Bruno Beschizza, le Donald Trump du 93

Maire LR d'Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza s'est rendu célèbre en censurant des affiches de prévention du VIH représentant des couples d'hommes. Cette mesure homophobe avait été annulée par la justice. Cela n'empêche pas l'édile de fuir ses responsabilités et d'intimider ses opposantEs politiques par une plainte en diffamation.

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Mardi 9 janvier 2018, des éluEs d'Aulnay-sous-Bois ont été mis en examen pour diffamation : ils et elles avaient dénoncé la censure d'une campagne de prévention du VIH représentant des couples d'hommes en appelant un chat, un chat, et cette interdiction, un acte homophobe. Le maire de la ville, Bruno Beschizza avait pris un arrêté justifiant la décision par de possibles « troubles à l'ordre public », le caractère « immoral » des affiches et le danger pour les mineur-es.

Cet arrêté était évidemment homophobe. De nombreuses affiches publicitaires mettent en scène des couples hétérosexuels, plus dénudés et dans des positions bien plus suggestives que celles de la campagne de prévention, et le maire ne les a pas fait annuler. C'est donc bien le fait que ce soit deux hommes qui pose problème à Beschizza. Oser justifier la censure d'une campagne de santé publique en affirmant que la vue de deux hommes s'enlaçant est un danger pour les enfants est d'une homophobie des plus crasses. Le seul danger ici pour les enfants, c'est la fausse pudeur et la vraie homophobie d'un responsable politique qui entend les empêcher de s'informer sur la sexualité et ses risques, et qui les expose ainsi à une contamination future à des IST.

L'arrêté avait été annulé par le tribunal administratif. Un an plus tard. La justice laisse donc toute latitude à un homophobe pour agir au mépris de la santé de ces administréEs. Et le suit quand il fuit ses responsabilités et intimide les éluEs de l'opposition qui ont dénoncé sa mesure homophobe.

 

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Même si j'attends avec impatience le moment où Beschizza essaiera de montrer à la Cour que sa censure n'est pas homophobe alors qu'une ministre de la santé et les associations concernées ont dit le contraire ; même si je me réjouis à l'idée qu' il ait à expliquer pourquoi il a maintenu sa plainte contre ses opposantEs politiques alors qu'il l'a abandonnée contre des militantEs associatifVEs qui avaient porté le même discours contre son homophobie, je sais qu'une plainte, notamment en diffamation, n'est jamais une occasion pertinente pour faire avancer nos droits, et reste une expérience des plus éprouvantes pour les personnes qui la subissent indument.

En plein conseil municipal, sommé de s'expliquer sur cette plainte, Bruno Beschizza avait dit en décembre dernier (voir cet article du Parisien) : « Lorsque l’on utilise un mot, on fait attention au sens, car on sait que cela peut être porté en justice et se retourner contre soi » On reconnait là la stratégie habituelle des homophobes : restreindre le plus possible la portée du mot « homophobie » pour se dédouaner de la violence qu'on véhicule.

La justice n'est pas « par nature » du côté des militantEs LGBT. La récente décision de la Cour de cassation, qui a annulé la condamnation de Christine Boutin, les va-et-vient d'Act Up-Paris avec les homophobes de la Manif pour tous, le prouvent. Ce sont bien les rapports de force qui font avancer les choses. D'où la nécessité de dénoncer publiquement la cuistrerie de cet édile, qui non seulement place ses représentations homophobes avant les impératifs de santé, mais voudrait par ailleurs interdire qu'on le rappelle à ses responsabilités.

On doit le rappeler : cette campagne était importante à plus d'un titre, et cela rend l'acte de cet élu, et de ses collègues LR, d'autant plus grave. D'une part, car pour la première fois, répondant enfin à une revendication de plus de vingt ans d'Act Up-Paris, reprise ensuite et documentée par l'ensemble des recommandations scientifiques et institutionnelles, elle s'adressait dans l'espace public, et non seulement dans des lieux et médias communautaires, aux hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (terminologie officielle plus englobante que « gays »). D'autre part, car elle était une première incarnation d'ampleur de la promotion de la prévention dite combinée, qui évoquait autant le préservatif que les nouveaux outils comme les PrEP.

Pour toutes ces raisons, la censure était un acte irresponsable et malveillant, qui empêchait les personnes concernées d'avoir accès à une information récente sur le VIH, et de choisir le meilleur outil pour se protéger. La justice française donne à Beschizza les moyens de se retrouver en situation de plaignant, alors que c'est à lui de rendre des comptes sur une décision qui met en danger les homosexuels en entravant l'information et la sensibilisation qui leur sont destinées.

Donald Trump vient de congédier l'ensemble des conseillErEs sida de la Maison Blanche : sa vision des politiques sexuelles et des drogues, obscurantistes, ne s'accordaient pas avec les données scientifiques sur lesquelles ils et elles fournissaient leurs recommandations. Bruno Beschizza est un Donald Trump du 93, pour qui les homosexuels n'ont pas assez souffert du sida, qui est prêt à sacrifier la science et leur santé pour faire valoir son homophobie, et, lâche comme tous les vendeurs de haine, intimident celles et ceux qui pointent ses responsabilités.

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