Avec la résolution Transparence, Agnès Buzyn joue son poste.

A l'Assemblée mondiale de la santé, la délégation française présidée par Agnès Buzyn trahit une nouvelle fois les malades et s'oppose à la Résolution Transparence (sur les prix du médicament) en prétextant des problèmes de procédure. Qui peut encore faire confiance à la ministre ?

En début de semaine, après plusieurs journées de mobilisation activiste pour que cessent les pressions discrètes de la France contre une résolution mondiale garantissant une meilleure transparence sur les coûts réels des médicaments, Agnès Buzyn soutenait enfin du bout des lèvres, le texte. Elle faisait mine de se ranger aux arguments que sa fonction aurait dû l'amener naturellement à défendre : l'opacité sur les prix des traitements amène à accepter des médicaments au coût exorbitant, qui met à mal les systèmes de soins, et participent, aux côtés de discriminations en tout genre (raciste, sexiste, homophobe, etc) à l'exclusion des soins, notamment des personnes les plus précaires. Comment une véritable ministre de la santé pourrait-elle encourager un tel système ?

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Pendant les deux premiers jours de négociation officielle, la France s'est tue. On peut regretter qu'elle n'ait pas ouvertement appuyé le texte, mais elle n'a au moins pas essayé de le vider de sa substance.


Alors que les activistes pensaient enfin pouvoir faire confiance à la délégation française et à sa présidente, on apprenait ce matin que la délégation française remettait en cause la résolution en prétextant d'ineptes problèmes de procédure. Ce que la France reproche à l'Organisation Mondiale de la Santé ? Tout simplement d'avoir publié un compte-rendu des débats éclairant les positions des divers pays, et notamment les pressions exercées par un petit groupe de pays riches pour appauvrir le texte.

Ainsi, la seule participation officielle française à un débat sur la transparence autour des prix des médicaments aura été de critiquer... la transparence de ce débat ! Pour Agnès Buzyn et la délégation qu'elle préside, les citoyen-nes n'ont pas à savoir comment des négociations se déroulent, quels gouvernement luttent contre l'intérêt général et la santé publique. Pour Agnès Buzyn, des débats vitaux doivent être à huis-clos et on ne doit rien en savoir. Elle est prête à tuer la résolution pour cela.

Il s'agit donc d'une nouvelle trahison, d'une énième preuve de l'empressement de la ministre à satisfaire les exigences du monde de l'industrie pharmaceutique sur le dos des malades.

Comment peut-on encore travailler avec une personne qui ne met jamais en accord ses actes et ses paroles ? Qui dit une chose un jour aux ONG et fait le contraire deux jours plus tard ? Qui agit en douce, dans l'opacité, pensant échapper au contrôle démocratique et citoyen que la société civile est légitime à exercer ? Jusqu'à quand allons-nous, collectivement, accepter ce jeu de la part de la ministre ?

Participant à un événement vidéo de la campagne pour les européennes d'En Marche, Agnès Buzyn avait eu un discours très clair : elle veut la transparence sur les prix des traitements et plaide pour une alliance entre les états pour affronter l'industrie sur ce sujet.

Agnès Buzyn à l'épreuve des faits © meromejardin

Mais c'était un discours de campagne. Dans la pratique, Agnès Buzyn n'a de cesse de s'opposer à la transparence, de maintenir un statu quo favorable aux intérêts de l'industrie.

Si la ministre ne sait pas être une vraie ministre de la santé, si ses occupations antérieures l'empêchent de régler ses conflits d'intérêt, qu'elle démissionne. Qu'elle aille officiellement travailler pour l'industrie pharmaceutique. Qu'elle cesse de faire croire qu'elle défend la santé publique quand elle la sacrifie.

Si jamais la résolution transparence venait à être retoquée du fait des agissements d'Agnès Buzyn, il est évident qu'elle aurait trahi engagements de campagnes, promesses faites aux ONG. Elle aurait trahi malades et citoyen-nes, après avoir trahi les professionnels de santé. 40 services d'urgence se sont mis en grève pour protester contre la politique austéritaire qui les lamine, et qui ont pour prétexte le contrôle des dépenses. Comment contrôler les dépenses quand une ministre empêche d'en connaître le fondement en bloquant une telle résolution ? Comment travailler avec une irresponsable politique qui fait l'inverse de ce qu'elle dit. Agnès Buzyn joue son poste avec cette résolution.

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