De Laurent Bouvet au Rassemblement national

On ne peut combattre le racisme du RN sans combattre le racisme républicain.

Vendredi 11 octobre, un élu RN de la région Bourgogne Franche-Comté se vante sur les réseaux sociaux d'avoir humilié publiquement une femme portant le voile : « Au nom de nos principes républicains et laïcs, j’ai demandé à Marie-Guite Dufay [la présidente du conseil régional] de faire enlever le voile islamique d’une accompagnatrice scolaire présente dans l’hémicycle. Après l’assassinat de nos 4 policiers, nous ne pouvons pas tolérer cette provocation communautariste. ». Ce commentaire accompagne une vidéo où on le voit en séance interpeller cette femme devant les enfants qu'elle accompagne, notamment le sien.

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Or, les « principes républicains et laïcs » qu'invoque l'élu autorise le port de ce voile. Le Conseil d'état a rappelé en décembre 2013 que les parents accompagnateurs n'étaient pas tenus au même devoir de neutralité que les enseignant-es. De même, l'assimilation du port du voile à un acte terroriste relève de l'appel à la haine islamophobe.

Il y a trois semaines, Laurent Bouvet laissait lui aussi entendre que la laïcité interdirait le port du voile aux accompagnatrices de sorties scolaires. Et, au nom de « l'humour », il assimilait des mères portant le voile aux terroristes en relayant un détournement d'une affiche de la FCPE. C'est à ce titre qu'il est poursuivi par cette organisation et le CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France).

Il y a une équivalence totale entre les discours de Laurent Bouvet et celui du RN. On ne peut s'indigner du deuxième sans pointer la responsabilité du premier. L'instrumentalisation raciste de la laïcité, et l'assimilation du port du voile au terrorisme sont le fait de militant-es se réclamant des valeurs de la République avant d'être le fait de l'extrême-droite, qui a traditionnellement toujours combattu la laïcité. Ce sont bien les polémistes dits républicains qui ont falsifié la laïcité au point que l'extrême-droite puisse s'en saisir.

On voit aussi l'usage commun qui est fait de termes fourre-tout et sans rigueur : « communautariste », dans le cas présent, « islamiste », très souvent chez Bouvet, qui permet de donner l'impression qu'on ne cible pas tous les musulman-es. Mais si « islamiste » désigne autant un acte de femmes revendiquant le droit de porter le burkini à la piscine que des terroristes, on voit bien qu'il sert, dans les faits, à désigner potentiellement tout musulman. Ces mots encodent de façon respectable des visions racistes de la société.

Les militant-es du Printemps républicain aiment à disqualifier les antiracistes politiques en les assimilant à l'extrême-droite avec des concepts aussi peu opératoires que « la tenaille identitaire » ou « les idiots utiles du RN ». Cet exemple, après tant d'autres où cette organisation et ses allié-es se réclamant de l'universalisme ont porté les mêmes croisades que l'extrême-droite (contre les libertés académiques et des colloques universitaires, contre le camp d'été décolonial, contre les collectifs féministes Mwasi ou Lallab, contre Sud Education 93, etc.), montre qui tient vraiment la tenaille identitaire, et qui se fait l'allié néfaste du RN.

Alors que la « société de vigilance » appelée par Emmanuel Macron à la suite des assassinats de la Préfecture de police se traduit par des appels à la délation fondée sur la simple religiosité de musulmans, alors que nous sommes collectivement en train de donner à Daesh ce qu'elle veut, l'exclusion, à peine déguisée par des mots comme islamistes, de touts les musulmans, l'affichage qu'ils n'appartiennent pas à la République, le renforcement d'une opposition binaire construite par le racisme islamophobe, on ne peut pas se contenter d'une dénonciation de l'extrême-droite. Jamais celle-ci n'aurait sa place en France sans les croisades des faux universalistes républicains comme Laurent Bouvet.

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