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Billet de blog 5 nov. 2017

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Voeux républicains

Je témoigne ici des insultes et menaces que me valent sur Twitter mes engagements contre le sida, les LGBTI-phobies et l'islamophobie. Ces messages de haine proviennent non seulement de l'extrême-droite identitaire, mais aussi d'un front républicain dévoyant la laïcité.

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J'ai reçu ces messages au cours des derniers mois. Ils vont de la remise en cause de ma légitimité à parler d'homophobie à l'appel au meurtre, en passant par l'invective homophobe, notamment à caractère sexuel, l'assimilation des  musulmanEs et des migrantEs à des homophobes, celle du CCIF1 à « l'islamisme » et au terrorisme. Je ne suis pas le seul visé. Derrière les attaques homophobes, c'est une violence islamophobe, raciste, qui s'exerce à l'encontre de celles et ceux qui vivent et se battent contre les discriminations que tolère la République.

Le premier type de message que je reçois fréquemment vise à souligner l'incohérence qu'il y aurait à lutter contre l'islamophobie et l'homophobie, ce que mon parcourt dément (lire le texte de mon précédent billet à ce lien). Voici par exemple le tweet reçu cet été :

Ainsi, cet élu PS, adhérent au Printemps républicain, se sent légitime à dire qui peut ou non parler d'homophobie tout en assimilant le CCIF à des islamistes. Homosexuel, je peux vivre l'homophobie ; adhérent au CCIF, je ne peux pas en parler.

Quelques heures après la publication du billet sur mes engagements, un médecin pointait à nouveau l'incohérence qu'il pense y voir :

Là encore, ce médecin fait de celles et ceux qui luttent contre les discriminations à l'égard des musulman-es des islamistes homophobes. Ce médecin, que j'avais dû reprendre il y a quelques temps pour l'usage d'un terme homophobe dont il contestait la portée, se pense donc légitime à distribuer des bons points en homophobie. Il n'a de toute évidence pas lu le texte (il en a le droit), mais le commente de cette façon alors qu'il ne peut ignorer l'immense insulte qui l'illustre et qui m'est destinée. Son silence à ce sujet est très significatif sur sa capacité à lutter contre l'homophobie et sur son sens des priorités.

L'accusation d'incohérence se retrouve aussi dans les comptes d'extrême-droite comme celui-ci. L'appel à l'auto-censure y est à plus clair que dans le précédent :

Dans le message suivant, d'un compte qui se dit « Laïc, chroniqueur intransigeant avec la loi et le droit, méfiant à l'égard de la morale et du sophisme. » et qui aligne les généralisations racistes, on me dit musulman.... :

Je ne suis pas musulman. Je suis athée. Mais Supposer qu'un gay ne puisse pas aller à la mosquée, c'est tirer de son orientation sexuelle un type de comportement et des convictions. C'est homophobe. Estimer que les musulmanEs sont dangereux pour les personnes LGBT+ est raciste, mais aussi, comme je l'expliquais à la fin de mon post précédent, homophobe, puisque cela empêche de prendre conscience que l'homophobie traverse toute la société.

On en a une nouvelle preuve dans le message suivant, où mon appartenance au CCIF est invoquée... au sujet de Valérie Pécresse :

En juillet 2017, la présidente de la région tient un discours à une conférence internationale  contre le sida à Paris, alors qu'elle s'est rendue complice de l'épidémie par son homophobie, son alliance avec Sens Commun (mouvement qui avait appelé à la censure d'une campagne de prévention du VIH auprès des hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes) et son opposition passée à l'ouverture des salles de consommation à moindre risque pour les usagErEs de drogues. Je l'interpelle à ce propos (après avoir co-signé une tribune sur le même sujet qu'on peut lire à ce lien). En faisant intervenir le CCIF sur un sujet qui n'avait rien à voir, ce message dédouanne Valérie Pécresse et Sens commun de ses responsabilités. On voit bien qu'ici l'islamophobie vient en soutien de l'homophobie et du déni des enjeux de la lutte contre le sida.

Dénoncer une éventuelle incohérence politique est une chose. Le faire pour masquer l'homophobie d'une responsable politique au pouvoir en est une autre. Mais ce tweet se conclut par une remarque stigmatisant les schizophrènes. Transformer une opposition politique ou idéologique en marque de folie est un procédé courant, qui n'en est pas moins violent pour toutes les personnes concernées. A ce titre, il est handiphobe. Il a encore été utilisé ce matin, en réaction à ma tribune :

Dans d'autres cas, l'accusation d'incohérence cède la place à une théorie du complot. On apprend dans ces tweets que je suis membre du PIR, ce qui n'est pas le cas, et que ce parti et le CCIF ont fait de l'entrisme à Yagg, site d'information LGBT+.

Ce compte illustre bien comment une certaine défense de la République contre les minorités fait le lien entre une sacralisation de l'universalisme et l'extrême-droite : « les salafistes est (sic) une minorité comme les gays, ils sont donc des alliés ». Et on retrouve l'handiphobie déjà rencontrée chez les « républicains laïques ».

