essentiellement gaies, donc masculines et cisgenre – à l'initiative d'un colloque où devait intervenir Pierrat. Bien évidemment, elle analyse en détail les interventions médiatiques de celui-ci, mais elle s'adresse bien aux leaders gays. Elle écrit par exemple  : « Si cela ne pose pas de problème aux représentants institutionnels de la communauté LGBTI de convier un homme qui tient des discours extrêmement graves envers les femmes dans les médias, alors la communauté LGBTI a un problème avec ses représentants institutionnels, et il faut hélas le pointer publiquement. »

Emmanuel Pierrat a choisi de ne pas répondre sur le fond du décryptage de ses discours par Alice, mais par l'intimidation, en annonçant qu'il portait plainte pour diffamation. Une pétition de soutien et d'interpellation des représentant-es LGBT (voir à ce lien) a rassemblé en quelques jours plusieurs centaines de signatures.

Les deux tweets d'Emmanuel Pierrat s'inscrivent donc dans la même logique d'intimidation et de revanche mesquine. Il confirme par ailleurs les analyses d'Alice : en faisant passer une femme qui dénonce les violences faites aux femmes pour une homophobe, bref pour une coupable, Pierrat agit exactement comme il l'a fait avec les plaignantes de l'affaire Beaupin. En reprenant à son compte un procédé sexiste de disqualification de la parole d'une femme dénonçant les violences sexistes.

Mesurer les conséquences des violences d'Emmanuel Pierrat

Assimiler une militante des droits des femmes et des personnes LGBT à la Manif pour tous est une insulte. En tant que femme et lesbienne, Alice doit subir quotidiennement le sexisme et la lesbophobie ordinaire. En tant que militante, elle doit subir la hargne des homophobes et des sexistes. Se réclamant de nos combats (il a été l'avocat de Aides, des mariés de Bègles), Emmanuel Pierrat renchérit sur ce concert de haine avec sa menace de plainte et ses invectives. Cela mérite toute notre attention : nous ne sommes pas suffisamment nombreux-ses ni suffisamment fort-es pour nous permettre de ne pas prendre soin des un-es et des autres face à de telles méthodes.

C'est par ailleurs un dévoiement des combats contre l'homophobie. Si nous nous battons collectivement pour que l'impact de ces discours de haine soit reconnu dans la sphère publique, ce n'est pas pour qu'un avocat s'en serve afin d'invalider le discours d'une militante féministe envers qui il a une rancœur personnelle, alors qu'il n'a été critiqué que comme symptôme d'un sexisme structurel, et qu' il ne veut et/ou ne peut répondre sur le fond des arguments qu'Alice lui a opposés. Accepter que la Manif pour tous ne soit plus l'objet d'un discours de dénonciation de l'homophobie, mais un prétexte pour disqualifier quelqu'un avec qui on n'est pas d'accord, c'est tout simplement banaliser l'homophobie. A ce titre aussi, les propos d'Emmanuel Pierrat doivent être combattus.

(...)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.