Jean Quatremer, le racisme et la culture du viol

Participant à une campagne raciste et sexiste contre la commercialisation d'un vêtement sportif, le journaliste de 'Libération' Jean Quatremer produit un tweet postulant la disponibilité sexuelle et amoureuse de toutes les femmes, et entretenant la culture du viol.

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Intervenant au sujet du « running hijab », un vêtement sportif pour les femmes musulmanes portant le voile et dont la commercialisation avait été annoncée par Décathlon quelques jours plus tôt, le journaliste de Libération Jean Quatremer écrit dans un tweet publié mardi 26 février :

« Que signifie le port du voile? Le refus absolu du mélange et le rejet de l’autre. Cette femme proclame dans l’espace public qu’elle n’aura jamais de relation amoureuse ou sexuelle avec un non musulman. C’est violent. Bref, l’exclusion n’est pas là où l’on croit. »

Le message est raciste, islamophobe : il assigne au port du voile une signification unique sans tenir compte des voix, diverses, des premières concernées1. Cette essentialisation se fait en posant les femmes portant le voile comme refusant le mélange et « l'autre ». Des musulmanes visibles en tant que musulmanes seraient donc forcément excluantes.

Le message est en même temps sexiste  : ce que présuppose un tel tweet, aux côtés de l'essentalisation raciste, c'est la disponibilité sexuelle et affective des femmes, de toutes les femmes pour le plus grand contentement de mecs comme Quatremer. Le consentement d'une femme, sa capacité à dire non au désir d'un homme, sa capacité à désirer tout court, serait « violent », et de l'ordre de « l'exclusion ». Oui, la possibilité pour une femme de choisir ses partenaires, sexuel-les et/ou amoureux-ses, serait pour Jean Quatremer une « exclusion ». Pauvres hommes, victimes du consentement affiché de femmes qui, sans le voile, proclameraient sans cesse être disponibles à leur désir.

Malgré les nombreuses réactions, d'hommes, de femmes, ironiques ou pédagogiques, en colère ou cyniques, Jean Quatremer n'est pas revenu sur ses propos. Quelques jours après la mise à pied de Vincent Glad, un journaliste de Libération montre qu'il n'a tiré aucune leçon du scandale de la ligue du LOL, affiche sans aucun scrupule sa libido crasse en réduisant les femmes à une supposée disponibilité sexuelle et entretient ouvertement la culture du viol.

© nordengail

1Pour se faire une idée de cette diversité, on peut lire Les filles voilées parlent, d'Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian aux éditions La Fabrique ; Des voix derrière le voile, de Faïza Zerouala aux éditions Premier Parallèle ; on peut aussi suivre l'activité de l'association Lallab.

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