Tous ces procédés, et d'autres bien plus violents, ont été utlisés ces derniers jours par Fatiha Boudjahlat. Cette enseignante, co-fondatrice avec Céline Pina du mouvement « Viv(r)e la République » fait intervenir mon homosexualité dans une discussion qui n'a rien à y voir.

 Mon homosexualité, et mon adhésion au CCIF deviennent un prétexte pour me disqualifier dans une discussion concernant la laïcité et le droit de la presse. C'est une stratégie homophobe. Refusant de justifier pourquoi elle me réduisait à mon orientation sexuelle, Boudjahlat va plus loin. Dans les messages suivants, on retrouve l'accusation d'incohérence, de bêtise, qui alterne avec celle de l'homophobie :

 L'intéressée fut au Bureau national du MRC, se déclare chevénementiste. Jean-Pierre Chevénement s'est opposé à l'ouverture du mariage et de la PMA. Boujahlat est donc bien placée pour parler d'homophobie et d'incohérence. On notera au passage qu'elle affirme que le CCIF défend « une vision de l'islam qui interdit l'homosexualité ». Or le CCIF lutte contre les discriminations et les violences islamophobes, et ne défend aucune vision de l'islam.

Dans d'autres tweets la violence de la co-fondatrice de Vi(r)e la République monte d'un cran et elle me rend responsable des persécutions des homos en Tchétchénie :

Vérification faite, ce 5 novembre 2017, ce tweet est le seul que Fatiah Boujahlat a consacré aux gays en Tchétchénie. Le 12 avril 2017, elle consacrait un commentaire à la situation qui généralisait la persécution des gays à la situation de tous les Tchétchènes « dans cette dictature ».

Elle ne se préoccupe donc pas de leur sort, si ce n'est pour dire du mal des musulmanes et me disqualifier dans un débat qui concernait la laïcité et le droit de la diffamation. Une telle instrumentalisation des martyrs tchétchènes disqualifie tout « universalisme » républicain prétendu.

Mais Boujahlat va plus loin, et associe ces calomnies (après les homos techétchènes, elle me rend responsables des hommes tués par Daesh) à des menaces à peine voilées :

Dans sa conception, voyager en Iran devrait revenir à me faire réprimer, ce qui m'apprendrait une bonne leçon. Et subir la loi islamique reviendrait, selon sa logique, à me faire enfermer, torturer, tuer. La co-fondatrice d'Ouv(r)ir la République souhaite donc ma mort, en tant qu'homosexuel qui ait le malheur de ne pas être d'accord avec elle sur la laïcité. Se rend-elle compte de la violence qu'elle exerce ? Des réactions que pourraient avoir de jeunes homos en lisant ces horreurs ?

Boudjahlat ne fait que mobiliser une stratégie courante. Cet appel à la violence envers les personnes LGBT qui combattent le racisme hors des clous fixés par la République est fréquent. Difficile, là encore, de savoir si la "plaisanterie" suivante vient de l'extrême-droite ou d'un « républicain » :

Quand le collectif queer CLAQ a déployé une banderole dénonçant la politique migratoire de Macron (voir le dossier de presse à ce lien), son compte Twitter a reçu le même type de message par dizaines. En voici deux exemples :

 Reste enfin une dernière série de messages.

Extrême-droite et « laïques républicainEs » se retrouvent aussi pour lancer des invectives homophobes et racistes à connotation sexuelles. Pour ces personnes, un homosexuel ne peut défendre les musulmans que parce qu'il veut « se faire tourner par des arabes », « sucer ou se faire sucer » par les islamistes. Pédé, je suis réduit à une machine qui veut du sexe. Et les « arabes » ou « islamistes » seraient des fantasmes sexuels.

L'orientation sexuelle et l'homme arabe lancent la machine à fantasmes de ces racistes homophobes. Ils réactivent ainsi les clichés entretenus par l'OAS et ses soutiens après l'indépendance de l'Algérie, décrite par Todd Sheppard dans son livre Mâle Décolonisation (Editions Payot).

Cet athée prouve ainsi qu'il n'y a pas besoin d'être un religieux pour être homophobe :

Ce compte, qui promet dans sa bio du « trolling systémique », propose le même registre :

La blague homophobe fait beaucoup rire ses relais « laïques » et « républicains » qui enchainent sur d'autres considérations racistes à caractère sexuel :

Ce matin, ce compte, « kikkino », se félicitait que son tweet illustre mon billet précédent :

Elle se félicite d'être une raciste déguisant sa haine sous l'alibi d'une critique (par ailleurs, chez elle, particulièrement paresseuse) de la religion. Elle oublie que son tweet est autant raciste qu'homophobe. Difficile, dès lors, de faire la différence entre ses blagues républicaines et les blagues de l'extrême-droite. Saurez-vous faire la différence dans ces trois derniers messages ?

1Je suis adhérent au CCIF et ancien activiste à Act Up-Paris. Ce texte n'engage que moi.

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