Gérald Darmanin et l'embrigadement religieux

Le ministre ment ouvertement sur une supposée déscolarisation de petites filles musulmanes et évoque un «embrigadement religieux». Il sait de quoi il parle: il a manifesté avec La Manif pour Tous et l’Église contre les droits des homosexuel-les, ou la prévention du sexisme à l'école.

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Ce matin, le ministre des comptes publics résume en un tweet une de ses interventions télévisées : « Le problème aujourd’hui, c’est que des petites filles sont déscolarisées. Elles ne vont ni à l’école de la République ni dans des écoles privées sous contrat. Il faut s’assurer que tous les enfants suivent une scolarité qui ne soit pas un embrigadement religieux. »

Ce sont les familles musulmanes qui sont visées par ce membre du gouvernement. Toujours elles, encore elles.

Darmanin reprend une intox produite par Jean-Michel Blanquer à la rentrée. Ni l'un, ni l'autre ne produisent de sources, que la loi, qui encadre sévèrement les statistiques sur les croyances des personnes, interdit a priori. Et les chiffres d'un rapport de l’Éducation nationale prouvant une plus forte scolarisation des petites filles invalident leur mensonge.

Bien sûr, le ministre n'évoque pas les cas de déscolarisation massive et réelle dont son gouvernement est responsable : pour les enfants rrom, les allophones, les enfants handicapé-es, etc. Il ne dit pas non plus qu'il fait diminuer de moitié les fonds sociaux qui aident les élèves et les familles les plus précaires, et participent concrètement à prévenir des phénomènes de déscolarisation.

Gérald Darmanin évoque un « embrigadement religieux ». Il est bien placé, lui qui a accompagné la croisade de l'Eglise et de la Manif pour tous contre les droits des homosexuels.

Gérlad Darmanin a donc manifesté aux côté de religieux, comme ce grand défenseur des violeurs d'enfants qu'est le toujours cardinal Barbarin. Il a annoncé en 2013 que s'il était élu maire de Turcoing, il refuserait de marier deux hommes ou deux femmes au nom de ses convictions. Faire passer ses croyances au-dessus de la loi, n'est-ce pas de « l'embrigadement religieux ». Mais comme il ne s'agissait pas d'islam, l'homophobie de Darmanin n'a pas été punie, elle a été récompensée par un poste ministériel.

Il a participé à l'humiliation généralisées des homos, bi, trans, queers et intersexes, qui s'est traduite par une explosion des agressions rapportées. Il a apporté une caution à une croisade qui a abouti au retrait des ABCD de l'égalité, ces outils pédagogiques de lutte contre le sexisme à l'école. Mais c'est aujourd'hui au nom de la défense de petites filles, victimes supposées d'un patriarcat forcément musulman, qu'il ment aujourd'hui, ou que Blanquer proposait hier de ficher les enfants refusant de donner la main à des enfants de genre opposé.

Ces propos ont la même cohérence qu'un joueur de scrabble prétendant avoir fait mot compte triple avec des pions du Rumik Cube. Le ministre pense avoir le droit à l'incohérence dès qu'il s'agit de musulman-es. Il pense qu'il peut mentir pour diffamer des familles et agiter le spectre du fanatisme religieux à propos de l'islam, et faire oublier qu'il a participé à un fanatisme religieux bien réel.

Image de Une : Jacques Paquier [CC BY 2.0]

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