Pour Bouvet des violeurs célèbres ont plus de droits que des lycéens de banlieue

La présomption d'innocence n'est pas un principe universel pour le fondateur du Printemps républicain.

selection-999-429

Lors de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn, le cofondateur du Printemps républicain Laurent Bouvet proclamait sur Facebook : « nous sommes tous strauskhanien ». Le 15 novembre dernier, alors que l'ancienne ministre Juliette Méadel twittait son indignation face au jugement acquittant Georges Tron, Laurent Bouvet défendait le principe du bénéfice du doute :

© laurentbouvet

Ces deux exemples le montrent : présomption d'innocence et bénéfice du doute sont au cœur des préoccupations de Laurent Bouvet quand il s'agit de plaintes pour viol.

Les images de l'arrestation humiliante de 151 jeunes à Mantes-la-Jolie le jeudi 6 décembre inspirent à Laurent Bouvet ce commentaire tôt le lendemain : « À Mantes-La-Jolie, les forces de l’ordre ont fait leur travail. Il faut les en féliciter avant de s’indigner devant les arrestations. Ce ne sont pas des « enfants » qui cassent, brûlent et mettent des vies en danger, les leurs notamment. Ce sont des délinquants. »

© laurentbouvet

« Délinquants » : ces jeunes avaient-ils donc déjà été jugés ? Les 151 lycéens avaient-ils donc commis un délit ? Le souci de présomption d'innocence a disparu. Calquant son discours sur la seule version policière, le politologue peut ainsi enchainer des messages affirmant sans le moindre doute la culpabilité de toutes les personnes arrếtées : « Des mineurs qui allaient faire sauter des bouteilles de gaz pour détruire leur lycée avec leurs camarades autour... Sans doute. Mais je préfère, comme leurs parents, qu'ils soient eux-mêmes encore en vie. »

© laurentbouvet

Nulle place n'est accordée à la présomption d'innocence ou au bénéfice du doute. Tous sont coupables. Concernant cette arrestation, et plus généralement la gestion policière des manifestations, les seules valeurs sont l'ordre républicain, confondu au seul ordre policier, et la maxime « force doit rester à la loi » :

© laurentbouvet

© laurentbouvet

© laurentbouvet

Qu'importe à Bouvet si cette défense de l'ordre républicain se fait au prix d'arrangements avec la vérité : non, tous les mineurs n'étaient pas relâchés au moment où il twittait. Oui, des versions contradictoires (qu'un ordre réellement républicain devrait prendre en compte) montrent que de nombreux jeunes arrêtés n'étaient que des badauds arrêtés devant les grilles du lycée, ou indiquent que la position humiliante a été prolongée deux heures.

Qu'importe également au politologue si la maxime « force doit rester à la loi » ne s'applique pas aux policiers qui filment et humilient, qui refusent médecin et avocat pendant la garde à vue, qui parquent les jeunes à quinze dans des cellules de cinq, qui prolongent pour des motifs indus les gardes à vue. Bouvet n'évoque même pas ces faits en dehors du film, parle à ce propos de « faute », et estime que ces « excès » seront « sanctionnés » (car tout le monde sait à quel point il est facile de faire sanctionner les abus policiers en France) – mais cela ne change en rien son jugement sur les « délinquants » déjà coupables, ni sur le rôle de la police dans la défense d'un « ordre républicain » où la dignité d'un gardé à vue et le droit à la défense sont bafoués.

Rien de cela n'est étonnant quand on connait les « méthodes » de travail de Laurent Bouvet, ni quand on lit son dernier billet co-écrit pour le think tank « L'Aurore », qui prône le recours aux dispositions prévues par la loi constitutionnalisant l'état d'urgence, condamnées par toutes les associations de défense des droits humain. Alors que des camions blindés et un état de siège militaire sont les seules réponses à des manifestants demandant à un président illégitime plus de justice sociale, on ne s'étonnera pas que le politologue milite pour une politique de pure répression - la vacuité des propositions sociales et politiques de ce billet le prouve.

Mais on retiendra avant tout que la présomption d'innocence et le bénéfice du doute, prioritaires pour DSK ou Tron, ne sont plus valables pour les jeunes arrêtés lundi.

Pour Laurent Bouvet, des violeurs célèbres ont plus de droits que des lycéens de banlieue.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.