Les agressions policières contre les travailleuses du sexe et les militantEs de terrain feront-elles réfléchir les anti-pute ?

Manifestation mercredi 17 décembre – 18 h – Place BellevilleDemain se tient la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux travailleur-ses du sexe. A cette occasion, le Strass, syndicat du travail sexuel, appelle à manifester.

Manifestation mercredi 17 décembre – 18 h – Place Belleville

Demain se tient la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux travailleur-ses du sexe. A cette occasion, le Strass, syndicat du travail sexuel, appelle à manifester. Pour fêter dignement l'événement, des policiers ont décidé hier soir d'agresser sans raison un des fondateurs du syndicat et une prostituée à qui il distribuait préservatifs et tract d'appel sur le boulevard Barbès ».

Voici ce qu'indique le communiqué du Strass : « Il lui a été reproché d’avoir parlé à une travailleuse du sexe. Deux policiers en civil ont alors commis des actes de violences à son encontre allant jusqu’à l’étrangler et l’étouffer. Il a été menotté les mains dans le dos et conduit au commissariat de la goutte d’or sans se voir notifier les motifs de son arrestation et sans avoir été en mesure de demander l’assistance d’un avocat. La travailleuse du sexe à qui il a parlé et remis des préservatifs a également été arrêtée et emmenée dans le même commissariat. Des propos homophobes puis racistes ont été tenus lors de l’arrestation tels que « c’est à cause de gens comme vous que des mamas font venir des africaines pour se prostituer en France ». Thierry Shaffauser à été examiné par un médecin des urgences médico-légales qui lui a délivré 4 jours d´ITT et a constaté de nombreuses lésions directement liées aux conditions disproportionnées et violentes de son interpellation. »

Mes premières pensées sont pour les deux victimes de cette nouvelle agression policière. J'espère qu'elles s'en remettront, autant qu'on peut se remettre d'une telle confrontation à l'arbitraire et la violence injuste.

Je pense ensuite à toutes les travailleuses du sexe victimes d'abus policiers ; je pense à celles victimes de violences de la part de clients ou de passants, et qui ne sont pas soutenues par les forces de l'ordre ni le système judiciaire. Le lundi 12 décembre, par exemple, l'association lyonnaise Cabiria indiquait avoir été témoin, au cours d'une de ses tournées, d'une agression par cinq hommes d'une travailleuse du sexe. Les militants ont essayé de les en empêcher, et d'appeler la police : il aura fallu répéter l'appel quatre fois pour qu'elle se déplace.

Je remarque ensuite qu'aucune association abolitionniste, de celles qui prétendent pourtant œuvrer pour le bien-être des travailleuses du sexe, ne réagit contre ces agressions. Cela peut d'ailleurs se comprendre de la part du Nid, chef de file des abolitionnistes-prohibitionnistes. Les responsables de cette association catholique (qui refusent de distribuer des préservatifs depuis le début de l'épidémie de sida, qu'elle a ainsi favorisée au sein des travailleurses du sexe) doivent être ravi-es qu'on arrête quelqu'un parce qu'il distribue des capotes aux putes. Et puis, le Nid n'étant pas visible sur le terrain, on comprend que ses responsables ne s'effraient pas d'une telle arrestation. Silence aussi chez les responsables politiques abolitionnistes. Pas un mot sur cette agression, pas une parole contre les abus policiers dont sont victimes, quasi quotidiennement, les putes.

De fait, les abolitionnistes-prohibitionnistes, les Nid et consorts, se trouvent pris dans une drôle de contradiction. Soit ils/elles se taisent, comme ils/elles l'ont toujours fait. Cela revient à cautionner, donc entretenir les violences contre les travailleurSEs du sexe. Comment concilier ce silence et leur grand discours sur leur volonté de vouloir le bien des « personnes prostituées » ?

Soit ils/elles dénoncent les abus policiers, mais dans ce cas, un pan entier de leur argumentation tombe. Comment dès lors affirmer que la pénalisation des clients sert les intérêts des prostituées, comme les abolos continuent de le dire, alors que la mesure passerait forcément par un renforcement des contrôles policiers, donc de cet arbitraire raciste, sexiste, transphobe et homophobe que dénoncent sans cesse les associations de terrain et les putes elles-mêmes ?

Ces contradictions ne se lèvent qu'à une seule condition : non, l'objectif des abolitionnises-prohibitionnites n'a jamais été d'améliorer le sort des travailleur-ses du sexe. C'est bien la disparition de la prostitution de l'espace public qui les préoccupe. Dès lors, de telles agressions ne peuvent servir que leurs intérêts. D'où leur silence.

Pour briser ce silence, pour rappeler que ces violences sont le fruit des discriminations d’État, et qu'on ne pourra les combattre qu'en reconnaissant le travail sexuel et en donnant des droits aux personnes concernées, manifestons ensemble ce mercredi 17 novembre, 17 heures.

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