Les médias de Bolloré se sont construits sur la censure

Alors que les employés de Vincent Bolloré, Hanouna, Praud, Ardisson, justifient de produire ou relayer obscurantisme, sexisme, racisme ou homophobie au nom de la liberté d'expression, rappelons que les profits de leur employeur tiennent à un système qui repose sur la censure.

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Les employé-es de Vincent Bolloré nous vendent la liberté d'expression comme produit d'appel d'un système d'oppressions qui assure audience et profits à la chaîne. Pour justifier un traquenard homophobe, des agressions sexuelles ou la promotion de la culture du viol, Hanouna décline la liberté d'expression à toutes les sauces : droit à l'humour, à la drague, au débat contradictoire. Chez Praud ou Ardisson, la liberté d'expression autorise l'islamophobie la plus crasse. Toujours chez Praud, elle autoriserait à remettre en cause la réalité du réchauffement climatique (auquel les activités de Bolloré apportent leur contribution) : « ici on laisse dire les choses avec lesquelles on n’est pas d’accord», clame ce lundi Elisabeth Lévy, soutenue par l'animateur, quand leur invitée, Claire Nouvian, se scandalise qu'on puisse ainsi remettre en cause un ferme consensus scientifique. Au nom de la libre contradiction, Praud laisserait-il poser comme hypothèse crédible que la terre est plate ou que l'évolution est un mythe ? Il est vrai que parler de « liberté d'expression », plutôt que de travailler rigoureusement les données, est assez pratique quand on veut vendre du racisme.

La preuve est vite faite que la liberté d'expression n'intéresse pas les employé-es de Bolloré. Quand Claire Nouvian tient tête à Lévy et Praud, ces deux-là s'emportent, l'empêchent de parler, la couvrent d'invectives sexistes. Le même Praud interdit au rappeur Rost de parler de racisme sur son plateau, en lui hurlant dessus. Hanouna a interdit à ses chroniqueur-ses de réagir dans la presse au canular homophobe et fait pression pour que le Parisien ne publie pas dans sa version papier un article critique sur lui.

Ce sont les agissements conformes aux principes de leur patron. Certes, ni C8, Cnews ou Canal + ne sont les seules chaines à reposer financièrement sur une telle production d'oppressions et la promotion des inégalité, ni à les justifier par une liberté d'expression dévoyée. Mais le groupe Bolloré a ceci de particulier qu'il s'est construit, encore plus que tous les autres empires médiatiques, sur les ruines de la liberté d'expression : mise au placard d'une diffusion cryptée, puis suppression (justifiée à l'antenne par Pascal Praud) des Guignols de l'Info, jugés notamment trop critiques envers Sarkoy ; censure sur Canal Plus d'un documentaire sur le Crédit Mutuel ; mainmise sur la rédaction d'I-Télévision après une purge sans précédent des journalistes qui réclamaient leur indépendance au moment de la transformation en Cnews ; autopromotion des activités de Bolloré en Afrique, au mépris de la déontologie et en faisant taire la rédaction de Canal Plus ; procès-baillons systématiques contre des ONG ou journalistes de Bastamag, Mediapart, Radio France, France 2, etc. (voir la liste des plaintes à ce lien) qui enquêtent sur ces mêmes activités en Afrique ; etc.

La pratique systématique de la censure est directement adossée aux intérêts financiers de Bolloré. A ce titre, ses employé-es n'ont aucun droit à invoquer la liberté d'expression pour justifier la production de discours de haine, d'obscurantisme et d'inégalités. Piétiner le consensus scientifique sans aucun élément que ses préjugés stupides, ce n'est pas recourir à la liberté d'expression, c'est propager obscurantisme, militer pour les catastrophes écologiques et exonérer son employeur et ceux de sa classe sociale de toute responsabilité. Non, quand on invoque la liberté d'expression pour les seuls racistes, homophobes et réactionnaires et en privant les autres voix d'un accès à la parole publique, on ne défend pas la liberté d'expression : on milite ouvertement pour le racisme, l'homophobie, et. Et non, on ne défend pas la liberté d'expression en tirant profit d'un système qui repose sur la censure.

Il est donc nécessaire de refuser aux employés de Bolloré toute légitimité à invoquer la liberté d'expression. Ne débattons pas avec eux, ils ne veulent pas de débat. Ne faisons pas de pédagogie avec eux : ce n'est pas par ignorance qu'ils produisent racisme, obscurantisme, haine de classe, LGBTI-phobies ou sexisme. Ils le font parce qu'ils le peuvent et que cela rapporte, en clashs conduisant à des audiences, en recettes publicitaires : faisons en sorte que cela leur coûte plus, à eux et à leur employeur. En faisant pression sur les annonceurs pour qu'ils cessent de les financer – cela a été en partie efficace après le traquenard homophobe d'Hanouna ; en rappelant, à chaque fois qu'ils invoquent la liberté, leur complicité intéressée à un système de censure, les exactions de Bolloré en Afrique, dont ils refusent de parler, les procès-baillons que leur patron intente aux journalistes sans que ces animateurs ne manifestent la moindre solidarité.

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